‹ La responsabilité médicale; secret médical, déclarations de naissance, inhumations, expertises médico-légalesChapitre 87 sur 97 · Secret médical. Domestique. Infanticide. Révélation aux · texte numérisé non relu

Secret médical. Domestique. Infanticide. Révélation aux

maîtres.

22 avril 1802.

Très honoré Confrère et Maître,

J'ai l'honneur de vous adresser une question concernant le secret professionnel, convaincu que, malgré vos multiples occupations, vous voudrez bien, guidé par votre bienveillance habituelle, lui donner une réponse. La situation dans laquelle je me suis trouvé est, je crois, fort embarrassante, et je serais heureux, si le cas se représentait, de prendre une décision conforme à l'avis que m'aurait dicté votre haute expérience.

Une famille m'appelle et me prie d'examiner leur bonne, une jeune fille, qu'elle soupçonne être enceinte. Celle-ci, prévenue de l'arrivée du médecin, déclare ne pas être malade et se refuse à me voir.

Je ne la vis donc pas.

Bien que la conduite de la jeune fille fût de nature à augmenter ses soupçons, cette famille ne renvoya pas la jeune fille.

A quelques jours de là, on m'appelle de nouveau.

« Notre bonne ne paraît pas depuis le matin, elle prétend avoir mal de tête, elle a vomi, le parquet a été très mouillé, mais elle-même l'a lavé. Bref, nous voudrions savoir ce qui se passe chez nous. » Voilà ce que me disent les maîtres de la maison.

Je monte auprès de la servante. Elle déclare être bien. « J'ai eu mal de tète, dit-elle, mais je suis guérie. — On m'a dit que vous aviez vomi. — Oui, monsieur, j'ai beaucoup vomi ce matin après mon déjeuner et cela m'a dégagée. — Vous souffriez sans doute de l'estomac? Voulez-vous me permettre de l'examiner? — Examinez, monsieur, me dit-elle, il y a du reste longtemps que vous le désirez. »

El alors, j'introduis mes mains sous les draps et à la palpation je pus saisir l'utérus rétracté. Je n'avais plus de doute.

« Où avez-vous mis votre enfant? demandai-je à la femme. — Quel enfant? — Celui que vous avez fait. — Je n'en ai pas fait. »

Et ainsi de suite une série de dénégations.

Malgré mes menaces, elle nia encore; je la prévins que toute

la maison, les environs, la rivière qui se trouve tout auprès, tout serait visité, fouillé : elle nia toujours.

Et cependant la maison était pleine de voisins, qui tous soupçonnaient l'état de grossesse de la femme, et qui généralement supposaient qu'elle était accouchée ou qu'elle devait accoucher.

J'oublie un détail : à un moment donné, pour vaincre les dénégations de la servante, je la découvris et lui montrai ses draps, ses cuisses ensanglantés, pour lui prouver que le doute n'était pas possible. Elle persista à nier, prétextant qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps, et que ce jour les règles avaient reparu.

Je me retirai, la menace aux lèvres.

La famille et les voisins réunis dans la maison m'interrogèrent, et je répondis que la malade prétendait avoir eu mal de tête, et qu'elle déclarait être guérie, et je m'esquivai en faisant signe au propriétaire que je pris à part.

« Vous m'avez appelé auprès de votre bonne pour savoir ce qu'elle a. La vérité est qu'elle s'est accouchée ; elle nie, je n'ai pu découvrir l'enfant. Voyez ce que vous avez à faire, mais que personne ne sache que je vous ai mis au courant de la vérité. »

J'ai agi ainsi et le secret a été gardé par mon client. Mais ai-je bien agi ? Je me suis cru autorisé à le faire du moment que j'étais appelé par lui et que la femme niait tout. Mais, malgré cela, je me demande si je n'ai pas dépassé mon droit ?

Je vous expose le cas en toute sincérité, Monsieur le Doyen, afin que vous puissiez exprimer un avis en connaissance de tous les détails, et afin que, dans une autre circonstance analogue, je puisse prendre une décision autorisée.

Peut-être même y aurait-il intérêt à traiter la question générale. Quelle doit être, au point de vue du secret professionnel, la conduite à tenir dans le cas où un maître de maison appelle un médecin pour examiner un ou une domestique, au cas où celuici niant (il s'agirait d'une grossesse ou d'une maladie contagieuse par exemple), le médecin aurait acquis la conviction que celui-ci est réellement malade, que celle-ci est enceinte (le cas d'accouchement et d'infanticide est encore plus grave), et qu'il y aurait soit danger, soit imprudence à garder le ou la domestique, qu'il y aurait même quelquefois à craindre une accusation de complicité par négligence?

Dans le cas où je me suis trouvé, les choses ont marché à merveille pour moi. Mon client est monté et a demandé à la bonne :

Que vous a dit le docteur?» Et la bonne de répondre : « Il m'a demandé où j'avais mis mon enfant... Je n'ai pas fait d'enfant... il se trompe.., », et parla même de mes menaces.

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