CHAPITRE XIII
Fêtes martiales et populaires. — Anniversaire de la mort de Louis XVI, exaltation des patriotes. — Changement du peuple, son amour pour Championnet. — Chansons populaires. — Mort du perruquier du duc de la Torre.
L'aube du 8 pluviôse an vu ( calendrier républicain), ou 29 janviei 1799 (vieux style), saluait la ville de Parthénope: le soleil d'Italie éclairait l'anniversaire de la mort d'un roi de France, et sur celte même terre napolitaine où la haine des princes contre la liberté avait été portée au comble, les républicains allaient célébrer le plus grand des triomphes de la souveraineté populaire.
Les légions françaises avaient pris les armes , la musique militaire répétait les hymnes républicains , et tandis qu'au chant à' allons enfans de la patrie défilaient les guerriers d'Arcole, l'écho portait sur la plage lointaine le refrain de la chanson des prodiges.
Un peuple immense bordait les rues : aux cris de rage avaient succédé les acclamations ; les salves de l'artillerie augmentaient la joie des deux nations , pendant que les deux drapeaux napolitain et français flottaient ensemble sur la haute tour de St.-Elme.
A l'extrémité de la ville, du côté oriental et sur la route qui conduit à Pompéia, une plage magnifique déploie ses beautés ; sur la gauche les immenses jardins potagers de la ville s'éteiadent jusques aux collines de Poggio Reale , sur la droite la mer déroule aux yeux sa brillante surface et étale les pompes de son vaste horison; vis-à-vis et au loin on distingue les délices de Portici et du Granatiello , et au-dessus plane la tête gigantesque du Vésuve couronnée d'une auréole de flammes. Ah ! mon pays! que tu es beau! terre de poésie, je te salue; puisse aussi la liberté , la seule qui manque à tant de grâces, te saluer à jamais !
Sur cette plage qu'on appelle du pont de la
Maddalena se déployèrent les bataillons républicains : là on voyait ces dragons , ces hussards qui firent le tour du monde ; là on distinguait la lance des Polonais ornée de banderolles aux diverses couleurs. Peuple héroïque qui, après tant de sang versé pour l'ingrate France , entendit prononcer à la face de l'Europe, devant une assemblée française impassible , de la bouche d'un ministre français, qu'au milieu des torrens de sang et aux lueurs de la torche du cosaque , V ordre régnait à Varsovie !
Sur cette plage aussi arriva le général en chef Championnet , au milieu d'un brillant état-major, accompagné par les hauts fonctionnaires de la nouvelle république napolitaine, et suivi par un immense cortège de peuple agitant des branches d'olivier, symbole de paix et de victoire.
Le salut d'armes a été rendu ; les sons de la trompette , le roulement des tambours ont accueilli le général , et le cri de vive la république!parti des rangs des soldats, est répété par la foule des citoyens; mais à un certain signal le silence se rétablit , le général en chef va haranguer ses frères d'armes ; le général en chef, avec l'énergie qu'inspire seul le sentiment républicain, prononce cette mémorable allocution :
( 18.8 ) « Camarades !
» Lorsque l'armée marcha le 2 pluviôse et )) qu'elle prit position sur les hauteurs de » Naples, nous devions célébrer l'anniver- » saire de la juste punition du dernier roi des » Français; le signal de la fête était donné » pour trois heures, mais les derniers satellites )> d'un roi parjure vous forcèrent à saisir vos » armes : vous ne le fîtes jamais en vain : aussi » le sang de ces frénétiques, l'incendie des » palais, ont assez prouvé l'emploi de celte » journée et de celles qui l'ont suivie. Briser le » trône d'un tyran, rendre un peuple à la li— » berté, c'est assurément bien fêter la mémo- » rable époque où, les Français punirent de )) mort le despote qui les avait asservis.
)) Aujourd'hui que Naples est libre , que les » drapeaux des deux nations flottent unis, du » mont Vésuve au fort St.-Elme» mon pre- » mier devoir est de vous réunir.
» Rappelez-vous, que le 10 août renversa le » trône , que le 21 septembre fonda la r,çpun blique, que le jour que nous fêtons, 2.1 jan- » vier, fut marqué par la mort du dernier de » nos tyrans, que le 21 janvier 1799 l'armée » française brisa à coirps <le canon la couronne m du dernier roi de Naples.
» Rois parjures, tremblez, ce rapprochement » est terrible pour vous î
» Peuples opprimés,, rassurez-vous : les en- » fans de la victoire , les enfans de la grande » nation vous apportent l'indépendance et le » bonheur; ils ne pardonnent point à l'insulte » des rois; ils les détrônent ou les punissent de m mort; ils protègent toujours les républiques » amies.
» Camarades , jurons sur nos armes haine a » la royauté, à l'anarchie, attachement et fidé- )) lité à la constitution de l'an 5 (*). »
A ces derniers mots l'enthousiasme des soldats et des citoyens ressemble à un délire, les épées se croisent , les baïonnettes s'entrechoquent ; aux cliquetis des armes répondent le tonnerre de l'artillerie, les décharges de la mousqueterie , et les voix unanimes de deux peuples qui prononcent mort aux tyrans, haine à la royauté! mots qui, gravés dans la mémoire de nos pères , furent le legs le plus saint qu'ils nous transmirent, à nous républicains , presque en ouvrant les yeux à la vie.
En effet, ce cri puissant de liberté accompagna les hyménées de nos parens , présida au
(*) Moniteur du 13 ventôse an VU-
(190) mystère de notre génération , eut un retentissement jusque dans le sein de nos mères et servit de texte aux histoires de nos vieillards, quand, dans les longues soirées d'hiver, assis aux foyers domestiques, dans l'intimité du secret, ils nous entretenaient des combats, des triomphes et des supplices des républicains, leurs contemporains.
Malheureux ! ils ne voyaient pas la secrète émotion que réveillaient dans nos jeunes cœurs ces grandes histoires; ils ne voyaient pas le sourire de joie qui se montrait sur nos lèvres aux récits de tant de victoires , la larme qui roulait dans nos yeux aux souvenirs de tant de revers. Notre ame candide s'enivrait à l'espérance d'imiter un jour nos pères, et tandis qu'on croyait nous amuser par de saisissantes histoires , notre éducation s'accomplissait , notre dessein ou d'obtenir la liberté ou d'affronter les mêmes misères, était arrêté à jamais.
Ce genre d'éducation, inévitable parmi les peuples opprimés , et que ni la censure , ni la police ne peuvent corrompre ; cette voix du passé si froide sur la bouche des vieillards, est cependant l'étincelle des générations futures , est l'étoile polaire des sociétés. C'est grâce à de telles traditions que la haine du despotisme
de la conquête n'a cessé de vivre pendant trois siècles dans le cœur des enfans de la Grèce ; c'est grâce à de telles traditions que les fils de la Pologne , riche d'un trésor de colère longtemps accumulé , sont venus laver dans les plaines de Grochow le carnage de Pi aga ; c'est grâce enfin à de telles traditions que nousmêmes en 1820 saluâmes avec tant d'enthousiasme la liberté pour laquelle nos pères avaient vécu et souffert.
Non, ni l'atrocité des supplices, ni les longues souffrances du cachot, de l'exportation, de l'exil, ni le silence des universités^ ni toutes les ressources de la tyrannie, ne réussiront jamais à briser la chaîne des souvenirs chez un peuple qui fut libre un seul jour. La voix des pères est un écho éternel qui répétera toujours aux enfans : Imitez et vengez vos ancêtres !
Aux fêtes de l'armée succédèrent celles du peuple ; la danse nationale au son du tambourin , la fameuse tarantella fut exécutée sur les places publiques : des repas, des distributions de farine eurent lieu, de l'argent fut jeté aux lazzaronï, les maisons resplendirent de mille lumières. En même temps la lune, sous le plus beau ciel du monde , illuminait les ruines de Caprée et la plage de Sorrento ; et le Vésuve
lançait en silence sa gerbe de flamme bitumineuse : la nature et les hommes semblaient d'accord pour célébrer la paix publique.
Cette éruption du Vésuve acheva de confondre la populace, et donna lieu aux patriotes de répandre que le ciel et la terre applaudissaient à l'entrée des troupes françaises à Naples. Voyez, disaient-ils, les signes manifestes de l'assentiment de la divinité: ce Vésuve qui, en 1794, semblait prêt à nous engloutir; aujourd'hui, après cinq ans d'alarmes et d'angoisses, il jette à peine quelques bouquets de flammes, comme pour saluer notre nouvelle république (*) : et la populace , quoique abrutie par ses propres gouvernails, répondait naïvement et avec sa finesse toute at tique : Ah ! ça donc, le Vésuve est devenu aussi jacobin ? (**)
(*) Habituellement le volcan pousse des flammes ou de la fumée presque pendant toute l'année ; alors la populace ne craint pas des éruptions menaçantes ; mais si un ou deux ans se passent sans que la flamme ou la fumée paraissent, l'anxiété est extrême; or en 1799, on s'attendait à une terrible éruption , puisqu'il y avait cinq ans que le volcan ne donnait aucun des signes énoncés.
(**) Nzomma pure u Vcswio è Jatto Giacobino! Mots qui expriment le dépit avec lequel elle se soumettait à la loi du ciel et des hommes.
( *95 ) Cependant les patriotes s'abandonnaient au délire de l'esclave qui a brisé sa chaîne : ils ne tarissaient pas en louanges sur la générosité de la république française, qui, au lieu de s'approprier leur patrie comme un pays conquis, lui donnait la liberté et la république; ils oubliaient, les malheureux, la pensée du politique Florentin , que la liberté apportée par les étrangers est le commencement d'un plus dur servage. Ils s'en souvinrent quand l'ivresse eut passé.
D'un autre côté les largesses du général en *:hef avaient gagné les lazzaroni : partout ils s'empressaient d'apporter des fruits et du poisson à Championnet, et pour concilier leur soumission avec leurs sentimens de haine contre la France , ils soutenaient que Championnet n appartenait pas à cette nation , qu'il était né à INaples , que les registres de l'église du St. -Esprit le prouvaient, car on y trouvait le nom et l'âge exact du général.
Ces bruits consolidaient le pouvoir dit général en chef qui, en homme d'esprit, au lieu de les contredire les accréditait.
En même temps les chansons populaires relcatissaient dans les rues , car le chant a été de tout temps le seul refuge du peuple italien
gémissant sous le despotisme : avec des chansons il exprime ses douleurs , ses peines , ses espérances ; avec des chansons il sait , trompant la vigilance de la tyrannie, donner un corps aux sentimens les plus profonds de son aine, et les faire passer dans l'ame a autrui: les chants populaires de l'Italie sont la tribune ou l'opinion publique traduit , accuse les princes , les ministres et les gouvernemens, en dépit des espions , des cachots et de la plus soupçonneuse police ; mais à l'époque que nous décrivons et au commencement de la repupublique, ces chants étaient plus libres et exprimaient mille injures ou railleries contre la cour, contre les généraux jadis venus à Naples pour diriger l'armée et contre la conduite scandaleuse de la reine (*).
('"")SUIl LES CÉNEHATJX AUTRICHIENS.
Mack Tack, e l'acca Vene:te:e a iSapole a fa a cacca Tulle cormanoa meza patacca Ma quanne sparaie u tr.cche trac Manajjia li muorte de a meza palaces.