‹ La Réserve Glycogénique du Cœur des Mammifères. Étude expérimentale des variations du taux du glycogène cardiaque chez le rat, sous l'influence des modifications de tensionChapitre 18 sur 26 · VI - LE CHOC HISTAMINIQUE · texte numérisé non relu

VI - LE CHOC HISTAMINIQUE

Le but de cette partie de notre travail se limite à comparer les effets d'une intoxication par l'histamine et ceux des brûlures cutanées sur la réserve glycogénique du myocarde. La plupart des auteurs désignent sous le nom de choc histaminique l'agression consistant à provoquer la mort de l'animal, dans un délai relativement court, par une injection unique -ou quelquefois deux injections rapprochées- d'histamine. Nous avons cherché, au contraire, à nous rapprocher des divers types d'agression que nous avons étudiés antérieurement. Nous injectons, donc, de petites doses d'histamine à intervalles réguliers, de manière à provoquer la mort de l'animal par une intoxication progressive et non par un déséqui libre cardio-vasculaire brutal, tel qu'il est réalisé dans le choc histaminique expéri-

mental classique .

Nous avons fait trois groupes de déterminations :

1) . Valeur de la réserve glycogénique du cœur au terme de l'intoxication aigüe provoquée par des injections répétées d'histamine.

2) . Formes de cette réserve ; 3) , Comportement de la réserve, en présence du facteur de mobilisation anoxique:

L'état de choc est provoqué par des injections sœus-cutanées d'histamine à la dose de 40 mg par 100 g. de poids vif, répétées toutes les 20 minutes pendant 3 heures. Les animaux sont sacrifiés par décapitation, à la fin de la 5ème heure, c'est à dire alors qu'ils sont à la phase pré-agonique .

A - Taux et forms de la réserve glycogénique cardiaque dans le choc

histaminique.

Les résultats de nos dosages portant sur 17 animaux, sont rassemblés dans les tableaux LXII et LXIII.

Le taux moyen de la réserve totale de glycogène du coeur est de 530 + 52 mg. pe. 100 g. Le lyo-glycogène y représente 58, le desmo-glycogène 42%. Ainsi, dans l'état de choc provoqué par l'intoxication histaminique, on ne constate pas de modification significative de la réserve glycogénique du coeur. On observe, seulement, une légère variation dans la répartition de cette réserve entre les formes liée et libre, au bénéfice de cette dernière .

B - Action mobilisatrice de l'anoxie.

Nous avons examiné, comme chez le sujet brûlé, quelles étaient les possibilités de mobilisation de cette réserve sous l'influence de l'anoxie aigüe, provoquée par l'inhalation d'azote pur, et quelles sont les proportions de lyo- et de desmo-glycogène dans la partie non mobilisée de la réserve. Les résultats de ces expériences figurent dans les tableaux LXIV et LXV,

Sur un lot de 10 animux, on constate que -plus encore que chez le rat brûlé- la mobilisation du glycogène cardiaque, sous l'influence de l'anoxie, est considérablement ralentie. Au moment de la mort, la réserve de glycogène qui, pour des sujets normaux, est réduite à environ 50 mg. p. 100 g. est, ici, de 282 + 45 me p. 100 g. Cette réserve est constituée -comm chez les animux brûlés, soumis à l'inhalation d'azote- par environ 85% de desmo-glycogène et 15% de lyo-glycogène.

Il résulte donc, de l'ensemble de ces expériences, que, dans l'un et l'autre cas, le myocarde a perdu une partie importante de sa capacité à utiliser sa réserve de glycogène sous l'influence mobilisatrice d'une inhalation d'azote. Il est aussi à remarquer que, dans les deux cas (mais surtout, dans celui de l'intoxication histaminique) l'utilisation partielle de la réserve affecte essentiellement la fraction libre du glycogène.

VII - EFFET DE L'ADMINISTRATION DE DESOXYCORT ICOST ERONE SUR LA RESERVE GLYCOGENIQUE CARDIAQUE DU RAT BRULE .-

Les cliniciens et les expérimentateurs ont reconnu, depuis longtemps, l'atteinte du cortex surrénal au cours des divers types de choc. Il n'entre pes dans le cadre de ce travail de faire une étude complète de l'insuffisance cortico-surrénalienne à la suite des agressions que nous avons pratiquées chez le rat. [Il importe, cependant, de rappeler certains travaux particulièrement importants. L'épuisement du cortex surrénal a été constaté, dans le choc traumatique, par de nombreux auteurs (SWINGLE, PFIFFNER, VARS, BOIT & PARKINS -516, DONAHUE & PARKINS -517, SELYE, DOSNE, BASSET & WHITTAKER -518, LAMBRET, DRIES- SENS & CORNILLOT -519, BESSER -520, REISS, MC LEOD & GOLLA -521, UNGAR -522, BERRI -523). À la suite des brûlures, on note, dans les examens anatomo-pathologiques, une atteinte du cortex surrénal (KISIMA -509, URECHIA MANTA & BUMBA- CESCU -524, DELARUE & MONSAINGEON -525, DELARUE, MONSAINGEON & LAUMONIER -526, ROMANI -527). Enfin, FASSA & ST OKLOSSA (528) ont récemment insisté sur les modifications du cortex surrénalien du rat après administration d'histamine.

Les extraits de cortex surrénal, la cortisone et la désoxycorticostérone ont été employés, avec plus ou moins de succès, en thérapeutique expérimæntale, dans le choc traumatique (SELYE & DOSNE - 529, 530, SHLESER & ASTER-531, FINE, FISCHMAN & FRANK -532, KOSTER & KASMAN -5355, INGLE -5354, SWINGLE, OVERTON, REMINGTON , KLEINBERG & EVERSOLE -535, HALPERN, BENACERRAF & BRIOT -536,537), dans les brûlures (WIL®N, ROWLEY & GRAY -538, EINHAUSER -539, RHOADS, WOLFF & LEE -540, RHOADS, WOLFF, SALTONSTALL & LEE - 541, COPE, GRAHAM, MIXTER & BALL -542, PAPA -543, MONSAINGEON -544, JASMIN & SELYE -545, NEAL, WOODWARD, KARK, ZUBIRAN & MONTALBETTI -546, WIGHT, WELSMAN, ROVIT & COPE -547), dans le choc histaminique (MARMORSTON - GOTTESMAN & PERLA -548, ROSE, 549, PERLA, SAND- BERG & GREENBERG -550, GROSS -551, LANDAU, NELSON & GAY -552, SAUNDERS -555, HALPERN, BENACERRAF & BRIOT -557, INGLE & NEZAMIS -554), et dans le choe ischémique (SHLESER & ASHER -531, NOBLE & TOBY -555).

Les résultats favorables obtenus par D. CORDIER et PERES (556, 557) avec le Percortène (B-d-glycoside de désoxycorticostérone) pour relever le niveau de l'absorption intestinale du glucose, fortement abaissé chez le rat à la suite du choc traumatique et des brûlures, nous ont incité à étudier l'effet de cette substance sur la réserve glycogénique du myocarde au cours du choc par brûlure ou par intoxication histaminique. D. CORDIER et ses élèves (558, 559, 560, 561) ont montré, d'autre part, que l'on constate, après les brûlures, le choc traumatique et le choc ischémique des troubles importants de la phosphorolyse hépatique du glycogène. Or, nous avons dit, dans la première partie de ce travail, qu'on sait que l'insuffisance cortico-surrénalienne entraine des troubles de la phosphorylation musculaire du glycogène (SCHUMANN 147, VERZAR & MON- TIGEL -320, MONTIGEL & VERZAR -284) qui peuvent disparaitre par administration de D.0.C. (VERZAR & MONTIGEL -321, STAHELIN & VOGTLI -285). Nous avons donc examiné si la D.0.C. -à une dose que nous avions montré être sans action sur le taux du glycogène cardiaque du rat normal (CORDIER, DESSAUX & PÈRES -324)- était capable de modifier la réaction de la réserve glycogénique du coeur au choc par

brûlure .

A .- Taux de la réserve glycogénique cardiaque du rat brûlé et traité

par la DAC:

Les rats sont brûlés comm dans nos expériences précédentes et reçoivent, par voie sous-cutanée, aussitôt après la brûlure, 2.5 mg de f-d-glucoside de désoxycorticostérone hydrosoluble (Percortène CIBA). Les animux sont sacrifiés, par décapitation, au bout de 7 heures et le glycogène cardiaque est dosé suivant la méthode habituelle. Les résultats de nos dosages sont groupés dans le tableau LXVI,

Le taux moyen de la réserve glycogénique cardiaque s'établit, pour une série de 10 animaux, à 437 + 47 mg p. 100 g. Le traitement précoce par la D.0.C. ramène le taux du glycogène cardiaque à sa valeur normale (entre 450 et 500 mg p. 100 g.) ou empêche que se produise l'élévation que l'on constate régulièrement chez les sujets brûlés non traités.

B .- Restauration par la D.0.C. du pouvoir d'utilisation de la réserve

glycogénique cardiaque.

Nous avons donc établi que l'administration de D.0.C., à la dose de 2.5 mg. pour un rat de 150 grammes, aussitôt après la brûlure, conserve au taux du glycogène cardiaque sa valeur normale. Nous nous sommæs, alors, demandé si ce fait était le signe d'un métabolisme cardiaque normal et, en particulier, si ce traitement assurait le maintien des mécanismes glycogénolytiques que nous avons vu, plus ou moins, disparaître au cours de deux des états de choc que nous avons étudiés, le choc par brûlure et le choc histaminique.

Nous avons donc repris les déterminations précédentes, après avoir traité les animaux par la D.0.C. Nous utilisons toujours le B-d-glucoside de désoxycorticostérone (Percortène CIBA), à la dose de 2.5 mg. Les animaux sont sacrifiés par inhalation d'azote, dans les mêmes délais que précédemment et on procède, immédiatement, aux déterminations habituelles.

Notre étude de l'intervention de la D.0.C. dans la restitution éventuelle, à la réserve glycogénique, de la possibilité d'être rapidement et complètement utilisée, au cours d'une crise anoxique aigüe, a été orientée de manière à répondre à une double question :

Les cortico-stéroïdes du type D.0.C. représentent-ils un facteur indispensable à la mobilisation de la totalité de la réserve glycogénique cardiaque-et, en particulier, de la fraction desmo-glycogène-, facteur qui ferait défaut chez

Nous remercions les Etablissements CIBA de nous avoir aimablement fourni le Percortène utilisé dans ces expériences .

les ani maux choqués par injection d'histamine ou par brûlure ? S'il en était ainsi, l'administration de D.0.C., immédiatement avant l'épreuve anoxique, pourrait fournir à l'organisme le moyen d'utiliser cette réserve.

Les cortico-stéroïdes du type D.0.C. exercent-ils une action favorable sur les rats brûlés ou intoxiqués par l'histamine en rétablissant dans ces organismes, la faculté de mettre en oeuvre l'ensemble des moyens nécessaires à la dégradation de la réserve glycogénique du coeur ? S'il en était ainsi, l'administration de D.0.C., immédiatement après l'agression histaminique ou thermique, pourrait permettre au coeur après un certain délai (et alors que l'état de choc est installé), d'utiliser, en cas de besoin, la totalité de sa réserve de glycogène.

Pour répondre à ces questions, nous avons fait, pour chacun des types de choc étudiés, deux séries d'expériences : dans une première série, la désoxycorticostérone est administrée 15 minutes avant de placer l'animal choqué dans la cellule à inhalation d'azote ; dans um seconde série, elle est administrée aussitôt après la brûlure ou la première injection d'histamine.

Nos résultats sont rassemblés dans les tableaux LXVII à LXXIV.

a) Choc histaminique .

1/- Administration de D.0.C, après la première injection d'histamine. 2/- Administration de D.0.C. avant l'inhalation d'azote

Nos résultats, portant sur 20 animaux, montrent que, dans l'intoxication histaminique,

- si l'administration de D.0.C. a suivi immédiatement la première injection d'histamine, l'anoxie amène le niveau de la réserve glycogénique à 245 + 75 mg p. 100 g., dans laquelle le glycogène libre représente une fraction d'environ 22% ;

- si l'administration de D.0.C. a été faite peu avant l'inhalation d'azote (c'est à dire 3 heures après le début de l'expérience), l'anoxie amène le niveau de la réserve glycogénique du coeur à 248 + 43 mg p. 100 g., et le glycogène libre représente, également, les 22/100 de la réserve totale.

L'effet d'une injection de D.0.C. sur l'utilisation de la réserve glycogénique par le coeur soumis à une anoxie aigüe est le même que l'administration en soit faite au début ou à la fin de l'agression : dans l'un et l'autre cas, la dégradation de la réserve est légèrement plus importante que chez l'animal non traité et cette augmentation de la glycogénolyse a pour effet de ramener la valeur absolue du desmo-glycogène aux environs de son niveau normal. Ces variations sont représentées dans la deuxième partie de la figure 7.

b) Choc par brûlure .

1/- Administration de D.0.C. aussitôt après la brûlure . 2/- Administration de D.0.C. avant l'inhalation d'azote.

L'ensemble de ces mesures, portant sur 22 animaux, montre que, chez le

GLYCOGENE

TCINOMOCNE

Figure 7

TAUX ET FORMES DE LA RESERVE GIYCOGENIQUE CARDIAQUE CHEZ DES RATS NORMAUX, INTOXIQUES PAR L'HISTAMINE OU BRUIES ET SOUMIS À UNE ANOXTIE AIGUE. EFFET D'UN TRAITEMENT PAR LA DESOXYCORTICOSTERONE

La hæteur de chaque rectangle représente le niveau de la réserve totale, la partie blanche le lyo-glycogène, la partie quadrillée le desmo-glycogène

Rats normaux : Décapités (I) et tués par inhalation d'Azote (2).

Choc histaminique après 3 heures - Sans traitement par la D.0.C,. 3:

Décapités (3) et tués par inhalation d'Azote (4). Tués par anoxie, après traitement par la D.0.C. : Traitement tardif (5) et traitement précoce (6).

Choc par brûlure après 7 heures -— Sans traitement par la D,0,C, :

Décapités (7) et tués par inhalation d'Azote (8). Tués par anoxie, après traitement par la D.0.C. : Traitement tardif (9) et traitement précoce (I0).

Effet de la D.0.C. chez le rat normal (N) et chez le rat brûlé (B).

La

le rat brûlé,

- 8i l'administration de D.0.C. a suivi immédiatement la brûlure, l'anoxie aigüe amène la réserve glycogénique du coeur au taux de 171 + 33 mg De 100 g., le lyo-glycogène ne représentant que 8% de cette réserve

- si l'administration de D.0.C. a été faite 7 heures après la brûlure, alors que l'état de choc est installé, et immédiatement avant l'inhalation d'azote,; la réserve s'abaisse, sous l'effet de l'anoxie, à 200 + 47 mg p. 100 g. avec une répartition de 17% de 1lyo- et de 83% de desmo-glycogène. Tout se passe donc, dans ce dernier cas, comme si l'animal n'avait pas été traité (Tableaux LVIII et LIX).

La comparaison de ces diverses expériences entre elles et avec celles effectuées dans le choc histaminique ressort de l'examen de la figure 7.

L'ensemble de cette étude fait apparaître, qu'en dehors de l'anoxie brutale, agissant sur un sujet normal, le desmo-glycogène cardiaque n'est jamais beaucoup utilisé. L'enrichissement du myocarde en glycogène, à la suite des brûlures cutanées en particulier, se fait, surtout, par augmentation de la fraction libre (Tableau LVI et figure 7). La D.0.C. lorsqu'elle exerce une action, parait le faire en augmentant l'utilisation du lyo-glycogène (Rectangles 5, 6 et 10 de la figure 7). Quant au desmo-glycogène, il parait constituer une forme particulièrement stable de la réserve glucidique du coeur. Il est probable que l'utilisation de cette réserve nécessite, d'abord, sa libération des attaches qui la lient aux proteines.

Lea question de savoir si le coeur est capable -en cas de nécessité-d'utiliser ses réserves proteiques n'est pas résolue et déborde le cadre de cette étude. S'il en est ainsi, il est possible que ia fragmentation protéolytique | libère le glycogène lié qui pourrait, alors, être utilisé : c'est, peut être, | ce qui se passe dans le cas de l'anoxie aigüe par inhalation d'azote. Le fait que le rat choqué, par l'histamine ou par brûlure, ne puisse utiliser son desmoglycogène -alors que ses mécanismes glycogénolytiques fonctionnent encore, puisqu'il épuise presque complètement son lyo-glycogène- devrait, alors, être interprëté comme une inaptitude à opérer la fragmentation de l'édifice glyco-proteique et la solution de ce problèm devrait être recherchée dans l'étude du métabolisme | glucido-protidique du myocarde.

I1 apparaît, au terme de cette étude, qu'il est difficile d'expliquer les troubles multiples qui caractérisent les divers états de choc par des altérations métaboliques ou fonctionnelles rigoureusement spécifiques de chaque agression. Sans doute, les états de choc et de stress représentent-ils, suivant la conception de SELYE (562), une réaction schématique et uniforme de l'organisme aux types d'agressions les plus variés : cela ne signifie pas qu'une cause unique | dirige la réaction de l'individu. Il ne nous parait pas davantage possible d'admettre qu'à un état de choc défini puisse correspondre une perturbation unique 8 il y a, dans le choc traumatique d'autres troubles que des répercussions anoxiques ; dans le choc ischémique, autre chose qu'un trouble du métabolisme de l'A.

T.P. ; dans le choc par brûlure, un état plus complexe que celui d'une intoxica-

tion histaminique.

11 est possible qu'il y ait des éléments communs à tous les états de choc. De nombreux auteurs pensent à l'intervention générale d'un facteur anoxique et

LE PAGE (473) accorde une importance majeure aux troubles du métabolisme des composés adényliques qui se manifesteraient dans tous ces états. Il nous semble, surtout, que les réactions observées au niveau de chaque tissu, dans divers états de choc, sont le reflet des caractéristiques biochimiques du tissu mis en jeu.

Dans l'hypothèse de LE PAGE, le trouble fondamntal, commun à tous les chocs, porterait sur l'équilibre :

AT Æ==% Ac.adénylique + 2 PO4H5 + 24.000 c.

Dans les comitions d'un fonctionnement norml, cet équilibre assure la resynthèse d'une quantité d'ATP suffisante pour maintenir le métabolisme énergétique à un niveau physiologique. LE PAGE admet l'existence, dans les divers états de choc, d'un déplacement de cet équilibre vers la droite, qui se traduirait par une diminution du capital énergétique. Ce déplacement peut résulter, soit d'une accélération des processus de dégradation (choc traumatique), soit d'un ralentissement des processus de resynthèse, consécutif à l'état d'anoxie (choc hémorragique). En outre, il est possible, comme l'a noté SCHAPIRA (563), qu'un même facteur puisse exercer ses effets par les deux mécanismes : la libération massive d'ATP (choc ischémique) peut, par exemple, à la fois, agir par action de masse (c'est à dire accélérer les processus cataboliques) et, par l'anoxie qui résulte de son action vasculaire, inhiber la reconstitution de l' ATP.

Parmi les nombreux facteurs qui sont à l'origine des troubles, celui qui détermine les modifications d'activité varie suivant l'organe et le type de choc. En ce qui concerne le métabolisme du myocarde, nous avons souligné au cours de ce travail, sa susceptibilité particulière à l'égard de l'anoxie. Or, le choc traumatique est le seul type d'agression qui nous ait permis d'observer, au point de vue de la réserve glycogénique, des réactions de type anoxique. Dans tous les autres cas, l'état de choc s'accompagnant de la libération dans le milieu intérieur de quantités importantes de métabolites glucidiques, le myocarde effectue une synthèse de glycogène. "During stress, the lactic acid level in the tissues rises markedly and certain of the tissues contribute lactic acid to the blood, while others remove a part of it " (LE PAGE -474)., Ce n'est qu'aux stades tout à fait ultimes du choc, quand l'hypoxie agonique n'assure plus un ravitaillement suffisant en oxygène qu'on veit diminuer la réserve de glycogène du coeur. La seule “lésion biochimiqu" caractéristique que nous ayons pu constater est l'inaptitude du myocarde à utiliser, dans le choc par brûlure ou par intoxication histaminique, la fraction liée de la réserve glycogénique. Il faut remarquer qu'il ne s'agit, d'ailleurs, que d'une lésion "dissimulée"” qui ne se manifeste que dans des circonstances expérimentales exceptionnelles (Anoxie par l'azote pur), et que cette inaptitude ne constitue, peut-être, pas une altération catastrophique puisque l'utilisation massive du desmo-glycogène cardiaque ne se produit jamais qu'aux limites de la survie, alors que l'épuisement des réserves hyârocarbonéés semble avoir pris un caractère irréversible .

G'OYH CL US 1,0.N.S

1°/- Dans les conditions physiologiques normales, le coeur du rat dispose d'une réserve de glycogène relativement constante. Son taux est d'environ 480 mg par 100 grammes de tissus frais. Cette réserve se présente sous deux formes : une fraction libre, lyo-glycogène, qui constitue 55% de la réserve totale (soit 265 m p. 100 g. environ), et une fraction liée, desmo-glycogène, qui constitue les 45% (215 mg p. 100 g.) restants. Dans l'état actuel de nos connaissances sur le "turn-over" du glycogène dans le métabolisme du myocarde, in situ, il est difficile de savoir quelle est la part que prend l'une ou l'autre fraction dans l'énergétique de la contraction systolique. L'ensemble de nos recherches permet, toutefois, de penser que le lyo-glycogène représente la fraction rapidement utilisable pour les besoins immédiats du métabolisme myocardique quand cet organe est obligé de modifier, physiologiquement, son activité.

2°/- La réserve glycogénique est très sensible au manque d'oxygène. Dans l'anoxie aigüe, elle disparait presque complètement, en 2 minutes environ. La fraction qui subsiste alors (de l'ordre de 50 mg. par 100 g.) est essentiellement constituée par du desmo-glycogène (96%).Dans l'hypoxie sévère (5% d'oxygène) cette réserve diminue progressivement pendant les 150 premières minutes de l'expérience et se stabilise ensuite à un niveau voisin de 200 mg p. 100 g. Les proportions du lyo- et du desmo-glycogène sont alors, respectivement, de 28 et 72%. Les deux forms de la réserve sont donc utilisées au cours de l'hypoxie prolongée, mais le lyo-glycogène l'est davantage que la forme liée. Le taux de 200 mg pour 100 g. parait être la teneur-limite inférieure compatible avec une survie prolongée dans une atmosphère appauvrie en oxygène. Cet équilibre énergétique est cependant précaire et conduit souvent à la défaillance fonctionnelle du myocarde, accompagnée d'un effondrement du taux du glycogène.

30/. Dans l'asphyxie aigle, provoquée par inhalation de CO2 pur ou d'un mélange d'azote et de CO2 à forte concentration (80% et 50%), le niveau de la réserve glycogénique s'abaisse, mais l'utilisation de la réserve est toujours réduite par la présence de l'anhydride carbonique. Le taux du glycogène, au moment de la mort, varie avec la concentration du CO2 dans le mélange gazeux. Le freinage exercé par l'anhydride carbonique à haute concentration, sur la rapidité de la glycogénolyse cardiaque est proportionnel à sa concentration. Le problème se pose de savoir si cette moindre utilisation de la réserve glycogénique relève de l'action modératrice générale de l'acide carbonique sur les processus oxydatifs cellulaires ou d'un effet freinateur de la glycogénolyse, causé par

la forte acidose gazeuse.

4°/- L'asphyxie de longue durée, résultant de l'inhalation de mélanges gazeux, pauvres en oxygène CS et plus ou moins riches en CO2 (1 à 20%) pendant

des périodes pouvant atteindre jusqu'à 3 heures, se différencie de l'hypoxie par les caractères suivants :

L'hypoxie de même sévèrité (5% d'oxygène) abaisse la réserve glycogénique à 200 mg par 100 g. en 5 heures :

En présence d'un taux de 4 à 8% de CO2, dans un mélange gazeux renfermant 5% d'oxygène, la réserve glycogénique conserve sa valeur normale ou, même y augmente légèrement.

Avec un taux de 20% de CO2, la réserve n'est plus "protégée" et les effets de l'asphyxie sont alors comparables à ceux de l'hypoxie.

5°/- L'étude de la réserve glycogénique cardiaque après 3 heures d'asphyxie dans des mélanges gazeux contenant des taux d'anhydride carbonique s'échelonnant entre O et 2%, montre que la protection de la réserve, exercée par le C®Œ, croit entre O et 4%, est maximum entre 4 et 12% et décroit ensuite pour s'annuler aux environs de 20%.

Les modalités de l'action métabolique des concentrations faibles et moyennes de CO2 produisant ces effets restent à déterminer, mais la diminution de la réserve glycogénique du cœur dans les asphyxies prolongées et sévères (3% d'oxygène et 20% de CO2 pendant 3 heures) est due, partiellement au moins, à l'aggravation de l'état d'anoxie par l'action du CO2 sur la fonction respiratoire (effet BOHR et pré-oedèm pulmonaire).

6°/- La diminution de la réserve glycogénique au cours de l'hypoxie est caractérisée par une "fonte" plus marquée du lyo- que du desmo-glycogène. L'effet protecteur de l'acide carbonique, durant l'asphyxie, s'exerce préférentiellemnt sur le desmo-glycogène, qui garde des valeurs voisines de la normle. Cette particularité permettra peut-être, d'orienter des recherches ultérieures sur le mécanisme d'action de l'acide carbonique sur le métabolisme énergétique du myocarde.

7°/- L'intoxication carbonique pure ne produit pas de modifications du niveau de la réserve glycogénique du coeur. Les fortes tensions de C® provoquent, cependant, une diminution du taux de cette réserve. Les troubles de la fonction respiratoire permettent, comm dans l'asphyxie sévère, d'expliquer cette variation. Une hypercarbie importante (20% de co2) , prolongée pendant 3 heures, ne modifie ni le taux du glycogène, ni sa répartition entre formes libre et liée.

8°/- Parmi les divers types de chocs que nous avons étudiés, seul le choc traumatique provoque, à la période terminale, un abaissement sensible et significatif du taux de la réserve glycogénique du coeur, comparable à celui observé dans les états anoxiques. La diminution de la réserve de glycogène suit le développement de l'état de choc.

9°/- Le choc ischémique, provoqué par la levée d'un garrot, ne s'accompagne pas de variations importantes du taux de la réserve glycogénique du coeur, Par contre, on note au cours de la période de garrottage, une élévation sensible du taux de cette même réserve.

10°/- L'administration d'une dose unique d'adénosine-tri-phosphate de

sodium, provoquant un choc qui se termine par la mort en 8 heures environ, entraine une augmentation de la réserve de glycogène du myocarde.

11°/- Les rats soumis à des brûlures cutanées étendues présentent, lorsque l'état de choc est établi, une forte élévation de la réserve de glycogène du coeur (592 mg. p. 100 g.). L'élévation du niveau de cette réserve porte surtout sur le glycogène libre.

12°/- Une partie importante de la réserve cardiaque de glycogène (200 mg p. 100 g. environ) est fixée, chez le sujet brûlé, sous une form particulièrement stable qui n'est pas mobilisée par l'anoxie brutale (inhalation d'azote pur) 3 cette fraction non-utilisable est constituée, en majeure partie (8%), par du glycogène lié.

130/- L'intoxication histaminique se traduit, en ce qui concerne le glycogène cardiaque, par une faible augmentation du taux moyen de la réserve, accompagnée d'une prépondérance légère de la fraction libre. Comm dans les brûlures, la réserve comporte une fraction inutilisable dans l'anoxie qui représente, environ, 200 mg par 100 g. de coeur, avec une forte prédominance de l'élémnt desmo-glycogène. (85%).

14°/- On n'observe pas chez les rats brûlés, traités aussitôt après l'agression par la désoxycorticostérone, l'augmentation du taux de la réserve glycogénique du cœur caractéristique de cet état de choc.

15°/- L'administration de désoxycorticostérone a des rats brûlés où intoxiqués par l'histamine, à la période du choc établi, ne modifie pas sensiblement les possibilités d'utilisation de la réserve glycogénique du coeur dans l'anoxie aigüe, sauf dans le cas où l'animal est traité par la désoxycorticostérone, aussitôt après la brûlure. L'utilisation de la réserve de glycogène est alors un peu plus complète. Il reste cependant, encore, une fraction importante non-utilisée (170 mg p. 100 g.) constituée presque uniquement (92%) par du desmoglycogène.

16°/- Les particularités du métabolisme du glycogène cardiaque au cours des chocs que nous avons étudiés montrent l'individualité pathogénique des divers types d'agression. Au facteur anoxique, commun à ces divers états, se surajoutent des facteurs humoraux anormaux qui impriment, dans chaque cas, des déviations métaboliques caractéristiques.

a riis's - CR à 1s.

| 28. all s 1h, 208 2m ele SAR A CO 4 «on De) |

ee

3 j = ME : u UT on "11 L » Les 174

es pa Gp sitatt M

} réabé inst, * fes :

ze er - É

Den

. | ei

= Tes hr . ce WA u <

— L pe eus u mr x s e (n” SE

Ne) LA …

D a Ds € L 4

arr TL draft

nn | £a 7 TA: LL ty à .2c taste ©

ni) no: née L{ TRRS Gé ta rm

PE GLYCOGENE GLYCOGENE GLYCOGENE 5 gecondes IO secondes

Tableau I

Glycogène Glycogène total

Libre Lié Calculé Titré (Zyo)

Tableau II

0 @œ—j muU1BR WW D H

es al TE Erreur probable ... REX

Tableau III

Erreur probable ...

Tableau IV

Durée d'expérience 3: I b.

Crau [eu

Tableau VI

EE ME Erreur Da bte | |

Tableau V

Durée d'expérience : 2 h,

© © —Jj A Un # LN D Hi

Moyenne 2 62% 29 9 8 & © Erreur Hs à

Tableau VII

Erreur probable ., Mers

Tableau IX

GLYCOGENE

Durée d'expérience : 2 h,30.

Moyenne 2640.60.

Tableau VIII

Durée d'expérience : 3 h,30,

Page 1