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Les philosophes et les moralistes ont bien souvent écrit sur les relations qui existent entre les différents vices et nous ne ferons pas la revue des opinions de chaque école. Le fait psychologique important c’est que la toxicomanie traduit avant tout un certain état de déséquilibre en même temps qu’un désir de jouissance immédiate. Ces deux caractères se sont peutêtre révélés plus aisément chez des individus à cerveau fragile, à la faveur de la guerre et des bouleversements économiques et sociaux de ce siècle ; c’est là un problème dont nous laisserons la discussion aux philosophes. Nous allons simplement examiner la physionomie psychique du toxicomane tel qu’il se présente au médecin et en étudier les rapports avec la délinquence habituelle. Le toxicomane est un amoral en ce sens qu’il se livre à une habitude mauvaise et réprouvée. Il sait que cette habitude le mènera à la déchéance. Il n’aurait d’ailleurs qu’à regarder autour de lui pour voir certains de ses semblables qui, ayant perdu toute dignité, sont prêts à n’importe quoi pour se procurer leur drogue favorite. Il sait également que, en s’intoxiquant, en fréquentant les cercles d’initiés, en favorisant ou en faisant le commerce de la drogue, il tombe sous le coup des lois. Mais rien ne l’arrête, ni considérations morales, ni considérations pénales, ni même les raisons sentimentales ou familiales qui prennent tant d'importance chez l’homme normal. Le toxicomane est un égoïste uniquement préoccupé de la satisfaction de ses instincts.
C’est pourquoi il est classique de le rencontrer dans les lieux de débauche où il s’adonne généralement à tous les plaisirs pervers avant que la drogue ne devienne sa passion exclusive.
Certes il est d’autres façons d’entrer dans la toxicomanie, à la suite d’une thérapeutique, par exemple, mais combien de malades sont traités à la morphine
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sans pour cela devenir morphinomanes. Le toxicomane porte en lui-même les causes de sa toxicomanie, par son appétit de plaisirs faciles, son amoralité et sa faiblesse de volonté qui l'empêche de résister à une habitude qu’il sait être mauvaise. Dissimulé, menteur, il cache son vice. Si on le découvre, il protestera de ses bons sentiments, se représentera comme un malade qui désire être soigné. Et si par hasard on le soigne il essayera d’apitoyer son médecin, lui peindra ses souffrances, fera tout pour obtenir un peu de toxique. Désintoxiqué, il fera à son médecin de belles promesses, et sitôt franchie la porte de la maison de santé, courra chez le marchand de drogue dont il aura toujours su soigneusement cacher l’identité.
Son caractère, en somme, c’est celui d’un déséquilibré pervers, amoral et sans volonté .
Ce mépris des lois morales et sociales, nous le retrouvons chez le délinquant habituel.
De telles anomalies psychologiques constituent le substratum le plus courant de la délinquence et de la criminalité; aussi ne faudra-t-il pas nous étonner de voir le toxicomane devant les tribunaux. Sa délinquence est indentique à celle du déséquilibré banal. Il est par définition enclin aux actes antisociaux qui naissent du conflit de ses tendances avec le milieu ambiant. A ces facteurs purement psychologiques s’ajoute d’ailleurs le facteur toxique qui, comme nous allons le voir, contribue lui aussi à faire du toxicomane un délinquant.
Un fait domine la physiopathologie des toxicomanies; c’est que toutes entraînent un désordre spécial, l'ivresse. Elle se divise schématiquement en trois phases d’inégale importance au point de vue de la détermination des délits. Une première phase, appelée phase d’hypomanie ébrieuse se caractérise par une sorte d’exagération des facultés psychiques et physiques.
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Les répliques deviennent plus promptes, les mouvements plus rapides et plus brusques, et même du point de vue objectif les réflexes sont nettement plus vifs qu’en période normale. Le sujet est plus irritable, s’emporte facilement, et se trouve ainsi porté aux discussions et surtout aux violences.
Le seconde phase, sensitivo-sensorielle, est avant tout une phase passionnelle. Il se produit alors une inhibition de l’intelligence et de la volonté avec libération des instincts et des phénomènes émotionnels. Le foxicomane est alors particulièrement exposé aux actes impulsifs, c’est ce qui explique que cette phase soit la principale période des délits. Ils ont tous alors un caractère passionnel ou impulsif. C’est aussi la période des anomalies sexuelles et des délits qui en découlent.
La troisième phase, narcotique, est sans grand intérêt au point de vue de ses rapports avec la délinquence.
Ces phénomènes s’observent dans toutes les toxicomanies, mais il faut insister sur leur grande fréquence au cours de l’intoxication par la cocaïne. Ce toxique qui réalise une ivresse très analogue à l’ivresse absinthique est souvent à l’origine de voies de fait, coups et blessures, parfois même d’homicide. MAïER rapporte que les policiers auraient une crainte particulière des malfaiteurs sous l’influence de la cocaïne, car alors ils n’hésitent pas à faire usage de leurs armes, alors qu’en temps normal ils se laissent généralement arréter sans résistance. À ceci il faut ajouter tous les délits d'ordre sexuel que la cocaïne favorise, au contraire des autres toxiques qui entraînent rapidement l’impuissance et le désintéressement en cette matière.
Enfin, avant d’en terminer avec l'ivresse toxique, rappelons rapidement qu’elle peut également servir d'appoint à certains états psychopathiques; en révé-