Secret médical. Grossesse. Menace de suicide
14 mars 1895.
Monsieur el très honoré Maître,
Je viens vous demander un conseil et je vous serai infiniment reconnaissant de me l'envoyer le plus vite possible.
Voici ce dont il s'agit :
Je suis appelé ce matin auprès d'une jeune fille de dix-huit ans qui souffre de l'estomac et vomit depuis quelque temps. J'examine la malade devant la mère et je constate une grossesse d'environ quatre mois et demi à cinq mois. Pendant une courte absence de la mère envoyée par moi chercher une cuvette et du savon, la fille, qui paraît ignorer son état(?), me supplie de n'en rien dire à sa mère très violente, et prétendant qu'elle se tuera plutôt que d'avouer sa grossesse.
La mère est veuve, les deux personnes demeurent seules ensemble, ne se sont jamais séparées; situation honorable.
Uois-je le dire à la mère, qui ne se doute de rien, avec tous les ménagements possibles et promesse de n'exercer aucune violence physique ou morale sur sa fille? Je suis le médecin de cette famille depuis treize ans.
Le fait paraît fort simple, mais le caractère de la mère me fait craindre pour la fille, et je ne sais quelle détermination prendre, et il faut que je la prenne au plus vite, craignant un avortement morbide en l'aison de l'état de la malade.
Je vous prie de croire, Monsieur le Doyen, à l'assurance de tout mon respectueux dévouement.