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LA QUESTION SOCIALE

Messieurs, cette unité de vues , cet esprit de suite dans les desseins, n'est pas moins indispensable au règlement de la question sociale.

Les socialistes ont représenté votre Association comme un foyer de résistance patronale. Si je l'avais cru, je ne serais pas ici. Non : c'est un de vos amis, un des nôtres, un de ceux qui ont eu l'honneur de parler devant vous, M. Waldeck- Rousseau, qui, par la loi des syndicats professionnels, a donné aux travailleurs l'arme de leur émancipation future. (Applaudissements.) Et c'est lui qui, avec nous, demande aujourd'hui, non à la restreindre, mais à l'élargir. Oui, nous voulons donner aux associations professionnelles une

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capacité industrielle et commerciale, afin qu'elles puissent devenir les cellules de Torganisation nouvelle du travail, d'où sortiront peu à peu, d'où sortent déjà le crédit, la prévoyance, les assurances , la conciliation et l'arbitrage , les retraites, tout ce monde nouveau, meilleur, plus juste, où le contrat de travail, au lieu d'être, comme cela arrive encore trop souvent aujourd'hui, un joug imposé, sera une convention véritablement synallagmatique, (Applaudissements.)

Nous voulons que l'État, au lieu d'entraver ce grand mouvement syndical et coopératif des villes et des campagnes, s'en fasse l'auxiliaire, et, par une application scientifique du principe de la solidarité, aide les travailleurs à monter dans le bien-élre, dans la justice et dans la lumière! (Applaudissements.)

Et je demande aux financiers expérimentés mes collègues qui m'entourent, si un certain nombre de problèmes économiques et sociaux que je viens d'indiquer ne pourraient pas être résolus, comme chez certains peuples voisins, et comme l'avaient demandé nos amis, par une réforme décentralisatrice des caisses d'épargne, qui, sans amoindrir la sécurité dont jouissent les épargnes populaires, permettrait de les mieux

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utiliser dans l'intérct des populations laborieuses, et ferait retourner au peuple, par mille canaux fertilisants, le fruit de son travail ? (Applaudissements.)

En tout cas, quand la discussion sera rouverte sur ce point, il me semble que la liberté de la fortune personnelle des caisses devrait être définitivement acquise, et que cette fortune, qui dépasse déjà cent millions, et qui est appelée à s'accroître encore dans des proportions considérables par les nouvelles dispositions légales, devrait être employée au proût de ceux qui l'ont constituée. (Vive approbation.)

l'action extérieure.

Enfin, à l'extérieur, nous avons à remplir une tâche noble entre toutes, que l'on peut nommer notre mission historique. Le xx^ siècle verra se dérouler, par l'effet des vicissitudes naturelles dans la Maison d'Autriche , un drame décisif, dont il est aisé de prévoir dès aujourd'hui tout au moins le prologue et les premiers actes. Le rôle de la France y est d'avance tracé. Le livre du Destin est ouvert sous nos yeux. Mais à un tel rôle les expédients improvisés ne sauraient suffire. Il faut nous y préparer dès maintenant. Or, le

moyen de nous y préparer, si la France, absorbée et distraite par de misérables querelles, ne tend pas tous les ressorts de sa politique vers cet unique objet? Le moyen d'y réussir, si nos dissensions intérieures, l'instabilité et l'affaiblissement inévitables qui en résultent, ùtent à nos hommes d'État la force nécessaire pour développer la politique nouvelle contenue en germe dans le traité d'alliance, et pour tirer d'un tel accord, par une diplomatie attentive, vigilante et fière, toutes les conséquences que les deux grandes nations sont en droit d'en attendre pour leur propre grandeur et pour le bien de la civilisation générale? (Applaudissements prolongés et répétés.)

Messieurs, élevons nos âmes au-dessus de tristesses éphémères, et, les yeux fixés sur le drapeau, buvons à l'unité morale de la France et à l'accomplissement de notre haut idéal patriotique! (Triple salve d'applaudissements et acclamations. — V orateur reçoit de nombreuses félicitations.)

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