‹ La responsabilité médicale; secret médical, déclarations de naissance, inhumations, expertises médico-légalesChapitre 28 sur 97 · IV. — Supposition de part · texte numérisé non relu

IV. — Supposition de part

Enfin, Messieurs, pour terminer ce que j'ai à vous dire au sujet des naissances, je veux vous parler de la supposition de pari et de ses conséquences, je vous conterai la mésaventure suivante arrivée à un de nos jeunes confrères, nouvellement établi à Paris :

Pendant qu'il s'installait, une dame vint le trouver, présentant l'aspect extérieur d'une personne qui doit prochainement accoucher. Il ne l'examina pas et fut tout réjoui lorsque cette dame lui demanda si elle pouvait compter sur lui pour l'assister pendant son accouchement. Il accepta. Quelques jours plus tard, il est appelé par sa cliente, qui, lui disait-on, était prise de douleurs. Il se rend à son appel et à son arrivée une femme lui montre un enfant déjà emmailloté, lui disant : « Docteur, vous arrivez un peu tard, mais si vous le voulez bien, vous nous rendrez un grand service en allant déclarer la naissance à la mairie. » Le jeune médecin, sans examiner ni la mère ni l'enfant, va faire la déclaration de naissance, puis ne s'occupe plus de rien.

Quelques mois après, une femme se rend chez le procureur de la République, s'accusant d'avoir vendu, pour cinquante francs, son enfant à une inconnue qu'elle avait rencontrée à la porte de la Maternité; depuis, prise de remords, elle avait cherché à retrouver la trace de sa fille, mais sans pouvoir y réussir. On ouvre une enquête.

On apprend que la femme qui avait acheté l'enfant était précisément la cliente du médecin en question, qu'elle avait commis ce délit pour amener un vieillard, avec lequel elle vivait depuis longtemps, à la prendre comme femme légitime. A la suite de cette enquête, la femme fut poursuivie et le médecin fut inculpé dans les poursuites comme complice.

Ce jeune médecin m'appela à son aide, et j'allai raconter ce petit roman au procureur de la République, la naïveté de notre confrère parut évidente et il ne fut pas inquiété.

Page 1