La responsabilité et la solidarité dans la lutte ouvrière [microform]
La propagande par la Brochure est une des meilleures propagandes si on peut la faire avec suite.
Le Révoliét La Révolte^ Les Temps Nouveaux s'y sont employés de leur mieux. A l’heure actuelle, plus de 6o brochures diverses, dont les différents tirages réunis, dépassent un milion d’exemplaires, ont été lancées par eux.
Malheureusement, les fonds manquent pour pouvoir en imprimer plus souvent de nouvelles, ou réimprimer, lorsque c'est necessaire, celles qui sont épuisées.
Il s’agit donc de trouver 500 souscripteurs s’engageant à verser chacun 1 2 fr. par an. Nous serions alors en mesure d’imprimer chaque mois — ou de réimprimer parmi celles épuisées — une nouvelle brochure de 0 fr. 10 ou deux de 0 fr. 05.
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I® A chaque tirage, il leur sera expédié 15 exemplaires si c'est une brochure à 0 fr. 10 ; 30 exemplaires, si c’est une à 0 fr. 05. C’est-à-dire, le montant de leur souscription calculé avec une remise de 40 0/0, frais d’envoi déduits.
Ce qui leur prermettra de s’employer à la propagande, en faisant circuler les brochures parmi ceux qu'il connaissent, soit en les distribuant eux-mémes, soit par la poste lorsqu'ils ne voudront pas faire savoir qu’ils s’intéressent à la propagande.
2® A chaque, souscripteur, qui sera libéré de sa souscription, il sera envoyé une lithographie spécialement tirée pour les souscripteurs.
Cette lithographie, qui sera demandée à l'un des artistes qui ont déjà donné au journal, ne sera pas mise en vente et vaudra à elle seule, largement, le prix de souscription.
3® A ceux qui souscriront 15 fr. par an, il sera expédié un nonibre de brochures dont le montant égalera celui de la souscription, calculé, toujours avec une remise de 40 0/0, plus une eau-forte qui. elle aussi, sera tirée spécialement pour eux, et non mise dans le commerce.
Ceux qui savent le prix d’une eau-forte artistique apprécieront le cadeau que nous leur offrons.
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Au camarade qui nous trouvera 10 souscripteurs, 11 sera fait cadeau de la lithographie. — Celui qui en trouvera 20 recevra l'eau-forte.
Les souscriptions peuvent être versées par fractions mensuelles, ou trimestrielles, etc., au gré des souscripteurs.
A ceux qui s'engageront mensuellement et qui ne se libéreraient pas de leur promesse, il sera, à la tin du trimestre, adressé un remboursement pour les 3 mois.
Adresser les souscriptions au camarade Ch, BENOIT,
3, rue Bérite, PARIS.
N. -B. — En discutant avec des camarades, il est facile de leurj glisser une brochure, et de leur arracher deux sous. Les souscripteurs pourront^ainsi récupérer le montant de leur souscription, et augmenter leur propagande. ^
Brochures à rétude ; La Luiie coulre la luhercuiose de Pierrot. — UHygihiedes
nourrissons. — Les ahmenis de Michel Petit. — !.\inarchie dans ï évolution
socialiste. — La loi et Tautorité de Kropotkine. — L'Entente pour l'Action, de
J. Grave.
U RESPONSiBILITE ET li SOLIDARITÉ
DANS LA LUTTE OUVRIÈRE Leurs limites actuelles et leur extension possible.
Rapport lu le 5 décembre 1899, devant le Freedom Diseiusion
Group de Londres.)
Les remarques suivantes, basées sur un article que j ai publié dans le numéro de Freedom paru en novembre 1897, ne doivent pas être comprises comme un désir de remplacer la propagande anarchiste directe par un moyen indirect ; elles se bornent à soulever une question générale qui, autant que je puis le savoir et que je T’ai entendu dire, a été négligée jusqu ici : la possibilité de quelque forme ou combinaison nouvelle dans la lutte ouvrière; et j’appelle la critique des anarchistes qui, sauf la possibilité générale, a à examiner si les moyens suggérés tendent ou non vers la liberté, par conséquent si, oui ou non, ils méritent l’appui des anarchistes.
Le progrès dans le mouvement ouvrier me semble apres tout désespérément lent. Les idées qui nous semblent si claires, si évidentes et si acceptables d’elles-mêmes, rencontrent souvent un tel amas de préjugés et d’ignorance qu’il est permis de douter que les grandes masses les acceptent jamais consciencieusement et sérieusement, à moins de les voir produire de réels changements, ou tout au moins d’en recevoir, sur une vaste échelle, des leçons de choses Et même où de telles leçons de choses existent déjà jusqu’à un certain point, quand
dignité et de la liberté humaines ainsi que celui e la solidarité, et à s’efforcer de vivre suivant ces principes. Il est, de plus, nécessaire que la connexion inséparable qui unit ces deux principes soit reconnue ; car le premier principe seul, superficiellement interprété, peut conduire à l’action personnelle de l’individu pour soi-même, sans souci de son avancement par-dessus la tête de ses camarades, tandis que la solidarité sans la dignité et la liberté personnelles n’est autre que celle que nous voyons appliquée aujourd’hui autour de nous et qui nous blesse à tout instant — la solidarité de la majorité compacte avec les pires laideurs du système présent ; concurrence, patriotisme, religion, partis politiques, etc. C’est pourquoi une pleine et consciente combinaison des sentiments de liberté avec ceux de solidarité est nécessaire, et ceux qui auront progressé jusque-là, seront plus portés à accepter nos idées, ou plutôt seront plus aptes à les comprendre que certaines couches de la population présente. Aussi pensé-je ne pas me tromper en fixant un tel critérium, une telle pierre de touche des moyens d’action possibles; et les moyens d’action qui ne s’élèvent pas jusqu’à ce niveau, devront être améliorés.
Avant d’entrer en matière, il me faut faire connaître mes opinions sur deux points relativement auxquels, je crois, je suis un hérétique, m’écartant des croyances économiques courantes et, en certain cas, des arguments usités dans l’agitation. Mes conclusions ultérieures seront basées sur ces deux points préliminaires.
L’un d’eux a trait à ce que l’on appelle le public; ce facteur, à mon avis, n’est pas assez pris en considération dans les luttes ouvrières. Les travailleurs d’une industrie sont organisés et luttent durement pour l’amélioration de leur situation économique ; les employeurs agissent de même et peuvent être forcés, soit par des grèves couronnées de succès, soit par la puissance d’un fort syndicat, de faire des concessions au travail. Mais les oonsommateurs des
la solidarité économique des travailleurs est démontrée non par la propagande des idées libertaires, mais par des avantages matériels directs, quelque petits soient-ils — comme dans le cas du tradeunionisme et de la coopération — le gros de la masse n’arrive pas, à proprement parler, à en prendre conscience en dépit d’un siècle de propagande et d’agitation.
Que le pessimisme de cette manière de voir soit ou non justifié, l’utilité de trouver, s’il est possible, des moyens nouveaux de fortifier la situation du travailleur ne sera pas contestée, et quelques moyens d’action, soit permanents, soit transitoires, ont été suggérés et même tentés durant ces dernières années : tels sont la grève générale, la grève militaire, la grève internationale des mineurs, la marche des ouvriers sans travail ou en grève sur la capitale (comme en Amérique et dernièrement en France), le sabottage (le travail lent et défectueux, le « go canny », préconisé en France), etc. Des efforts sont aussi faits pour utiliser les organisations ouvrières de production ou de consommation en vue d’une action économique directe, par exemple une combinaison du trade-unionisme et de la coopération, colonies coopératives, bourses ilu travail (suivant l’expression américaine relative à l’échange direct des fruits du travail), etc. Voilà pourquoi je me hasarde à suggérer encore quelques autres moyens d’action. L’attitude des anarchistes à leur égard ne peut être différente de celle qu’ils tiennent à l’égard des autres moyens que je viens de citer, c’est-à-dire une aide pratique quand il est possible, mais sans aucunement s’écarter de la propagande de notre conception sociale tout entière d’hommes libres dans une société libre.
Ce qu’il faudrait, outre la propagande intellectuelle directe des idées anarchistes et l’action réellement révolutionnaire qui est indépendante de toute discussion préliminaire, paraît être que les grandes et grandissantes masses du peuple soient amenées à comprendre et à embrasser le principe de
produits de cette industrie, eux, ne sont pas organisés du tout et ne font rien pour la sauvegarde efficace de leur intérêt, et pour la réduction de leur dépense au taux le plus bas possible; d’où il est très naturel que les capitalistes cherchent et réussissent à récupérer presque intégralement le prix de leurs concessions au travail sur le public payant. Le travail, autant que je sache, ne prend aucun intérêt à cette dernière conséquence de la lutte. Aussi les prix montent ou la qualité des produits devient inférieure, et le public paie les frais des concessions arrachées au capital par le travail, comme doit nécessairement le faire le parti le plus faible.
Mais, qui est le public? Tous les consommateurs, naturellement. Mais pour l’instant, je puis les diviser en deux catégories : ceux qui jouissent de larges revenus et que les fluctuations (les prix n’afïectent pas sérieusement (on peut ici les mettre hors de question), et la masse immense dont les revenus sont ou moindres ou petits, à qui la plus légère altération dans les prix occasionne de la gêne ou un véritable préjudice, des privations, et enfin la ruine. Un nombre considérable de ces derniers supportent volontiers cette nouvelle charge, conséquence du succès de la grève de leurs camarades (îe travail, soit en tant que socialistes et anarchistes convaincus, soit grâce à l’instinctif sentiment de solidarité et d’amour pour une belle cause qui fait d’eux la base de nos espoirs dans un avenir plus large; nais je sens que je m’illusionnerais moi-même si ,e fermais les yeux sur ce fait que la grande masse, qui n’est pas touchée par les idées de progrès et par les nobles sentiments (si elle l’était, comment pourrait-elle supporter le système actuel?), ne sent point sa sympathie s’accroître pour le travail organisé dans de tels cas, et demeure veule, indifférente, sinon prévenue et hostile, comme auparavant.
J’imagine, par exemple, que si pendant une greve de mineurs, le mari, un travailleur, sympathise avec les grévistes et souscrit volontiers à leur fonds de grève pour quelques sous, la femme — qui a à
résoudre le double problème de joindre les deux bouts comme auparavant avec le même salaire et avec un charbon à un prix de famine — se gardera de partager sa sympathie dans bien des cas, et ne manquera pas de faire valoir auprès de lui la question domestique, et ainsi leurs sentiments se neutraliseront mutuellement.
Des grèves de cette sorte, alors, laissent les choses dans le même état au point de vue économique et moral, même en cas de grève victorieuse. Car la charge des concessions économiques est, par les capitalistes, reportée sur le dos du public payant; la masse des travailleurs en souffrent d’autant plus que leur pauvreté est plus grande; et l’élévation morale et l’enthousiasme des grévistes et de ceux qui sympathisent avec eux sont contre-balancés par la dépression et l’hostilité muette du reste de la masse — qui en réalité paie la note.
Aussi serait-il utile de trouver des moyens par lesquels le public [la masse des travailleurs] pourrait être intéressé d'une manière matérielle et non pas seulement sentimentale, aussi bien que les grévistes euxmêmes. Une fois intéressés sérieusement, leur aide pourrait être énorme : car, outre la sympathie et les souscriptions, ils peuvent manier facilement cette arme puissante entre toutes : le boycottage.
Voilà le premier de mes deux points préliminaires.
Ma seconde hérésie concerne la responsabilité des travailleurs relativement à l'ouvrage qu'ils font. Cette responsabilité n’est nullement reconnue jusqu’à présent. C’est l’habitude de considérer un homme comme un honnête travailleur s’il travaille pour un salaire — sans jamais faire attention à son genre de travail. Y a-t-il telle occupation (jui, d’une manière effective, soit évitée ou exécrée? Il est difficile de rendre honteux celui qui s’y livre, quelque vile ou infâme soit-elle. Si l’on met de côté l’exemple écœurant des demandes pour le poste de bourreau, — ne lisons-nous pas quelquefois que des personnes de toute profession se présentent parmi les tra-
vailleurs ou dans la classe moyenne, — n’est-ce pas pour certains le summum de l’ambition que d’étre sergent de ville, et des policiers aussi bien que des soldats ne sont-ils pas nourris en grande partie par de sottes femmes du peuple, bonnes ou cuisinières? Les soldats qui, en Angleterre, s’enrôlent volontairement, savent que leur occupation habituelle ne consistera pas à défendre < leur patrie » que personne n’attaque; mais de réprimer l’une après l’autre les révoltes de pauvres indigènes mal armés et de les réprimer aussi impitoyablement que possible, de manière à écraser chaque révolte dès le début pour en éviter l’extension. De jeunes garçons, donc, n’ont pas honte de s’engager pour ce travail de police et de bourreau, et la masse du peuple n’a pas honte non plus de fraterniser avec les soldats. De même, il n’y a jamais pénurie de courtiers, de collecteurs de rente et d’impôt, d’agents de propriété avec leurs crowbarmen en Irlande, etc. La soi-disant opinion publique, qui fait tant profession d’humanité et de civilisation, ne semble pas s’apercevoir de ces ennemis de l’intérieur, et, Bielle s’en occupe, c’estpour les excuser, car ce n'est pas leur faute.
Je vais plus loin et je dis : tandis que cette écume de l’humanité jouit de bien peu de popularité après tout parmi la majorité du peuple, des industries et des professions atroces sont exercées par un plus grand nombre d’hommes, et personne ne semble y trouver à redire. Je veux parler de la grande masse des travailleurs manuels qui produisent des habitations de qualité inférieure, des vêtements de qualité inférieure, de la nourriture de qualité inférieure, et ainsi de suite, qui dégradent la vie, abrutissent l’esprit et ruinent les corps de leurs propres camarades de travail. Qui a construit les taudis et — ce qui est pire — qui les maintient dans un état permettant leur exploitation continue en leur faisant subir des replâtrages réitérés et de feintes réparations? Qui est-ce qui produit les vêtements qui tombent en loques la première fois qu’on les porte, les aliments et
les boissons abominables que seuls les pauvres achètent? Qui est-ce qui, enfin, les passe frauduleusement au public, aux pauvres — quand d’autres leur ont donné un aspect brillant, si toutefois on s’est donné cette peine — en arrivant à le persuader à l’aide de feintes et de mensonges? Tout cela est fait (quoique inspiré, sans doute, par les capitalistes, qui sont les seuls à en profiter) par d’importantes branches du travail, respectées et bien organisées : l’industrie du bâtiment, l’industrie textile et les employés de commerce. Cela me choque et me révolte, et, à mon avis, il n’y a aucune excuse à ces agissements, qu’on ne se donne même pas la peine de constater, encore moins de combattre.
Au fond, on trouve toujours la vieille et égo’iste excuse : « Je dois le faire; je ne puis m’occuper de choisir mon travail. Si je ne le fais pas, quelque autre le fera. Je n’en retire aucun profit; je préférerais moi-même faire un ouvrage vraiment utile. Mais je n’en suis pas responsable ; la responsabilité en incombe à l’employeur qui m’ordonne de faire ce que je fais. »
Mon opinion est qu’aussi longtemps que cette excuse, ce faux-fuyant, excuse de mercenaire, sera admise et généralement acceptée, les choses pourront continuer à rester telles qu’elles sont aujourd’hui, et qu’un avenir plus large n’arrivera jamais. Les capitalistes, d’accord avec cette manière de voir, seront toujours en mesure de payer une moitié des travailleurs pour contenir l’au*' Ils continueront, en outre, à maintenir le gros des travailleurs dans un état de dégradation physique et intellectuelle, abattus, vides d’énergie, ignorant jusqu’à la plupart des joies infinies de la vie, grâce à leur milieu morne et déprimant et a 1 insuffisance ûe leur nourriture qui anémie leurs corps et leurs cerveaux. Et le travail manuel, le travail pratique qui engendre un tel état de choses, est fait par les travailleurs eux-mêmes, lesquels, d’ailleurs, en souffrent personnellement aussi bien que les autres.
Le meurtre direct, celui qui est commis par les soldats qui Tusillent des grévistes, et le meurtre indirect par la production de ces horribles habitations, par la nourriture, etc., opéré par les travailleurs sur leurs propres camarades, voilà deux actions également préjudiciables par leurs conséquences, qu’il faut reconnaître comme telles avant de songer à obtenir quelque amélioration.
C’est ce que j’appelle la responsabilité des travailleurs eu égard à leur travail. Et je vais plus loin, en disant que l’absence de ce sentiment de responsabilité dégrade ces travailleurs eux-mêmes, aussi bien que leurs victimes. Nul ne niera que les policiers et les soldats sont dégradés et abrutis par l’exercice continuel de cette chasse à l’homme qui constitue leur profession, de la traîtrise et du meurtre à première vue. Je n’hésite pas à dire qu’il en est de même pour les travailleurs qui exercent des métiers ou des industries basées sur la fraude. Prenez, par exemple, le plombier qui fait croire continuellement au client qu’il répare les conduits et égouts et qui n'en fait rien, ou bien l’employé de magasin qui passe sa journée à faire acheter par les clients ce dont ils n’ont pas besoin, mais dont le patron désire être débarrassé en premier lieu parce que c’est là ce qui lui procure un plus grand bénéfice ou parce qu’il ne veut pas le garder plus longtemps. Je ne pense pas que le caractère de ces hommes — quelque honnêtes et loyaux travailleurs qu’ils puissent être au début — s’améliore à la longue ; il y a plus de probabilité de les voir devenir in sensibles et indifférents, que libres et enthousiastes. De même, la multitude des producteurs de marchandises inférieures ou médiocres ne peuvent certainement pas prendre un intérêt à leur travail. Mais nul ne peut vivre sans s’intéresser à son travail, sinon ses facultés s’engourdissent, son intelligence se rétrécit et lui-même, à la fois, devient impropre à saisir les idées de liberté et de révolte, encore moins à les mettre en 'pratique. Comparez ces hommes avec ceux que dépeint William Morris