‹ La responsabilité médicaleChapitre 87 sur 105 · AVORTEMENT. — FILLE MINEURE · texte numérisé non relu

AVORTEMENT. — FILLE MINEURE

U y a une quinzaine de jours. La famille, d'ailleurs très bien, n'en a pas été inquiète outre mesure pour les motifs que l'enfant est jeune, bien surveillée et que pareil retard a eu lieu il y a quelques mois; mais le personnage veillaif. et apprenant en questionnant la jeune fille, que les règles n'étaient pas venues, il résolut d'employer un moyen héroïque pour les faire revenir, c'est-à-dire qu'il s'adressa à une sage-femme ou une pseudo sage-femme de Paris, qui moyennant finance vint à M... dimanche dernier et put, à l'insu de la famille et par un hardi stratagème, se livrer sur la jeune fille à des manœuvi"es abortives.

L'enfant, qui est tiès craintive, s'y est prêtée sans trop savoir ce qu'on lui faisait; on lui a simplement dit que c'était pour faire revenir ses règles et éviter du chagrin à sa mère ; mais d'un autre côté, quand la chose a été faite, on lui a recommandé de la façon la plus expresse de n'en rien dire, car cela la ferait aller en. prison, etc..

Dans la nuit de lundi à mardi, je suis appelé auprès de la jeune fille qui, me dit la mère, se plaignait vivement de sa hanche.

A l'examen, je ne constatais rien et je vis rapidement qu'elle avait quelque chose à me communiquer; je fis éloigner la mère une minute. L'enfant me raconta innocemment ce qui s'était passé. Entre les cuisses pendaient plusieurs fils, je les tirai et ramenai plusieurs tampons.

La douleur de la hanche n'était qu'un prétexte; elle souffrait en réalité de la vulve qui était rouge, enflammée et où la vulvite était manifeste.

Ma situation était très perplexe, un instant j'ai même cru la mère complice; quoi qu'il en soit, avant de me retirer, je lui ai fait part de ce que j'avais constaté, de ce qui existait, des manœuvres faites par une personne de l'art ou ayant l'habitude de ces manœuvres.

La mère était atterrée et j'ai vu par la suite que la pauvre femme avait été loin de se douter que sa fille ait pu être enceinte.

Le lendemain, c'est-à-dire avant-hier, à force de prières, elle a fini par se faire tout avouer, et tout a pu s'expliquer. La famille a été avertie aussitôt (au moins les membres les plus directement intéressés).

La sage-femme devait revenir hier. Sur le signalement donné par l'enfant, la mère l'a fait suivre à son départ de M... et, à l'heure qu'il est, la famille doit savoir le nom et l'adresse. - Quant à l'individu qui a abusé de l'enfant, c'est un ami de la famille.

396 DÉCLARAïlON DE NAISSANCE ET INUUMATIONS.

Quelle conduite dois-je tenir? La famille m'a demandé avis, j'ai répondu que je n'en avais pas à lui donner, que mon rôle de médecin me le défendait.

Que dois-je faire? Jusqu'ici il ne s'est rien produit, pas de sang, pas de coliques. Les manœuvres de la sage-femme n'ontelles consisté qu'en un tamponnement d'ailleurs 1res peu important, puisqu'il n'y avait que quatre tampons ? Lenfant n'a rien vu ; en tout cas, d'après la description qu'elle me fait, la sage-femme semble s'être servie d'un spéculum dont l'introduction l'a fait beaucoup souffrir.

Ma situation est extrêmement embarrassante; si vous pouviez d^un mot me tracer une ligne de conduite, un mot, un seul mot, car vos occupations ne vous permettent guère d'écrire longuement, vous ne rendriez un immense service.

Je compte, cher Maître, que vous ne me le refuserez pas et je vous prie d'agréer d'avance mes plus sincères remerciements.

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