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II. — Fonctions du médecin de l'état civil

Le médecin de l'état civil. doit rechercher d'abord si la mort est réelle, puis s'efforcer de reconnaître la cause de la mort Pour reconnaître les signes de la mort, il faut examiner le

'I) Broiianlel, La mort subite, p. 22.

FONCTIONS DU MÉDFXIN DE l'ÉTAT CIVIL. 229

cadavre; cela parait simple, cependant le public ne le comprend que difficilement ; il s'imagine qu'en découvrant un mort, on porte atteinte au respect qui lui est dû ; aussi, je vous conseille, si vous avez k faire des constatations de décès, de toujours procéder avec une extrême douceur, de montrer à la famille que les recherches que vous entreprenez n'ont pour but que de bien vous assurer que la personne est bien morte et non pas en état syncopal.

Les difficultés que rencontre le médecin de l'état civil sont accrues par suite de l'habitude que l'on a de faire aussitôt après la mort la toilette du cadavre. On enlève les oreillers, on couche le corps à plat ; on place une mentonnière pour que la bouche ne s'ouvre pas; on lie les bras pour que la rigidité cadavérique les prenne dans une position qui semble plus décente. On a grand tort : quand le malade a rendu le dernier soupir, on ne peut pas dire encore qu'il soit complètement mort ; en elTet, il arrive souvent que ce qui a paru être le dernier soupir n'est que le début d'une syncope; de plus, même si la respiration ne se fait pas, la vie continue dans les organes ; le cœur bat longtemps encore après ce moment. P. Loye et P. Regnard ont constaté chez un décapité la persistance des battements du cœur pendant trois quarts d'heure. On ne doit donc pas considérer un homme comme mort parce qu'il semble avoir rendu le dernier soupir; il se peut qu'il revienne de sa syncope ; si on lui ferme la bouche, si on lui attache le menton, on supprime les bien faibles chances qu'il a de revenir à la vie ; il faut toujours, comme l'a dit Josat, faire, en face d'une personne qui vient de mourir, comme si le retour à la vie était encore possible.

Le médecin doit déterminer les causes de la mort.

Vous savez. Messieurs, combien parfois il est difficile de faire le diagnostic d'une maladie sur le vivant ; vous avouerez que faire un diagnostic rétrospectif sur un cadavre est encore beaucoup plus difficile. Pour découvrir la cause de la mort, il est nécessaire que le médecin de l'état civil

fasse une petite enquête; aussi est-il obligé de demander des renseignements à la famille sur la marche et les symptômes de la maladie qui a amené la mort et de consulter les ordonnances du médecin qui a donné ses soins.

Le résultat de son examen doit être que la mort est réelle, qu'elle semble avoir été causée par telle maladie ou tel accident.

C'est en effet au médecin vérificateur qu'il incombe de dire s'il y a des traces de violence, pouvant faire soupçonner une lutte, un accident, un suicide ou un crime. Beaucoup de ceux-ci ont été révélés par ces examens.

Lorsque aucune suspicion ne s'élève dans l'esprit du médecin, il signe une feuille qui, remise à la mairie, permet de délivrer le permis d'inhumer. Lorsque au contraire, il y en a un doute, il fait son rapport et l'officier de l'état civil donne telle suite qu'il convient à cette déclaration.

La petite enquête qui accompagne cet examen provoque parfois des difficultés entre médecins.

Il y a quelques années, un de nos confrères voulait porter plainte parce que le médecin de l'état civil avait demandé communication de ses ordonnances et surtout parce qu'il en avait emporté une au dos de laquelle il avait écrit les renseignements qui devaient lui servir à rédiger son rapport. La susceptibilité de ce médecin me semble exagérée. Il est certain toutefois que si le médecin de l'état civil critiquait le traitement institué par son confrère, il aurait grand tort, d'abord, parce qu'il n'a pas suivi la marche de la maladie et ne peut, par suite, avoir qu'une idée approximative sur l'utilité de l'emploi de telle ou telle médication, et enfin parce qu'il paraîtrait exploiter la douleur des parents pour déconsidérer un confrère.

Je n'ai pas besoin de vous rappeler que vous ne devez jamais accepter d'être en même temps médecin traitant et médecin de l'état civil. Je me suis assez étendu sur ce sujet quand je vous ai parlé du secret médical pour n'avoir pas besoin d'y revenir; aux arguments précédemment donnés, il

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