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Le Docteur PAUL est alors commis, mais ne peut exercer sa mission, la fille D... ayant changé de domicile et son entourage se refusant à indiquer sa nouvelle adresse. Citée de nouveau, elle ne comparaît pas et est condamnée, par défaut, à un an et un jour de prison et 1.000 francs d’amende. Elle a fait tenir un nouveau certificat du Docteur B... la déclarant atteinte de troubles mentaux et obligée de garder la chambre et demandant son examen par un aliéniste.
Arrêtée deux mois plus tard, elle est incarcérée à la Roquette puis évacuée à Fresnes.
Au dépôt, elle avait refusé de dire son nom, consentant à l'écrire, et demandé à repasser devant la Cour.
— Un rapport de police indique qu’elle avait déjà été appréhendée dix ans auparavant pour infraction à la loi sur les stupéfiants et qu’elle n’avait pas attiré l’attention depuis. Elle y est représentée comme une désaxée ayant une conception un peu particulière de l’existence.
A l’infirmerie de Fresnes, elle se nourrit très mal, passe par des phases d’excitation et de dépression, parle à tort et à travers se contredisant sans cesse.
Lors de l’examen, elle répond aux questions d’un air un peu lointain, mais de facon assez pertinente. Elle ne fait pas grand effort, reste dans le vague et ne donne que des renseignements assez superficiels.
Son père serait mort de delirium tremens à un âge qu’elle ignore, sa mère est bien portante. Une tante maternelle serait morte internée à Saint-Anne. Un cousin germain est mort fou.
Elle est allée à l’école jusqu’à 16 ans, a eu son certificat d’études supérieures.
Mariée à 19 ans, elle n’a presque pas vécu avec son mari et a divorcé quelques années plus tard.
Ensuite, elle vit seule à Paris, de sa fortune person-
ER nelle et se désintéressant de ses affaires. Elle ne faisait pas la noce, mais fréquentait un monde interlope pour se procurer de la drogue à laquelle elle consacrait 150 francs par jour environ.
C’est à Toulon, à 17 ans, qu’elle a commencé à fumer de l’opium : « chez des camarades, on s’offrait des pipes d’opium comme une tasse de thé ».
Elle aurait rapidement pris aussi de la cocaïne. Depuis quatre ans, elle prend également de l’héroïne.
Relativement aux faits, elle ne donne que des renseignements vagues « l’affaire a traîné.…. j'étais malade. puis on a fait appel... moi, je ne me suis occupée de rien. »
Elle ajoute : « Evidemment, je suis malade de la tête. Cela vient de la drogue. Depuis quatre ans, j’ai changé terriblement. On m’appelait « la folle >» dans le quartier. Mais je ne suis tout de même pas folle. Je vis dans le rêve. Je pense à toutes les choses qui sont belles, au ciel, au soleil, à l’ombre.… Tout est beau. Je suis entre des pierres qui tombent... J’entends tomber les heures.
« Je vis avec mes souvenirs de poésie, j’adorais surtout BAUDELAIRE et VERLAINE... VERLAINE c’est mon frère en pensée. Malheureusement je ne serai pas immortelle comme lui ».
La fille D... se plaint de différents troubles : insomnies, céphalées, anorexie. Depuis six mois, dit-elle, elle ne se nourrissait guère que de café au lait et de tartines beurrées.
On constate un état assez marqué de pâleur de la peau et des muqueuses. Il n’y a pas de signes neurologiques. La langue est assez propre, le pouls bat à
L’expert la déclare irresponsable et conclut à son internement.
Nous voyons encore là une grande déséquilibrée
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qui, de ce fait, est devenue rapidement une toxicomane invétérée.
Elle n’a jamais vécu normalement, ayant été dès l’enfance pervertie par la fréquentation d’un monde spécial de fumeurs d’opium et de priseurs de cocaïne.
Elle n’a vécu que pour son vice en y consacrant toutes ses ressources. C’est pourquoi, elle délaisse totalement l’administration de sa fortune et se désintéresse de son affaire pénale, cela contre son intérêt.
Elle s’intoxique autant de littérature que de stupéfiants et s’étudie à vivre dans le rêve en compagnie de VERLAINE et de BAUDELAIRE. Elle pense et parle par symboles, négligeant totalement sa vie matérielle et même son alimentation.
Nous sommes loin, avec une telle malade du petit toxicomane habituel et il est incontestable qu’elle ressort, au premier chef, de la médecine mentale.
Il nous faut maintenant étudier d’autres types d’intoxiqués, ceux qui se sont adonnés à la drogue par occasion plus que par tendance personnelle. Nous allons, en premier lieu, examiner l’aspect de quelques sujets devenus toxicomanes à la suite d’une thérapeutique.
OBS. XI. — TOoxICOMANIE D’ORIGINE THÉRAPEUTIQUE (Empruntée à DUBRUISSON et VIGOUROUX)
R..., 37 ans, est inculpé d’avoir vendu et cherché à vendre des reconnaissances du Mont-de-Piété préalablement falsifiées par lui.
Il a déjà encouru sept condamnations pour des faits analogues.
Il se présente correctement, apparemment sain d'esprit et répond de façon pertinente aux questions posées.
Po A
On ne relève chez lui aucune tare héréditaire. Son enfance fut normale, marquée par les maladies banales de cet âge.
Issu d’un bon milieu social, R.. a fait des études jusqu’à 14 ans. Mais, à ce moment, sa vie se dérègle. Poussé par la passion des voyages, il s'embarque comme pilotin, visite les Antilles, la Chine, l'Australie.
Revenu à son port, il s'engage dans les troupes coloniales et fait la campagne du Tonkin où il contracte les fièvres. Il rentre en France puis s’embarque de nouveau comme chef de timonnerie sur un navire de la Compagnie Transatlantique. Deux ans plus tard, il abandonne ce métier pour vivre avec une actrice. Mais bientôt les discussions commencent dans le faux ménage, et au cours de l’une d’elles, R... se précipite du quatrième étage par la fenêtre. On le relève avec une fracture du rachis qui ne guérit pas complètement. Il en garde une compression des racines rachidiennes entraînant des douleurs que l’on soigne à la morphine.
À partir de ce moment, R... ne fait plus rien de sérieux. Il est devenu morphinomane et on le voit successivement secrétaire de député, employé dans un cabinet d’affaires, courtier en objets d’art. Puis poussé par le besoin d’argent et de toxique, il entre dans la délinquence.
L'expert conclut à une responsabilité atténuée en raison de la cause thérapeutique de la toxicomanie qui est à l’origine des délits.
Cette observation concerne indiscutablement un petit déséquilibré. Toute sa vie est empreinte d’instabilité et cela n’est pas le fait d’un homme absolument normal.
L'origine de sa toxicomanie est sans aucun doute thérapeutique, mais nous aurions aimé trouver dans ce rapport quelques détails supplémentaires. R... a-t-il