VI PREFACE
ui donner une intensité exceptionnelle. En cas de crime, les foules obéissent à ce sentiment inné, lorsqu'elles lynchent un coupable ou présumé tel, dans les pays où la procédure est lente ou suspecte. Cette première impression est constante.
Puis, le coupable est connu, il est sous la main de la justice, tout danger a disparu pour nous ou les nôtres, l'opinion se retourne immédiatement. La pitié va à l'inculpé. Il est seul, ses moyens de défense semblent insuffisants. Sa faute s'explique par la passion, ou elle ne ressortit que d'une erreur. Qui n'a eu des passions, qui n'a commis des erreurs? On ne songe plus que l'on aurait pu être la victime, on se demande avec anxiété si un jour on ne pourrait pas commettre l'acte reproché au coupable.
Ce sentiment de retour est plus ou moins vif, suivant les circonstances extrinsèques, qui, comme dans le premier mouvement, peuvent surexciter l'opinion publique. Mais il est également constant.
Il existe chez ceux qui assistent comme spectateurs au procès, chez ceux qui y sont acteurs, et même chez ceux qui l'ont provoqué.
Deux fois, j'en ai eu la preuve évidente.
Lu commerçant dépose une plainte contre un caissier infidèle ; il fait, dans le cabinet du juge d'instruction, une déposition sans merci. Le caissier attend en prison, pendant deux ou trois mois, que l'affaire soit mise au rôle des assises. Là, devant les jurés, le plaignant plaide lui-même les circonstances atténuantes, il rétracte dans la mesure du possible ses allégations premières et fait tous ses efforts pour rendre possible un acquittement.
Cette seconde impression, très chevaleresque, semble avoir, en France, une intensité plus grande