‹ La responsabilité médicaleChapitre 15 sur 105 · PROCÉDURE DES PHOCÈS EN RESPONSABILITÉ MÉDICALE · texte numérisé non relu

PROCÉDURE DES PHOCÈS EN RESPONSABILITÉ MÉDICALE

syphilitiques. Il semble donc fort probable que l'homme en question est mort d'une attaque d'urémie convulsive due à ses excès de la veille. En tout cas le poison ne fut pas retrouvé et l'empoisonnement ne fut pas démontré. Palmer fut condamné parce qu'on le jugeait capable d'avoir commis le crime et non parce qu'il fut établi qu'il l'avait commis.

En second lieu, Messieurs^ ne vous basez pas pour établir vos conclusions sur les phases ultérieures de la maladie. Ne jugez pas en tenant compte exclusivement des résultats de l'autopsie. Faites dans ces circonstances la part de ce que pouvait savoir votre confrère au moment où il a fait sa prescription et de ce que vous savez ; car la maladie a évolué et l'autopsie a éclairé les points douteux. En un mot, il faut vous placer dans les conditions mêmes où se trouvait le médecin incriminé au moment où il a été appelé près du malade, de façon à pouvoir apprécier les incertitudes dans lesquelles il a pu se trouver.

Si vous êtes appelé à pratiquer l'autopsie, ne manquez jamais de demander au juge d'instruction, que, soit l'accusé, soit un représentant choisi par lui, soient présents.

Ainsi, Messieurs, lorsqu'il y a peu de temps je fus commis avec M. le D'' Thoinot pour faire l'autopsie de la malade morte chez le D"" Boisleux, j'ai demandé que le docteur Boisleux, alors seul mis en cause, assistât à cette opération, de manière qu'il lui fût possible de donner son opinion et d'expliquer les lésions que nous allions constater. J'ai prié le D*" Boisleux d'en écrire la relation de sa main ; quand notre rapport a été terminé, nous l'avons lu à MM. Boisleux et Lajarrige, de manière que notre impartialité ne put être mise en doute (1).

Enfin, vous n'avez pas à vous demander ce que vous auriez fait, vous trouvant au chevet de ce malade. La question de médication est, comme le disait le procureur

(1) Voj'. Brouanlel et Thoinot, Affaire Boisleux et Lajarrige [Ann. d'htjgiêne, 1897, t. XXXVIII, p. 289).

Dupin, une querelle entre Hippocrate et Galien, une question à régler entre médecins.

Pour rendre plus clair mon exposé, je suppose que vous ayez à juger l'opportunité de l'emploi dune médication; demandez-vous si elle est classique, usitée par plusieurs médecins, conseillée par des praticiens autorisés, ou si c'est une médication nouvelle, mais ne vous demandez pas si, vous, vous auriez choisi cette médication ou toute autre; vous n'avez pas à juger les opinions médicales de votre confrère en leur opposant les vôtres. Ainsi il s'agit d'un cas d'hémorragie cérébrale, le médecin a prescrit la saignée, les sangsues à l'anus, les purgatifs; c'est une médication que l'on n'emploie plus guère aujourd'hui, à tort ou à raison, je n'ai pas à le discuter; pourrezvous dire que le médecin a commis une fau'.e en soignant son malade d'après celte vieille méthode ? Assurément non, car elle est indiquée dans tous les traités de pathologie interne, c'est une médication classique.

Il y a quelques années un fait plus délicat à apprécier est survenu dans le service du docteur Legroux à l'hôpital Trousseau. On amène un enfant qui meurt avec des signes d'empoisonnement. L'autopsie faite par le médecin, et les recherches chimiques pratiquées par l'interne en pharmacie, font conclure à un empoisonnement par le phosphore. On fait une enquête, et l'on apprend que cet enfant a été soigné par un médecin du quartier de Belleville, ancien interne des hôpitaux, qui depuis plusieurs années avait fondé un dispensaire pour enfants. Ce médecin n'exerçait pas, mais donnait des consultations gratuites et de plus il fournissait les médicaments. Chaque juur il prodiguait ses soins à 50 ou 60 enfants, bien souvent scrofuleux ; il employait pour leur traitement l'huile de foie de morue phosphorée à la dose d'une à deux cuillerées à soupe par jour; l'enfant transporté iiTrousseau était mort à la suite de ce traitement.

Je fus commis avec M. Ogier pour l'expertise et en re-

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