Conclusions
De tout ce qui précède il me paraît ressortir que médicalement, en se plaçant sur le terrain médical, avec des arguments médicaux on peut réfuter les doctrines si brillamment exposées et
soutenues par Emile Faguet, Pierre Baudin, Maurice de Fleury et Remy de Gourmont.
On peut démontrer scientifiquement que si tous les criminels sont égaux devant la société au point de vue de la nocivité, ils sont absolument inégaux comme santé psychique, comme responsabilité médicale, et que si la société doit . se défendre et se garer aussi bien des uns que
des autres, elle doit le faire par des moyens différents suivant que le criminel est bien portant ou malade ; que par conséquent la société ne doit pas et ne peut pas se désintéresser de toutes ces questions et que les magistrats doivent, dans leurs jugements, tenir le plus grand compte du verdict médical antérieur de responsabilité, irresponsabilité ou responsabilité atténuée.
Mais toute cette réfutation est médicale ; elle part donc de cette première idée fondamentale que les médecins oiit quelque compétence dans ces questions de responsabilité, qu'ils ont le droit d'en causer, d'en discuter, de faire entendre leurs voix.
Si Ton adopte les idées de Gilbert Ballet consacrées par le vœu du congrès de Genève, tout cela s'effondre, la base disparaissant ; les médecins sont incompétents dans les questions de responsabilité, ils ne peuvent plus en discuter ; tous les arguments, étant d'origine et de nature médicales, sont par là même annulés.
Les médecins étaient les seuls qui pussent argumenter; puisqu'ils sont récusés, ces doctrines deviennent inattaquables.
Et alors on voit ce qui ressort de l'admission simultanée et coalisée des idées de médecins comme Gilbert Ballet et Maurice de Fleury et
de sociologues comme Emile Faguet, Pierre Baudin et Remy de Gourmont : il en ressort l'abandon complet de ces pauvres malades fous ou demifous dont personne ne veut plus prendre la défense et qui devront être traités comme les bien portants ayant commis le même crime.
Ni médecins ni magistrats n'ont à s'occuper des questions de responsabilité ; tout le monde se récuse et on guillotinera l'épilcptique comme le bien portant si l'un et l'autre ont porté un très-grave préjudice à la société en tuant quelqu'un de leurs semblables.
Pas de sensiblerie en faveur de ces bêtes venimeuses. La société n'a qu'à se défendre et dans la bataille elle n'a pas à se préoccuper de savoir si ses adversaires sont responsables ou non, c'est-à-dire s'ils sont malades ou bien portants. Dans les cas de flagrant délit, le mieux serait même de lyncher l les criminels : nous en
1. Le public lit sans grande indignation dans Le Petit Méridional du 8 octobre 1907 cette dépêche, datée du Puy :