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dans rfte Revival of Handicraft (1), News from Notohere (2), etc., et vous saisirez clairement ce que je veux dire.
Chacun, donc, est destiné à être victime de cet état de choses, comme les auteurs d’actes antisociaux ne manquent pas d’en souffrir eux-mêmes en retour. Tous les travailleursh aïssent les espions et les délateurs; la plupart d’entre eux détestent les faux frères (blacklegs) ; à moins que ce sentiment ne s’étende à quiconque se livre à un travail antisocial, travail préjudiciable à ses semblables, je n’ai aucun espoir dans l’avenir.
Tel est le second point préliminaire, et me voici enfin arrivé au sujet principal que je traiterai plus brièvement, maintenant que le fond en a été éclairé par ces remarques.
Il me fallait trouver un moyen d’action qui pût amener la grande masse du peuple à la conception et à l’acceptation d’une réelle et sérieuse combinaison des sentiments inséparables de dignité, de liberté et de solidarité humaines.
Un tel moyen peut, je crois, donner un résultat, si les deux éléments dont je viens de parler sont convenablement combinés et utilisés, savoir : la nécessité de donner au public (à la masse des travailleurs) un intérêt économique aux grèves, aussi bien qu'aux grévistes eux-mêmes, — et la nécessité pour les travailleurs du sentiment de leur responsabilité relativement à leur travail, les incitant à s’efforcer de mettre un terme au préjudice qu’un travail antisocial porte à leurs semblables.
Un tel moyen donnerait une impulsion aux sentiments de respect de soi-même et de solidarité, et amènerait, par conséquent, la grande masse sur le chemin de la liberté, la rendant plus accessible à une propagande plus avancée, car les enseignements
i) Réh&bilitatioa du métier manuel (1888).
21 Nouvelles de nulle part (utopie communlfte libertaire, 1890).
de la propagande ne seraient pas désormais contredits par leur propre existence et par la nôtre au
point où ils le sont aujourd’hui.
Les grandes lignes de ce plan d’action sont, à mon avis, en ce qui concerne les travailleurs : de refuser de faire un travail préjudiciable au public, de fortifier leur position en faisant connaitre a ce dernier comment il est trompé et volé ; en ce qui concerne le public: de soutenir de tels mouvements, des grèves basées sur de tels motifs, par une sympathie active et par le boycottage. Ces graves peuvent se terminer par la victoire des grévistes et du public, cette fois réellement aux frais du capitaliste, réduisant le taux de son bénéfice. Elles ne peuvent pas détruire les racines du système présent, car aucune frève ne le pourra, à moins d être produite par un refus déterminé de travailler pour autrui, auquel cas ce serait la grève générale, la révoliUion sociale ; mais elles peuvent établir un lien plus étroit et plus général entre les classes travailleuses ; l^es grèves perdraient leur caractère individuel et deviendraient des événements d’intérêt coUtchf, ce qu’elles ne sont, aujourd’hui, que par le sentiment et la conviction personnelle de quelques-uns et non
par leur base économique.
Dans la pratique, ces tactiques peuvent naturellement revêtir des formes multiples. Elles devraient d’abord agir et se porter sur la conscience des tradeunionistes et des socialistes; cela fait, les efforts pratiques ne manqueront pas.
Si, par exemple, les corporations organisées du bâtiment décidaient qu’aucun membre de Tunion ne toucherait aux bouges — en n’aidant jamais soit a les élever, soit à les réparer — et faisaient coimaitre en même temps au public l’impossibilité de les assainir par de tels replâtrages, la question du logement prendrait aux yeux du public une importance autrement grande que celle qu ont pu lui donner jusqu’ici tous les comités, les meetings, les campagnes de presse, etc. Rien d’étonnant a ce que le peuple soit resté indifférent à toute cette
agitation, en voyant qu’en réalité tout marche comme auparavant; tels voient leurs propres amis ou voisins, travailleurs du bâtiment, perpétuer la misère du logis par leurs ridicules réparations, tandis qu’eux-mêmes, peut-être, employés de magasin, paient de retour, en vendant à boire et à manger des marchandises empoisonnées, aux maçons, aux laboureurs, etc. Celui-ci égorge celui-là, pendant que le capitaliste tire les ficelles. Si l’état d’une maison est enfin condamné, ce n’est jamais par ceux qui l’habitent et n'ont qu'à l'abandonner, ni par les travailleurs qui la réparent et n'ont aussi qu'à la laisser, mais par les autorités chargées de la salubrité qui agissent en solidarité avec les classes riches et les protègent contre l’infection par des foyers de maladie ! L’initiative et le respect de soimême sont peu connus parmi les victimes de ce système; aucun effort ne devrait être épargné pour les créer et le sentiment de la responsabilité est un des moyens à employer dans ce but.
Si les corporations du bâtiment de Londres prenaient la résolution de ne pas toucher aux immenses étendues de masures de l’est et du sud de Londres, d’un coup, la question non seulement du logement, mais aussi celle du landlordisme passerait en nremière ligne. Le public répondrait par le cri : Plus de loyer! et les employés de magas-ins pourraient fournir leur aide en se retirant, refusant de toucher aux aliments abominables qu’ils nous vendent aujourd’hui. Cela pourrait donner lieu à quelques habitants de l’East-End d’inspecter les aménagements des habitations dans le West-End ou d’étudier les approvisionnements dans les docks. Dans tous les cas, il y aurait quelque chance d arriver à être débarrassé des pires laideurs de l’East-End, — ce qui est quelque chose — et la grande quantité d’ouvrage neuf et propre que les ouvriers du bâtiment auraient à faire dans de meilleures conditions, les dédommagerait des sacrifices imposés par une telle grève.
Que les industries textiles révèlent la confection
des vêtements défectueux et refusent de les produire plus longtemps. Même les branches moins nombreuses dont l’occupation consiste à donner à ces marchandises un aspect brillant, uni et durable, pourraient faire quelque chose pour renseigner le public et donner le branle.
De même, comme relativement aux travaux chimiques, tels que l'infernal travail du blanc de cérusa ou tel autre analogue, où le travail lui-même, et non le produit, ruine la santé, aucune commisération, aucune pitié ni aucune législation ne semble être effective; afin de faire déserter ces emplois, il faudrait couvrir de honte ceux qui permettent qu’on les tue ainsi, en les mettant au-dessous des « blacklegs », comme ils le sont en réalité; car ils font marcher ces métiers et, aussi longtemps qu’ils le feront, de nouvelles victimes — ignorant quelquefois au début quel travail elles entreprennent — sont appeléesde jour en jour à remplir les rangs éclaircis par la chute des inévitables victimes qui les précèdent.
Ou bien, les employés de commerce ne pourraientils faire triompher plusieurs de leurs revendications immédiates, s’ils prenaient la ferme résolution de considérer comme déshonorant de mentir au public, ainsi qu’ils le font aujourd’hui, pour réaliser des ventes plus considérables et maintenir ou améliorer par ce fait leur situation? Le public se mettrait naturellement de leur côté en boycottant les commerçants obstinés qui seraient laissés là avec discrédit de leur marchandise inférieure. Il est réellement difficile pour le public en général d’éprouver de la sympathie pour ces classes de travailleurs tels qu’ils sont aujourd’hui : nous pouvons nous affliger de la longueur de leur journée de travail et supporter de bonne grâce les inconvénients que nous cause parfois un magasin fermé de bonne heure, mais nous savons que notre sympathie n’empêchera pas les vendeurs de nous vendre de la nourriture passée pour de la fraîche, si le commerçant l’attend d’eux.
En résumé, comme consommateurs, nous ne pouvons éprouver de sympathie pour les instruments du capitalisme, et, comme les grandes masses sont de part et d'autre formées de travailleurs, la division et l’hostilité persistent entre eux, et une seule action pratique, la solidarité mutuelle, peut vaincre cette hostilité ; les convictions et le sentiment sont aussi de bons facteurs, mais ne conviennent pas à tous les cas.
Ces exemples, quelque bien ou mal choisis qu’ils . soient, éclairent, je le crois, jusqu’à un certain point ma pensée qui, d’ailleurs, ne dépend pas de la valeur de ces exemples. Je me rends un compte exact de la difficulté de donner un élan dans cette direction, et je propose que l’on discute le sujet de la Responsabilité en premier lieu. Une fois qu’un principe est compris et accepté par un certain nombre, des hommes se présentent, sans appel, sans préparation, sans organisation, pour agir conformément à lui. Un mouvement peut partir du plus petit atelier par le fait de travailleurs posant là leurs outils et refusant de faire plus longtemps leur travail médiocre et antisocial ; ou bien il peut être inauguré par la voie orthodoxe de résolutions de congrès, etc. L’idée n’est après tout qu’un petit échelon vers l’altruisme : si un homme qui aide à l’avilissement des salaires, etc , de ses camarades est méprisé comme faux frère en raison de son acte antisocial dans cette question, que ce mépris s’étende à tout ouvrage antisocial ; et si les travailleurs particuliers ne savent voir ce principe, que le public le voie “t agisse conformément à lui.
Tout cela peut paraître dur et sans cœur, mais je ne vois que deux alternatives : ou bien être purement sentimental, fermer les yeux à la raison, s’apitoyer sur chacun, excuser chaque chose et l’on arrivera à pleurer sur le sort du soldat tué et blessé ou du policier mis à mal dans l'accomplissement de non devoir. Ou bien, être logique — et alors vous ne pouvez trouver d’excuse à tout cela, sauf celle de la non-préparation de l’opinion publique à ce sujet,
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et votre premier acte sera de vous efToroer d’éveillw l’opinion publique sur cette question. En ignorant ou en déniant le principe de la responsabilité, on suit simplement la voie fallacieuse ou bien de la fausse perception ou de la lâcheté, mettant sur le compte d’autrui ce que nous esquivons nous-mêmes, ou bien du pur sentimentalisme, au lieu d’accepter à la fin une vérité désagréable. Je dis désagréable, parce qu’elle accroît le travail à faire avant d’obtenir un réel changement — mais, ainsi que je l’ai déjà dit, si le peuple demeure tel qu’il est, aucun changement ne se produira jamais.
Il résulte clairement de ce qui précède, que ma suggestion est double : éveiller le sentiment delà responsabilité et l’utiliser pour les grèves, je dirai collectives, dans l’intérêt public, ainsi que je l’ai décrit. Si ce second point est jugé impraticable, le premier n’en subsiste pas moins et un autre moyen doit être trouvé pour créer et utiliser ce sentiment si important. Je sens fortement qu’il est indigne d’un homme de faire à ses semblables tout le tort que le capitaliste lui ordonne de leur faire, en croyant le justifier par cette ombre d’excuse : je ne mis qu'un instrument. Cela peut suffire à ceux qui acceptent le présent système et sont satisfaits d’être les instruments des capitalistes et de détruire la liberté de leurs semblables. Mais ceux qui accomplissent de tels actes antisociaux et qui réprouvent le présent système, sont, inconsciemment, des lâches qui ne le renverseront jamais. Je demande des hommes qui sachent d' abord affranchir leur esprit, ^puis qui refusent de faire un ouvrage qui perpétue la mtsère et l'esclavage de leurs semblables et atnsi créent un large courant de sympathie et de solidarité, propre base d'une action plus accentuée.
Ce genre d’action économique me semble celui qui est le plus à la portée d’un homme qui se sent libre et qui trouve la base de s? liberté dans la liberté et le bien-être d’autrui. S’il ne peut, par son refus de travailler pour le capitaliste, renverser le présent système, il s’efforcera en quelque sorte de
ne pas travailler au détriment de ses semblables, guidé par le respect de soi, sans s’inquiéter de savoir si la solidarité de ces derniers répondra ou non aussitôt à la sienne. Telle est la méthode anarchiste : faire soi-même ce que l’on voudrait voirfaire.
La vieille méthode politique et autoritaire consiste à s’en laver les mains en proclamant que ces choses sont inévitables, et par conséquent en les perpétuant et à se fier que d’autres feront pour nous ce que nous-mêmes nous ne voulons ou ne pouvons faire (termes que l’on prend trop souvent l’un pour l’autre). Nous qui n’acceptons pas ce principe fondamental en politique, nuus devrions le rejeter en matière sociale dans la plus large mesure, et par suite accentuer la responsabilité de chacun relativement à ce qu’il fait.
J’ajouterai seulement, qu’en discutant le présent sujet, le terme moralité ne devra pas être introduit dans un sens qui laisse croire que j’exhorte les travailleurs à devenir plus moraux. Je n'ai p.TS employé ce mot dans ce sens, et il prête aux malentendus. Je demande qu’ils arrivent avant tout au respect de soi, à la conscience de leur dignité et de leur liberté; et alors leur propre conscience leur dira de refuser de faire des actes antisociaux dans le sens le plus large, comme ils refusent de se faire délateurs ou € blacklegs ». Il est parfait de dire : renversons d’abord le système capitaliste et ensuite nous acquerrons ces qualités ; mais qui se chargera de renverser ce système, nous devons le demander, puisque le dogme de Marx, d’après lequel les capitalistes doivent se détruire mutuellement jusqu’au dernier, ne nous rassure plus comme il l’a fait si longtemps à l’égard des social-clémocrates?
Pour conclure, je répète que je ne désire nullement amoindrir l’importance d’aucune méthode actuelle de propagande, mais je serais heureux de voir discuter la présente méthode, particulièrement quand des anarchistes se trouvent réunis avec des trades-unionistes. Une extension de l’action des
trade-unions allant des questions purement corporatives à un effort pour l’émancipation de tous pourrait avoir une issue décisive et gagnerait les sympathies de tous ceux qui se sentent libres et désirent aussi bien affranchir les autres.
J’aimerais aussi voir faire part des efforts préalables tentés dans la même direction.