Quelques aliénistes
Voici maintenant enfin l'opinion de quelques auteurs classiques, tous aliénistes distingués.
Charles Vallon * : « entre l'intégrité des facultés intellectuelles et l'aliénation mentale complète, il y a des degrés presque infinis ; il est donc de toute logique d'admettre également de's
1. Gharlbs Vallon. Traité, de pathologie mentale de Gilbert Ballet, p. 1467.
degrés entre la responsabilité complète et Y responsabilité. Cette manière d'apprécier la r^ssponsabilité légale » est « tout à fait conforme ^b-ux données de la science... Il est des inculpés <£J~~*u, tout en n'étant pas aliénés et par suite irrespc^n* sables, présentent un état mental particulier dc^wtf il est juste de tenir compte dans l'appréciatif de leur responsabilité... En dehors de leur aliénation mentale qui supprime toute responsabilité, nombreux sont les troubles de la santé cérébrale, les insuffisances intellectuelles de nature à constituer une excuse, une circonstance atténuante, en d'autres termes à atténuer la responsabilité d'un délinquant ou d'un criminel. Plusieurs de nos rapports ont pour objet des faits de ce genre... Il n'est pas possible d'indiquer mathématiquement la mesure de l'atténuation, mais on peut employer des expressions de ce genre '.atténuer sa responsabilité dans une certaine mesure; — dans une large mesure ; — dans une très large mesure ; — dans une mesure qu'il appartient aux magistrats de fixer; — dans une mesure dont les magistrats, dans leur sagesse, sauront fixer l'étendue. »
Régis * : « les partisans les plus convaincus
1. Régis. Précis de psychiatrie. Nouvelle Bibliothèque de l'étudiant en médecine, 3* édition, 1906, p. 917.
OPINfONS CONCORDANTES 149
<3e l'irresponsabilité absolue des aliénés ont odmis eux-mêmes, en termes formels, la responsabilité simplement atténuée des demialiénés et J.Falret a dit à cet égard: ... ce sont là des états mixtes, intermédiaires entre la raison et la folie, dans lesquels il est permis de discuter le degré de responsabilité, d'admettre la responsabilité entière ou la responsabilité atténuée selon les cas et où il n'y a pas lieu d'appliquer le critérium de l'irresponsa))ilité absolue... Il nous semble difficile de ne pas se rallier à l'opinion si juste de Falret. » Et Kégis continue : « l'humanité, disais-je aux jurés dans ud procès récent, ne se divise malheureusement pas, psychologiquement, en deux catégories tout à fait distinctes : d'un côté, les sains d'esprit entièrement responsables ; de l'autre, les aliénés entièrement irresponsables. Entre les deux existe une vaste province, dite zone frontière ou mitoyenne, peuplée d'individualités tarées à divers degrés et comportant, par suite, des responsabilités très-différentes. Bien qu'on ne puisse pas mesurer le degré de responsabilité de ces intermédiaires au millimètre, on peut cependant établir pour eux, à ce point de vue, comme une échelle proportionnelle, en se servant d'une notation assez précise pour marquer trois degrés progressifs dans l'atténuation : atténuation
légère, atténuation assez large, très large atténua tion. Ce sont en effet les trois termes dont on s< sert habituellement. Cette connaissance de la res ponsabilité atténuée et de son mode d'applicatio: en pratique a d'autant plus d'importance pou le médecin expert que, dans un grand nombr de cas soumis à son examen, dans' le plus gran nombre pourrait-on dire, il s'agit d'états patho logiques incomplets, intermédiaires, comportai non une irresponsabilité absolue, mais une res ponsabilité atténuée, »
Mairet l : « le temps n'est plus où l'on pouvai diviser les hommes en deux groupes au point d vue de la responsabilité : les responsables et le irresponsables ; la science a progressé. Elle mon tre qu'il est des individus dont le fonctionnemcu psychique se fait mal, soit par suite de quelque anomalies de développement, soit par suite d déchéance, soit pour quelque autre cause. Oi quoique ces individus ne soient pas des aliénés le fonctionnement de leur activité est 'cependan troublé, rendu anormal, et, par suite, leur res ponsabilité est plus ou moins diminuée, atténuée C'est là un fait aujourd'hui communément ad
1. A. Mairbt. La responsabilité. Étude psychophysiologi que. Travaux et mémoires de Montpellier, 1907, p. VIII, lli
ffiïs; diverses législations Font sanctionné en Tixisérant dans leurs Codes. Pour ne pas avoir passé dans le nôtre, ce fait ne s'impose pas moins exaL France à l'attention de tous. » La responsabilit« « est intimement liée au fonctionnement cérelral, son étude est donc d'ordre biologique et, pSLr conséquent, elle appartient au médecin... Exavisagée ainsi, la responsabilité, on le verra, flL]=»paralt comme une véritable fonction à laquelle concourent l'intelligence et la sensibilité et qui foxirnit à Fhomme des armes lui permettant de boiter contre les moyens que déploie le mobile qxii l'entraîne à quelque acte délictueux ou crimi- *tel et d'arriver à une détermination et à un vouloir opposés à ceux nés du mobile. C'est sous ce jour que je voudrais l'étudier, sans préoccupation métaphysique ou autre, en médecin... Les Moyens que possède l'homme normal étant assez puissants pour lui permettre de résister au mobile qui l'entraîne, peu importe la force de ce Mobile, cet homme est responsable... à l'encon-r re de ce qu'on pense généralement, l'étude de * a Responsabilité appartient donc bien, sinon dans s °xx essence, du moins dans son expression, au Physiologiste et par suite au médecin.;. La fonc- * 1o H responsabilité étant liée à l'activité de nos Ce Hules cérébrales, il est naturel que les attein-
tes pathologiques subies par ces cellules puissent altérer cette fonction. C'est ce que prouve la cli-^ nique. » Parlant ensuite des demifous, « il e^^ certain, dit-il, si on admet leur responsabilité que la fonction dont elle est l'expression est tr< atteinte pour que, au point de vue de la lutte, i — puissent être placés sur le même pied que Phomn^^ normal ; leur responsabilité par rapport à cel^^ de celui-ci est, de ce fait, amoindrie, atténuée. Nier la responsabilité atténuée «ce serait demant^der à un homme affaibli de fournir dans le mêm^ laps de temps la même somme de travail qu'uc homme bien portant ; ou à un ouvrier ayant un outil défectueux de faire un travail aussi vite et aussi bien fait que celui qui en a un bon. Pareille chose n'est pas possible. » Ces demifous sont « susceptibles de lutter ; ils sont donc responsables. Mais étant moins bien armés que l'homme normal pour la lutte, on devra leur tenir compte de cette faiblesse, leur responsabilité sera moindre; ils auront une responsabilité atténuée. Lies atteintes à la fonction étant plus ou moins profondes, cette responsabilité a naturellement des degrés... Ce degré, le médecin peut s'en rendre compte. »
Je n'ai pas su résister à la tentation de faire
cette série de longues citations l : ce chapitre me fournira des armes pour répondre aux auteurs dont je vais maintenant étudier les opinions en apposition avec la mienne 2 . ,
1. Nous verrons plus loin (22 et 23, chapitreV,3 d partie) qu'il * a ut aussi ranger Gilbert Ballet parmi les partisans de la responsabilité atténuée au point de vue du fait médical. Nous *Vons vu plus haut (p. 101) qu'il en est de même de Parant.
2. Le nombre et la valeur de mes adversaires prouvent au ^oins que les idées défendues dans ce livre sont moins banales et classiques qu'on ne le croirait au premier abord.