‹ La responsabilité médicaleChapitre 16 sur 105 · PROCÉDURE DES PROCÈS EN RESPOMSABILITÉ MÉDICALE · texte numérisé non relu

PROCÉDURE DES PROCÈS EN RESPOMSABILITÉ MÉDICALE

prenant les documents, j'ai vu qu'à Vienne un professeur de clinique avait préconisé ce traitement, donnant une statistique de 800 cas traités, dont 750 avaient guéri en deux mois, sans qu'on ait eu à enregistrer un seul décès; de plus la dose de phosphore était douhle de la dose employée par le médecin de Paris ; celui-ci fut acquitté par le tribunal qui cependant, je dois le dire, montra quelque difficulté à accepter notre interprétation. Legroux, dans son rapport, avait exprimé une opinion, elle est aussi la mienne ; prescrire du phosphore me semble dangereux, attendu que ce corps a tendance à s'accumuler dans l'organisme et peut ainsi causer un empoisonnement; c'est mon opinion de médecin traitant, mais comme médecin expert je n'avais pas à la formuler. Me basant sur ce fait que cette médication avait été employée à l'étranger par un homme compétent, qui affirmait en avoir eu de bons résultats et qui proclamait son innocuité, je n'ai pas hésité à conclure que le médecin n'avait pas commis une faute.

Il y, a quelques années, un jeune médecin s'établit près de Sedan, dans une commune oi^i se trouvait déjà un vieux praticien, qui semble ne pas lui avoir fait un afTectueux accueil. Un de ses premiers clients fut un jeune homme du pays, qui, se trouvant à Paris, avait été pris de fièvre typhoïde ; après quelques jours, on le transporte dans son village et le jeune médecin lui ordonne quatre grammes d'acide salicylique dans une potion à prendre en une heure. Le malade meurt. Assurément, je trouve cette dose d'acide salicylique considérable et jamais je n'oserais donner une telle quantité de ce médicament en une heure, surtout à un malade que je ne connais pas et dont les reins peuvent être en mauvais état, et cependant, je ne devais pas dire que le médecin avait eu tort.

En efl'et, le vieux praticien ayant répété un peu partout que son jeune confrère avait occasionné la mort de. son malade, je fus commis pour faire l'expertise. Je n'ai pas eu de peine à démontrer que si ce médecin avait donné cette

dose d'acide salicylique, c'était parce qu'il avait maintes fois vu un médecin des hôpitaux, Vulpian, dont il avait été l'externe, donner cette même dose sans avoir jamais eu à déplorer le moindre accident; bien plus, Vulpian venait de faire à l'Académie de médecine une communication sur cette méthode qu'il appuyait de trente observations, dans lesquelles les malades paraissaient avoir recueilli un véritable bénéfice de cette médication ; enfin à l'Académie personne n'avait élevé la voix pour protester contre la quantité d'acide salicylique donnée en aussi peu de temps.

De plus, ne savons-nous pas qu'il arrive souvent dans le cours de la fièvre typhoïde qu'un malade tombe dans le collapsus et meurt, sans que l'on puisse en aucune façon incriminer la médication ? Ne trouvons-nous pas des exemples frappants de ce genre de mort au cours de la fièvre typhoïde dans les livres de Louis (1), de Lorain (2), de Wunderlich (3), et pouvons-nous affirmer que le malade en question n'est pas mort naturellement dans le collapsus, surtout après les fatigues du transport de Paris à Sedan en chemin de fer et de Sedan à son village en voiture?

Quand il s'agit d'une médication nouvelle, où Ton ne peut être couvert par l'avis d'autres médecins, il faut agir avec la plus grande prudence.

Il y a quelques années, avant les découvertes de Roux en France et de Behring en Allemagne dans le domaine de la sérumlhérapie, un médecin de Paris eut l'idée de saigner des chèvres et d'injecter le sérum à des tuberculeux.

Je fus commis par le parquet pour faire une enquête sur le fait suivant :

Un homme, phtisique peu avancé, vient se faire traiter; on lui fait l'injection ; notez que pour la pratiquer le

(1) Louis, Recherches sur la fièvre fyphoi'fe. Paris, 1841.

(2) Lorain, fM température du corps humain et ses variations dans les maladies. Paris, 1877.

(3) Wunderlich, De la température dans les maladies. Paris, 1872.

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