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LE POUVOIR EXÉCUTIF

La France, après 1870, effrayée des malheurs que le pouvoir personnel avait attirés sur elle, s'est jetée dans l'excès inverse. Elle n'a plus, pour la gouverner, que des ministres toujours changeants, obligés de disputer à de puériles convoitises un pouvoir précaire, harcelés sans relâche

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par la meute qui chasse aux portefeuilles, et condamnés à user, dans ces luttes misérables pour la vie, des talents et des forces qui devraient être consacrés au bien de l'État.

Enfin, n'est-ce pas un paradoxe inouï que, dans un régime fondé exclusivement sur le principe électif, le premier magistrat du pays, l'élu des élus de la Nation, — choisi pour ses opinions ! — n'ait plus le droit d'en avoir dès qu'il est nommé? Parle-t-il? Ose-t-il penser seulement? On le déclare criminel, et on parle de le mettre en accusation!

Oh! je le sais, demain, sans doute, nous, fils de proscrits, nés en exil, nous serons traités d'autoritaires par de parfaits jacobins, et même par d'anciens fonctionnaires de l'Empire !

Non, je ne demande pas pour mon pays un président à l'américaine : car, dans un pays aussi fortement centralisé que le nôtre, ce serait bientôt la tyrannie du parti vainqueur; mais, d'autre part, est-il rationnel de vouloir attribuer au chef élu d'une démocratie le rôle de la reine d'Angleterre, ce rôle qui s'explique par la formation historique séculaire de nos voisins, et qui se justifie par l'organisation de partis puissants dont la Couronne est l'arbitre? Nous ne sommes ni aux

États-Unis ni en Angleterre, nous ne sommes ni dans une république fédérale ni dans une monarchie aristocratique. Notre Constitution confère au Chef de l'État d'importantes prérogatives, et ce n'est pas, j'imagine, faire acte de factieux que de dire qu'il a le droit de les exercer !

Comment ne pas voir que, si quelque chose pouvait jeter la France dans une réaction violente contre la Constitution et le régime parlementaire, c'est la façon dont ils sont dénaturés et pervertis? Le peuple est simpliste, et, quand une institution fonctionne mal, il brise le ressort lui-même, au lieu de s'en prendre à ceux qui l'ont faussé. Un exécutif trop faible peut être aussi dangereux pour la liberté qu'un exécutif trop fort ; nous ne sommes pas nécessairement obligés de choisir entre l'apoplexie et l'anémie !

Nous demandons, en un mot, une direction plus ferme et plus stable, au service d'une politique plus moderne, plus vivante, plus hardiment novatrice. De la Chambre actuelle, nous n'avons plus grand'chose à attendre ; c'est vers le pays que nous nous tournons désormais : puisse-t-il entendre notre voix ! Je bois à la France de demain, à la République nouvelle!

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