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PROGRAMME PROGRESSISTE

Pour essayer de faire illusion sur le vide de ce programme, on nous accuse de n'avoir qu'une

politique négative, et de borner notre action ;i la lutte contre le collectivisme.

Une politique négative, dites- vous?

Ce n'est pas, à coup sûr, dans Tordre fiscal, oîi vous venez de vous rallier m extremis à la doctrine que nous avons toujours soutenue, et où vous vous mettez enfin d'accord avec nous pour remplacer la contribution personnelle-mobilière et les portes et fenêtres par un impôt sur le revenu à la française, d'après les signes extérieurs ; où nous voulons améliorer l'impôt foncier, achever la réforme de la déduction des dettes dans les successions, alléger les droits de mutation sur les petites ventes, dégrever les petits patentés, faire aboutir la réforme des boissons et poursuivre graduellement la suppression des octrois : car chacune des parties de notre système fiscal a besoin d'être refondue et mise au point de la civilisation et de la science.

Ce n'est pas non plus dans l'ordre budgétaire, où nous demandons à voter le budget pendant la grande session, et à ne point revenir inutilement chaque année sur les chapitres non contestés; où nous voudrions non seulement maintenir le contrôle du Sénat, mais aussi limiter l'initiative individuelle des membres du Parlement en ma-

tière d'augmentation de crédits, comme le proposait Gambelta et comme Ta fait l'Angleterre, qui, grAce à ce grand acte de sagesse, a restauré ses finances et paye un milliard de moins que nous; car c'est vraiment un paradoxe insoutenable, que de faire peser sur le gouvernement la responsabilité des impôts en laissant aux députés le droit d'augmenter indéfiniment les dépenses; et, comme l'a dit M. Gladstone, « la confusion des pouvoirs exécutif et législatif est funeste surtout en matière financière, et rien ne serait plus dangereux que d'attribuer à des autorités ditl'érentes le soin de déterminer les dépenses et celui de découvrir et de proposer les moyens dy pourvoir. »

Une politique négative, dites-vous? Ce n'est pas non plus dans l'ordre administratif, où nous désirons poursuivre l'œuvre si bien commencée par la loi sur les Universités, ranimer la vie locale, alléger la lourde machine de l'an VIII, et où je ne verrais aucun inconvénient, pour ma part (je vais peut-être scandaliser quelques-uns . de mes amis, mais je parle sur ce point en mon nom personnel), à mettre à l'étude le référendum municipal pour certaines aifaires : car il ne faut pas confondre le référendum, qui porte sur un fait

OU sur une idée, avec le plébiscite, qui porte sur un nom d'homme ou sur une formule; et peutêtre que, par une conséquence assez inattendue, la |)ralique du référendum municipal, en accoutumant le peuple à juger directement certaines questions, lui ferait perdre l'habitude d'incarner ses idées dans un homme !

Ce n'est pas davantage dans l'ordre de la justice, où nous réclamons, pour la nomination et l'avancement des magistrats, soumis aujourd'hui comme sous le Premier Consul à l'arbitraire du pouvoir, les garanties libérales dont jouissent depuis longtemps les monarchies constitutionnelles qui nous entourent ; où nous voulons étendre la compétence des juges de paix, abréger les lenteurs et réduire les frais , poursuivre la réforme de notre code de procédure civile, de notre code pénal et de notre code d'instructi n criminelle.

Ce n'est pas non plus dans l'ordre agricole, où nous voulons aiîranchir la terre, dévorée par le .fisc et les hommes de loi, des entraves qui pèsent sur elle, reviser la Ir'gislation sur les licitations et les partages, refondre notre système hy[)olliécaire, assurer au fermier sortant le remboursement de la plus-value donnée au fonds loué,

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développer le crédit et les caisses d'assurances, délivrer nos campagnes du fléau croissant de la mendicité et du vagabondage, réprimer l'agiotage et la spéculation malhonnête, et favoriser par tous les moyens l'essor de ce grand mouvement syndical, auquel votre région du Sud-Ouest a pris une part prépondérante.

Ce n'est pas dans l'ordre industriel et commercial, oîi nous voulons créer un enseignement mieux approprié aux besoins des temps nouveaux , réformer la législation surannée qui accable la marine marchande , utiliser d'une façon plus rationnelle notre incomparable système de fleuves et de rivières, développer nos canaux, diminuer les prix de transport dans la mesure compatible avec l'intérêt des finances publiques, mettre en valeur notre immense empire colonial, éveiller chez nos industriels et nos commerçants cet esprit d'association qui contribue si puissamment à la formidable expansion économique de l'Allemagne. — Et, si c'est là ce qu'on appelle « la politique des intérêts », eh bien, nous en sommes !

Ce n'est pas dans l'ordre militaire, alors que nous devons organiser l'armée coloniale, au sujet de laquelle notre ami Fleury-Ravarin écrivait

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naguère une si belle étude, et alors que nous avons à poursuivre dans l'Administration de la rue Royale les nombreuses et importantes réformes que nous avons étudiées pendant plusieurs années à la Commission extra-parlementaire de la marine.

Serait-ce dans l'ordre des questions sociales, des questions ouvrières ? Demandez-le aux hommes éminents qui m'entourent, à vos sénateurs et à vos députés, qui ont eu une si large part à la création de ces œuvres admirables par lesquelles Lyon s'est placé à la tète du mouvement démocratique dans le monde ; demandez-le à M. Aynard, le savant rapporteur de la réforme des Caisses d'épargne ; demandez-le à notre ami M. Audiffred, ce dévoué et fervent démocrate, rapporteur de la loi sur les Sociétés de secours mutuels et de la loi sur les retraites ouvrières; demandez-le à l'éloquent sénateur de la Loire, à l'auteur de la loi des syndicats professionnels, à M. Waldeck-Rousseau , qui veut compléter et couronner son œuvre historique en donnant aux associations professionnelles, par la capacité industrielle et commerciale, encore plus de force et de vie !

Oui, nous combattons le socialisme, parce que

cette doctrine étant par essence la guerre des classes, la transformation du droit de propriété en simple droit d'usufruit, et la suppression de tout contrat, de tout échange, de la vente comme du loyer et du fermage, une telle doctrine est un mirage trompeur et prépare les plus cruelles déceptions à ceux qui s'y laissent prendre ; mais, en même temps, nous ne cessons d'étudier les maux, les souffrances , les injustices de notre état social et les moyens de les vaincre ; et peu à peu, par une législation de plus en plus humaine, et par le maniement toujours plus exercé du principe d'association, les rapports du travail et du capital iront se modifiant; le contrat de travail sera toujours librement délibéré par la raison des parties ; le salaire ira se transformant, s'élevant, et, en quelque sorte, se spiritualisant. Et je crois, moi, que le jour oîi des capitalistes éclairés s'aviseront d'unir leurs eflbrts aux sociétés coopératives de production, par exemple, non seulement par philanthropie, mais aussi par intérêt bien entendu, le jour où le principe de la société anonyme (dont il faudra, d'ailleurs, reviser également la législation) se combinera avec le principe coopératif, ce jour-là, des horizons nouveaux s'ouvriront devant ce

noble peujile affamé de justice, et, en bien des cas, le salariat commencera à disparaître pour faire place à une forme de rémunération plus haute. »

Enfin, en ce qui regarde l'organisation du suffrage universel, si l'on réfléchit que les assemblées qui siègent au Palais-Bourbon ne représentent môme pas la moitié du corps électoral, qu'elles sont les élues d'une minorité, et que, par conséquent, tout notre édifice politique porte à faux , comment croire que la France puisse reculer indéfiniment devant le double problème que dix peuples difl'érents de race, de langue, de mœurs, de traditions, d'institutions, ont facilement résolu et qui est , n'en doutez pas, la loi de l'avenir : le vote obligatoire et la représentation proportionnelle?

Eh bien, mes chers concitoyens, vous semblet-il que ce soit là une politique négative? N'y a-t-il pas là, dans tous les ordres de l'activité nationale, un champ de progrès et de réformes en quelque sorte illimité, un plan d'action digne d'attirer les intelligences les plus hardies et les âmes les plus généreuses? Et ne peut-on être un a bon républicain », un vrai démocrate, si l'on ne souscrit pas à une politique de suren-

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chère, invariablement suivie de révollanles palinodies?

Mais la clef de tous ces progrès, c'est la réforme parlementaire ; et, par là, je n'entends pas seulement la revision du règlement de la Chambre, sur laquelle nous nous sommes souvent expliqués.

Le mal dont souffre la France, c'est la confusion des pouvoirs, c'est l'absorption de tous les pouvoirs par une Chambre qui, refusant de s'imposer à elle-même aucune discipline, ne supporte rien à côté d'elle et prétend mettre la main sur tout.

C'est là, à nos yeux, une fausse conception de la souveraineté nationale et une fausse conception du mandat législatif. S'imaginer que le mandat législatif confère la toute-puissance est une idée attentatoire à la souveraineté du peuple. L'intérêt électoral est une chose et l'intérêt national en est une autre, et il peut arriver que le premier soit en désaccord avec le second. Pour se gouverner elle-même, la nation doit exercer sa souveraineté au moyen d'organes distincts, pourvus d'attributions spéciales et déterminées. Le jour oîi, dans un État, il y a un pouvoir sans limites, homme ou Chambre, le peuple est en tutelle. Despotisme

césarien ou despotisme jacobin, nous les repoussons l'un et l'autre, au nom du même principe, au nom de la souveraineté du peuple, qui ne veut être confisquée par personne, ni par un homme ni par une assemblée.

On nous a accusés de vouloir « le moins de Parlement possible. » Non ! nous voulons le plus d'ordre, d'économie et de travail possible dans le Parlement. Nous demandons que la Constitution soit appliquée, et nous croyons qu'un tel changement ouvrirait à la République une ère nouvelle, tant ce réveil des lois sous l'action des volontés et des caractères modifierait l'aspect de la politique et remettrait chaque chose en sa place.

Nous déplorons que les institutions libres portent la peine de désordres et d'abus qui ne sont point de leur fait, et qui sont au contraire le résultat de conlinuelk-s infractions aux bonnes règles parlementaires et aux lois constitutionnelles. Nous voulons enfin forger un puissant instrument de progrès et de réformes, et contribuer à assurer à la République un gouvernement, dans la plus haute et la plus noble acception du terme, afin d'organiser la démocratie, de rénover la France et de réparer ses malheurs.

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Mes chers concitoyens, en levant mon verre }>our boire à votre illustre cité et au département du Rhône, je bois à la victoire de la Républi(jue progressiste!

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