OUI DOIT CONSTATER LA MORT
médecios inspecteurs qui doivenl examiner au moins un mort sur trois. Ce service est très bien organisé à Paris et il otïre toutes les garanties possibles ; dans toutes les grandes villes, à Lyon, à Bordeaux, fonctionne un service analogue.
Dans certaines villes de moindre importance, le service des décès est fait par les médecins traitants; ce cumul peut, dans certaines circonstances, devenir pour eux la cause de graves ennuis (1» et soulever la question du secret médical.
Dans les campagnes, il n'y a aucun service pour la constatation des décès, de sorte qu'on enterre des personnes qui n'ont jamais été vues par le médecin, ni pendant leur dernière maladie, ni après leur mort. Le paysan, vous le savez, naime pas à aller chercher le médecin, ou s'il l'appelle, ce n'est que bien tard, quand tout espoir peut être abandonné ; de plus il est des régions de la France où il n'y a pour ainsi dire pas de médecins. Ainsi, dans le département de la Lozère, il n'y a pas 30 médecins, et 8 cantons se touchant n'ont ni médecin, ni officier de santé, ni pharmacien.
Je vous ai dit, dans un des cours précédents (2), quels étaient les signes de la mort et les difficultés qu'un médecin peut rencontrer pour en établir la réalité ; aussi le danger des inhumations prématurées est-il beaucoup moins grand dans les villes qu'à la campagne, où aucune personne compétente ne voit le décédé. Pour remédier à cet état de choses déplorable, Tourdes avait demandé que le délai de 24 heures fût porté à 48 heures; rien n'a été fait à ce sujet, et du reste, ce n'est pas là qu'est la réforme utile. 11 ne s'agit pas d'une question de temps, mais de diagnostic. Bruhier avait, disait-il, recueilli au moins oOO observations d'inhumation d'individus vivants ; il ajoutait qu'on ne connaît pas tous les faits de ce genre et qu'un plus grand nombre resteront toujours inconnus, ensevelis qu'ils sont dans les entrailles de la terre. Toutes ses observations ne sont qu'un tissu de puérilités et de racontars. A ma connais-
(!) Voir p. 87.
(2) Brouaidel. La mort subite, Paris, 189.î, p. -30.
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sance, deux faits seuls semblent mériter quelque créance :
Le premier est celui dune jeune fille en catalepsie qui aurait été enterrée sans qu'aucun médecin ne l'ait vue, ni vivante, ni morte.
Le second, rapporté par le D"^ Robin, a trait à une jeune fille qui, pendant une épidémie de choléra, tomba en syncope ou en catalepsie; on conclut que cette mort subite était due à une attaque de choléra foudroyant et l'on pratiqua l'inhumation. On entendit des mouvements dans la bière, on l'ouvrit et on alla chercher le médecin qui, à son arrivée, constata que le pouls battait encore. 11 ne put cependant rappeler la malade à la vie (1;.
Ce sont les deux seuls cas offrant quelque probabilité d'authenticité; en plus, je vous rappellerai qu'à Tobitoire de Munich, depuis 140 ans, on n'a constaté aucun cas de réveil; par conséquent, on peut dire que le danger n'est pas dans l'inhumation précipitée, mais vient plutôt, comme nous le verrons dans un instant, de ce que l'on peut profiter de cette absence de contrôle pour cacher des crimes.
J'avais espéré, il y a quelques années, quand on a fait la loi sur l'assistance médicale dans les campagnes, que l'on s'occuperait également de nommer des médecins vérificateurs des décès; il n'en a rien été; tout le monde reconnaît la nécessité de cette organisation, mais personne ne veut en assurer financièrement le fonctionnement: de plus une formule est entrée dans l'esprit du public, elle a, temporairement je l'espère, la force d'un axiome, et en ce moment, la formule est : Pas de fonctionnaires. Le médecin vérificateur serait un fonctionnaire, donc il n'en faut pas.