Secret médical. Infanticide
18 décembre 1884.
Monsieur et très honoré Confrère,
Permettez-moi de venir vous demander un conseil : Je suis en face d'un infanticide. Appelé tout à l'heure auprès d'une fille pour des pertes, je la touche et je trouve la délivrance dans le vagin.
Je dis à la mère présente : « Voici la délivrance; où est donc l'enfant?» Elle me répond carrément : « Mais il n'y en a pas, ma fille n'a pas fait d'enfant. »
En présence d'une réponse aussi inattendue de la mère, je la menace des gendarmes.
Puis, je me suis empressé d'emporter la délivrance comme pièce justificative en cas de besoin.
Que dois-je faire?
i° Dois-je attendre les événements?
2° Dois-je au contraire dénoncer le fait à la justice? 3° Si la gendarmerie prévenue par les rumeurs vient interroger ces femmes; si ces femmes se servent de ma visite pour couvrir leur crime; si l'on vient ensuite me questionnera cet égard, avant d'ouvrir une enquête, que dois-je dire?...
Je crois que je n'ai pas à hésiter dans ce dernier cas à dire toute la vérité, et à dévoiler le crime.
Je dois ajouter qu'il y a environ trois mois, on m'a amené cette fille, en me demandant si elle était enceinte, et à ce moment j'ai constaté les signes certains d'une grossesse.
Veuillez, mon très honoré Maître, être assez bon pour me faire donner demain la réponse par votre chef de clinique, et agréez l'assurance de ma sincère considération.