‹ La responsabilité médicaleChapitre 89 sur 105 · AVORTEMENT. — FILLE MINEURE · texte numérisé non relu

AVORTEMENT. — FILLE MINEURE

Le volume très appréciable de l'utérus, la présence du lait, ne laissent aucun doute à cet égard : c'est une grossesse de quatre mois environ, avec insertion vicieuse très probablement du placenta.

Le lendemain à dix heures du soir, la perte devenant sérieuse, j'exécute de mon mieux, devant la mère et la sœur qui m'éclairent, ne me demandent rien et ont l'air de trouver ça très naturel, un tamponnement assez sommaire, étant loin de chez moi et n'ayant pas de spéculum à ma disposition.

A quatre heures du matin, on vient me chercher de nouveau. Les douleurs depuis hier soir ont été vives. Le tampon est à la vulve ; derrière celui-ci, je trouve le placenta que j'extrais et, en suivant le cordon, j'arrive au fœtus que j'extrais aussi.

Pendant ce temps, la jeune fille a tenu de ses deux mains son drap relevé sur elle en forme de tente pour masquer la manœuvre.

Dès qu'elle se sent délivrée et pendant que la mère se retourne pour poser la lampe sur la table, elle fait, à ma grande stupéfaction et sans me donner le temps de me reconnaître, disparaître très adroitement le tout dans la ruelle de son lit.

La mère et la sœur n'ont-elles rien vu, rien compris, ou rien voulu voir, ni comprendre? Je l'ignore I Pour moi, je n'ai rien dit, mais j'ai un moment après menacé la fille de tout révéler à sa mère, si pareil accident lui arrivait de nouveau, ce qui est très probable.

J'éloigne tout d'abord, sans en être absolument sur, la supposition très grave d'avortement provoqué que mon silence pourrait me faire accuser de favoriser, par ce fait que la jeune fille croit avoir un grand intérêt à faire un enfant, pour se faire épouser par son amant dont les parents ne veulent pas le mariage. Mais qu'arriverait-il, si la mère ne sachant réellement rien, trouvait le fœtus sous le lit, ou si surtout ce même fœtus mal caché, étant trouvé accidentellement au dehors, une plainte était portée au parquet ?

Le médecin est-il strictement lié par le secret médical pour une enfant non majeure en possession de parents, et son devoir, pour ne pas s'exposer à des ennuis qui peuvent dans l'espèce être très graves, n'est-il pas d'avertir la famille?

Étant, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire plus haut, très exposé à me retrouver dans quelques mois dans des conditions identiques, je ne saurais mieux m'adresser qu'à vous pour être fixé d'une façon définitive sur la conduite à tenir en pareille circonstance.

Je vous serais donc très reconnaissant et infiniment obligé, si

VOUS vouliez bien, cher Maître, m'honorer d'un mot de réponse- Pardonnez-moi la longueur, pourtant nécessaire, de cette communication, et veuillez, je vous prie, agréer Thommage de mes sentiments les plus respectueux.

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