SECRET MÉDICAL. — GROSSESSE
Une jeune femme, de vingt-huit ans, veuve après dix-huit mois, employés à soigner un mari phtisique, et mère d'un enfant âgé de quatre ans, issu de ce mariage, est venue, il y a huit jours, me consulter pour me faire part de la crainte qu'elle a d'être enceinte, et me demander mon concours pour la débarrasser de ce fardeau. — Elle habite la campagne, mais appartient à une famille fort aisée, et a reçu une certaine instruction, ce qui fait qu'aujourd'hui elle attache encore plus d'importance à dissimuler sa faute. — Sur mon refus formel de l'assister pour cet objet, elle m'a déclaré qu'elle savait alors ce qui lui restait à faire, que son parti était pris, et que d'ici vingt-quatre heures elle aurait mis fin à ses jours.
Pour gagner du temps, j'ai dû lui dire que je ne refusais pas absolument de lui venir en aide, mais qu'auparavant, je voulais être bien sûr qu'elle était enceinte, que ses règles n'avaient manqué qu'une fois, et qu'elle revienne me voir si elles manquaient encore la fois prochaine.
J'agissais ainsi dans la pensée de me ménager le temps nécessaire pour prévenir sa famille et l'empêcher de mettre à exécution ses projels de suicide. — Les relations que j'entretiens avec sa famille (relations médicales seulement), sont assez suivies pour qu'en principe je me sois considéré comme moralement obligé de la prévenir. Mais lorsqu'elle a eu quitté mon cabinet, je me suis demandé si j'en avais bien le droit, et j'ai fait comme si je ne l'avais pas.
Elle est venue me consulter chez moi, seule, et elle m'a spécifié que pour rien au monde elle ne voudrait que son père en fût informé.
Tout mariage étant impossible, vu la situation de son complice, ouvrier dans la maison, ma position est très difficile.
Si j'en informe son père, je viole manifestement le secret professionnel, avec cette circonstance aggravante qu'elle m'a prévenu, en me consultant, qu'elle comptait absolument sur ma discrétion; et si je ne l'en informe pas, le lendemain du jour où elle viendra dans mon cabinet (elle m'a fait prévenir qu'elle viendrait du 20 au 22 octobre), elle se suicidera, je la sais assez énergique pour ne pas reculer.
Vous m'obligeriez de me donner votre avis sur ce cas si particulier, et m'excusant de la liberté que je prends de m'adresser à vous, veuillez agréer, très honoré Maître, l'hommage de mes sentiments les plus respectueux.
394 DÉCLARATION Dli: NAISSANCE ET INHUMATIONS.