Secret médical. Avortement. Mort
Mon cher Maître,
J'ai l'honneur de vous écrire pour vous prier de me donner un conseil déontologique sur un cas que seul vous pouvez résoudre.
Bien entendu, que ce sera un devoir strict pour moi de vous retourner votre lettre. Quoiqu'on fût fier de revendiquer votre haute autorité, je ne veux m'inspirer que de vos conseils.
Voici le cas :
Il y a quelques années, je fus appelé auprès d'une femme victime de manœuvres abortives.
Devant la gravité du cas, je réclamais un confrère, devant qui la malade révéla le nom de la sage-femme coupable.
La malade mourut le lendemain.
J'ai été appelé chez le commissaire de police pour en témoigner.
J'ai déclaré qu'il y avait eu avoitemenl provoqué, à mon avis et celui du confrère, mais je me suis réservé de ne donner le nom de la sage-femme, que si la justice me relevait du secret professionnel.
1° Ai-je agi prudemment?
2' Si je suis appelé devant la justice, dois-je prononcer le nom de la coupable ou me retrancher derrière le secret professionnel?
Le Précis de médecine légale de Viberl ne cite que le cas du D' Berrul, peu applicable en l'espèce, à mon avis.
Je dois ajouter que nous ne pouvions nier l'avortement, connu de tous les voisins, et que le médecin de Tétat civil n'a pas vu. Avec mon confrère, nous espérions qu'il l'aurait découvert.
En vous remerciant d'avance, mon cher Maître, de votre obligeance, soyez assuré que votre nom ne sera pas prononcé et, pour plus de sûreté, je vous retournerai de suite votre réponse,, quoique j'aurais été lier de m'abriter derrière votre haute compétence.
Veuillez agréer les remerciements anticipés de votre obligé.
20. Secret médical. Avortement. Mort. Médecin interrogé sur la cause de la mort.
Monsieur Brouardel,
Permettez à un médecin de campagne de vous demander un conseil.
Le 8 juin 1885, mourait ici d'une mélro-péritonile une accoucheuse; j'ai toujours été convaincu, malgré les dénégations de la malade, qu'il y avait eu des manœuvres aborlives.
Aujourd'hui, la justice croit avoir découvert la coupable et me demande :
1° De quelle maladie est morte cette accoucheuse;
2° Le nom des personnes qui l'ont soignée, et la date de sa mort.
A M. le juge de pal.x, qui m'a déjà interrogé, j'ai répondu que je ne pouvais rien dire au sujet de la première question, et que la seconde me paraissait sans importance.
Dans quelques jours, je serai appelé devant M. le juge d'insstruction, dois-je persister dans ce système de témoignage?
Que répondrais-je aussi à M. le juge d'instruction, s'il me fait l'observation suivante : « Votre silence est un témoignage à charge, car si la défunte était morte d'une pneumonie, par exemple, vous le diriez, d'abord pour délivrer l'accusée, et pour ne pas déshonorer la fille de la morte. »
Soyez assezbon, Monsieur Brouardel, pour m'écrire un mot à ce sujet ; vous obligerez un confrère qui vous prie d'accepter ses remerciements et l'expression de ses sentiments respectueux.
21. Secret médical. Avortement. Médecin consultant et expert.
Monsieur le Professeur,
J'ai l'honneur et je prends la liberté grande, au risque de vous paraître indiscret, de mettre à contribution votre haute compétence en médecine légale et de solliciter de vous un renseignement dont j'ai le plus pressant besoin.
Aussi explicitement que possible, voici ce dont il s'agit :
Dans la première quinzaine de novembre 1890, un magistrat se présentait dans mon cabinet avec sa fille, âgée de vingt ans, et chez laquelle les règles étaient totalement supprimées depuis trois mois exactement.
De l'examen de cette jeune fille, en présence du père (l'examen local s'était borné à la palpation du ventre), j'eus des doutes sur une grossesse; mais, eu égard à la situation officielle du père,