C'est moi qui souligne
Remy de Gourmont admet qu'il y a des fous et des demifous et il proclame qu'il faut oublier leur maladie du moment qu'ils sont devenus un danger pour la société ! Comme Bayet, il compare le déterminisme de l'homme à celui de l'arbre. Mais vis-à-vis de l'arbre (je n'ose plus le répéter) nous n'avons que des droits, tandis que vis-à-vis des hommes nous avons des devoirs: quand les hommes sont malades, nous devons les soigner, même s'ils sont criminels, tandis que l'arbre, nous l'abattons sans remords dès qu'il nuit ou menace de nuire. La comparaison des magistrats à des bûcherons sociaux me paraît donc fausse et dangereuse.
Nous ne voulons pas poser des colles de philosophie aux jurés; mais, puisque vous reconnaissez qu'il y a des malades et des plus ou moins malades parmi les criminels, si, comme le veut Gilbert Ballet, les médecins refusent de donner leur avis et d'éclairer la justice sur la responsabilité de l'accusé, c'est le programme de l'agrégation de médecine qu'il faudra demander aux jurés. N'est-ce pas aussi ridicule ?
Je n'admets pas que, si Remy de Gourmont était blessé par un assassin, il fut ensuite indifférent à la question de savoir si son meurtrier était ou non un fou. Je suis certain que si ce cri-
minel était un fou avéré, l'émment psychologue serait le premier à demander qu'on le soigne au lieu de le guillotiner ou de l'envoyer au bagne. Et Pierre Baudin et Emile Faguet et Maurice de Fleury et tous en feraient autant si, ce qu'à Dieu ne plaise, ils étaient victimes d'un semblable attentat.
Puisque ^vous avez pitié des malades (et je n'en «doute nullement) demandez qu'on enferme ceux qui sont en état de fièvre chaude ailleurs que ceux qui se portent bien.