La crise du Panama
Ceci n'est pas seulement la lin d'un monde; c'est le commencement d'un monde nouveau. (Exclamations à Vexlrème gauche.)
M. Millerand disait : « Il y a à cette heure devant le pays deux politiques en présence. » C'est vrai. Seulement, nous ne les définissons pas de même.
La première, — qui est celle de la très grande majorité des républicains dans la Chambre et dans le pays, — si on la considère d'abord au point de vue de la question sociale, n'est pas seulement une politique de conservation, c'est aussi une politique de progrès et de réformes; car M. Millerand et ses amis ne pensent pas, j'imagine, avoir le monopole de l'intelligence des intérêts populaires et de la sympathie pour les souffrances contre lesquelles se débattent les travailleurs?...
Voix diverses à gauche. — Et vous ?
M. PAUL DESCHANEL. — ... Ils ne pensent pas quo nous ayons les yeux fermés sur ce grand problème qui se pose aujourd'hui d'une manière si aiguë dans l'ancien et dans le nouveau monde; ils ne pensent pas que nous désirions moins ardemment qu'eux arriver à une répartition de plus en plus équitable des fruits du travail et
ùlever à un degré supérieur de bien-être et de lumière ceux qui peinent sur le sillon, dans râtelier ou dans la mine; ils ne pensent pas que nous songions plus qu'eux à nous enfermer dans des cadres qui tombent en poussière, ni dans l'égoïsme étroit où se sont conlinées jadis certaines majorités de gouvernement, cette majorité censitaire, par exemple, qui a entraîné aux abîmes la monarchie de Juillet?
Non ! mais ce que nous repoussons, monsieur Millerand, c'est l'invasion des idées allemandes, ce sont les théories du collectivisme, qui sont la négation, la ruine des conquêtes essentielles et durables de la Révolution française : la propriété et la liberté individuelles. (Applaudissements . )
Cette politique, si on la considère à un autre point de vue, au point de vue des libertés publiques, des libertés nationales, a été, à toutes les époques celle de nos plus grands hommes d'État; et, pour m'en tenir à l'histoire de la troisième République, celle du libérateur du territoire... (Humeurs à Vextrême gauche. — Applaudissements sur divers bancs) et celle de Gambetta, lorsqu'à la fin de son orageuse carrière il cessa d'être homme de parti pour devenir homme d'État; cette politique qui a été l'honneur de votre vie, monsieur
le président du Conseil, et à laquelle vous avez apporté Féclat de votre talent et l'autorité de votre caractère ^ ; celle qu'ont défendue les plus généreux cœurs et les plus hautes intelligences politiques de ce siècle; qui n'a pas cessé de combattre ces formes dégradantes et basses du gouvernement des hommes, le jacobinisme et le césarisme ( Rédamalions à rextréniilé gauche de la salle. — Applaudissements à gauche et au centre) et que, je l'espère bien, vous ne laisserez pas péricliter dans vos mains, à cette heure décisive pour l'avenir de la France !
Et d'autre part, il y a cette politique si différente, que vous n'aviez pas cessé de combattre et qui n'a pas cessé de vous combattre, cette politique que la France peut juger, non sur ses promesses, mais sur ses acte^, politique purement négative, politique stérile et décevante, politique de division et de destruction, qui se résume en deux mots : instabilité au dedans, abdication au dehors ! (Bruit à rextréniité gauche de la salle. — Applaudissements à gauche et au centre. — L'orateur, en retournant à son banc, reçoit des félicitations.)