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déjà subi des cures de désintoxication ? Et au cas où il en aurait subies, est-ce par perversion ou par combattre des douleurs persistantes qu’il serait retombé dans ses anciennes habitudes ? Ce sont là des points sur lesquels nous reviendrons dans notre étude médico-légale. Aussi de cette observation ne retiendronsnous que l'apparition de la délinquence qui paraît liée à une toxicomanie d’origine thérapeutique certaine.
OBS. XII. — ToxICOMANIE D'ORIGINE THÉRAPEUTIQUE (Rapport communiqué par le Docteur GENIL-PERRIN)
P..., officier détaché au Ministère de la Guerre, est inculpé d'infraction à l’article 177 du Code Pénal (corruption de fonctionnaires, etc.).
Chargé, à la fin des hostilités, de recruter dans le monde des tenanciers de maisons de tolérance des gens susceptibles d'installer des établissements de prostitution à proximité des camps, P.. aurait monnayé l’octroi de certaines concessions qui paraissaient de par leur situation appelées à la plus grande prospérité.
P... n’a jamais été condamné antérieurement. Un de ses chefs le dit « garcon de caractère sournois, mais intelligent, habile et appréciant très bien la portée de ses actes ».
Il se présente correctement, en bon état apparent de santé physique et mentale.
Enfant naturel, il ne sait rien de sa famille paternelle. Sa mère est bien portante. Lui-même a toujours été de santé robuste. Il a contracté la syphilis il y a 16 ans.
Il a fait de bonnes études, a suivi les cours du Conservatoire des Arts et Métiers qu’il a continué à fréquenter par la suite, par goût de culture scientifique et technique.
Il dit aimer le travail intellectuel et a publié récemment un ouvrage scientifique qui fut précédé d’une préface élogieuse du Professeur APPEL, doyen de la Faculté des Sciences.
Ajoutons qu’il est titulaire de deux citations et de la Croix de la Légion d'Honneur.
Avant la guerre il travaillait régulièrement comme ingénieur dans une entreprise industrielle.
Il déclare que, chargé de s’occuper d'œuvres de guerre, il travaillait beaucoup et recherchait dans la morphine, dont il prenait une vingtaine de centigrammes par jour, un stimulant pour son travail. Il est devenu morphinomane à la suite des douloureuses opérations dues à ses blessures de guerre. Actuellement, P... se plaint de céphalées et est très déprimé.
En dehors des cicatrices de ses blessures et de leurs séquelles, l'examen ne montre rien d’anormal et notamment aucun symptôme de paralysie générale au début. Enfin, P... manifeste lors de l’examen une certaine émotivité traduite par des hésitations, parfois un léger bégaiement, et indique qu’il est sujet à de grandes variabilités d'humeur.
Il reconnaît les faits mais prétend que ses gains illicites étaient destinés à ses œuvres charitables: « Je trouvais quelque chose de piquant à faire passer à de bonnes œuvres l’argent du proxénétisme ». Il ajoute qu’il considère son acte comme parfaitement moral. Seuls les désagréments que cela lui attire l’empêcheraient de recommencer.
L'expert conclut à l’entière responsabilité de P...
Voilà une histoire bien différente de la précédente.
Ici nous ne constatons aucune tare mentale préexistante, même très légère. Tout au plus peut-on dire que Pexplication que donne P... de ses actes dénote chez lui une certaine absence de gros bon sens courant. Sans doute pourrait-on mettre en relief cette petite
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particularité psychologique, l’émotivité et les quelques troubles de l'humeur qu’il présente, et faire de ces phénomènes des symptômes de déséquilibre constitutionnel, mais ce serait aller un peu loin.
En outre, P... ne fait pas figure de grand toxicomane. Il ne demande à la drogue qu’un effet de stimulation passager.
De ces deux observations nous retiendrons surtout leur différence. Cela nous montre que la toxicomanie thérapeutique ne constitue pas un cadre nettement défini. Tous les types d’intoxiqués s’y rencontrent et nous pourrions en multiplier les exemples. Cela ne nous apprendrait rien. La notion importante est celle de la variabilité des aspects cliniques car elle entraîne comme nous le verrons plus loin des conclusions médicolégales également variables.
Nous allons maintenant examiner une catégorie bien plus restreinte de toxicomanes occasionnels, celle des débiles toxicomanes.
Il nous faut tout d’abord faire remarquer que nous n’y rencontrerons pas de ces grands débiles incapables de se conduire par eux-mêmes, et qui nécessitent une surveillance continuelle, soit de leur famille, soit du personnel des établissements spécialisés où il faut souvent les placer. L’usage des toxiques suppose, en effet, une liberté d’action que ces malades n’ont pas. Aussi n’aurons-nous à faire qu’à des petits débiles, généralement capables de mener une vie sociale presque normale. Mais leur manque de volonté et surtout leur suggestibilité les exposent particulièrement aux écarts de conduite. C’est ce qui explique qu’ils se laissent facilement pervertir par les déséquilibres auxquels ils empruntent alors de nombreux traits de caractère.
OBS. XIII. — PETIT DÉBILE TOXICOMANE (Rapport communiqué par le Docteur GENIL-PERRIN)
M... est inculpé de désertion, faux et usage, et détention de substances vénéneuses.
A la suite d’une permission de convalescence, M... n’a pas rejoint son corps.
Examiné à la prison militaire, il se présente correctement sans manifester de troubles mentaux apparents. Il faut noter un aspect physique particulier. M... paraît très jeune pour son âge. Son crâne a un développement légèrement exagéré.
Parmi ses antécédents, il mentionne que sa sœur est morte de méningite vers cinq ans.
Il a eu une enfance quelque peu maladive, avec rougeole, scarlatine, plusieurs otites, et la typhoïde à 12 ans.
Engagé volontaire dans les dragons au début de la guerre à 17 ans, il est successivement passé à Rochefort pour préparer l'Ecole Navale, puis trouvant l’enseignement trop théorique, il est revenu aux dragons. Il a demandé ensuite à passer dans l'infanterie, puis finalement dans l’aviation.
C’est alors qu’à l’imitation de camarades, il a commencé à se débaucher. Il se range immédiatement parmi les mauvais sujets de l’armée et subit passivément leur ascendant.
Il fait la noce, fréquente Montmartre et les milieux interlopes du quartier de l’Europe.
Il entre en relations avec des toxicomanes, entend vanter la cocaïne, mais ne pénètre pas encore dans le paradis artificiel.
C’est un peu plus tard, au cours d’une punition, que ses amis lui font parvenir de la drogue, « pour chasser le cafard », et abréger l'ennui des locaux disciplinaires.
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M... est alors entré dans la toxicomanie. Un jour, il s’attarde dans les milieux de plaisir et se trouve ainsi déserteur sans presque s’en être rendu compte.
De temps en temps, il a une éclaircie, entrevoit les conséquences de sa faute, et pour chasser les pensées pénibles, il augmente aussitôt la dose de toxique.
Plus tard, à court d’argent, il en réclame à ses parenfs à qui il a caché sa désertion, en emprunte à droite et à gauche, dérobe et vend quelques bijoux de famille. |
Chemin faisant, avec une absence remarquable de scrupules, et de jugement, il se livre à diverses inconséquences, installant des prostituées dans la demeure familiale en l’absence de ses parents, laissant son père mettre en mouvement les plus hautes influences pour lui faire obtenir une citation, etc.
Sa faiblesse de volonté serait constitutionnelle, au dire de son père.
Avant de le conduire à la désertion, elle se manifeste par les mauvaises fréquentations, le snobisme, travers qui implique un certain développement de l'esprit d'imitation, et finalement la toxicomanie. Et, à ce sujet, il est remarquable de constater la pauvreté des réponses de M. quand on lui demande quelle satisfaction il éprouvait à priser. Il prise de la cocaïne comme les enfants fument, pour imiter les grandes personnes.
L’expert accordant à cette faiblesse de volonté un caractère pathologique conclut à une atténuation de la responsabilité de M...
Cette observation est remarquable par sa pauvreté. On chercheraïit en vain un trait coloré dans le psychisme de M... : les frasques qu’il commet semblent le résultat d’une leçon, bien mal apprise d’ailleurs. M... n’apparaît ni comme un pervers, ni comme un grand toxicomane. La vie l’a mis en contact avec des mau-
00 = vais sujets qui l’ont ébloui. Il les imite passivement ct toutes ses débauches en apparaissent neutres, ternes.
C’est un bon exemple de toxicomane par suggestibilité qui ne tire pas grand plaisir de l’usage de la dro-
gue.
OBS. XIV. — PETIT DÉBILE TOXICOMANE (Rapport communiqué par le Docteur GENIL-PERRIN)
S. est inculpé d'infraction à la loi sur les substances vénéneuses, ayant été arrêté porteur de trois paquets d’héroïne.
Lors de l’expertise, il est très anxieux, parlant avec embarras, et donne sur ses antécédents les renseignements suivants :
Ses parents sont en bonne santé ; un frère est également toxicomane.
Il s’est élevé difficilement et sa santé défectueuse lJ’aurait souvent obligé à des interruptions dans ses études. Il a fréquenté divers lycées ou institutions mais n’a jamais pu arriver à passer son baccalauréat.
Mobilisé vers la fin de la guerre, il n’a pu supporter le régime militaire et a été réformé après examen au service de neuro-psychiatrie du Val-de-Grâce.
Tout jeune, chez ses parents, il a été souvent au contact d’artistes ou de littérateurs, aussi le voyonsnous tenter de fonder d’éphémères revues littéraires.
Plus tard, il vit défrayé et choyé par sa famille, n’exerçant pas de profession définie hien qu’il s’intitule homme de lettres, en réalité ne publiant guère.
Il a pris dans les milieux de littérature et de théâtre l’habitude de passer sa vie au café et de prendre des toxiques. Il a de ce fait été condamné, il y a une dizaine d’années, à trois mois de prison.
Il reconnaît les faits et déclare avoir commencé à s’intoxiquer pendant la guerre en raison de sa grande
suggestibilité. Il aurait d’abord fumé de l’opium, puis pris de la cocaïne et de l’héroïne en prise dont il absorbait au maximum un gramme par jour.
Il dit ne jamais s’être fait de piqûres de morphine.
Il aurait déjà fait trois séjours dans diverses maisons de santé.
Il ne cherche pas à se faire passer pour atteint de troubles mentaux, mais fait simplement valoir qu’il a toujours été très nerveux et suggestible.
Au point de vue physique, on constate surtout des troubles sympathiques avec anxiété, mydriase, tachycardie, tremblement, agitation inquiète.
Les réflexes tendineux sont normaux.
Le foie est gros (il déborde de trois travers de doigt).
La langue est sale. Le teint est pâle.
L'expert le déclare irresponsable et conclut à la nécessité de son internement.
S.. est le type du débile de la volonté devenu toxicomane par suggestibilité et snobisme.
Incapable de faire de bonnes études, il s’est contenté de vivre aux crochets de ses parents. Il a pris la teinte du milieu de littérateurs et d’artistes où il vivait. C’est ainsi qu’il est devenu homme de lettres. Il a d’ailleurs bien peu publié et nous regrettons de ne pas connaître de ses écrits. On n’y aurait guère trouvé, sans doute, que le reflet des œuvres d’autrui ou quelques clichés en vogue dans son entourage.
Il faut aussi insister sur le fait que S.. n’a jamais fait l’objet de tentatives de rééducation sérieuses.
Il est profondément analogue à M... dont l’observation précède. Tous les deux sont nés dans des milieux aisés et ont bénéficié ou plutôt souffert d’une éducation trop indulgente. Suggestibles, ils sont devenus des snobs et ont accepté d'emblée les habitudes toxicomaniaques dont tirent gloire certains milieux. Ce sont plutôt des pervertis que des pervers.
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Mais, il n’existe pas que ce type de débile toxicomane. Il faut également mentionner ceux dont l’infirmité mentale est exploitée par ies marchands de drogue. Nous n’avons malheureusement pas trouvé d’observations typiques à ce sujet. Néanmoins, nous pouvons rapporter le cas suivant qui s’en rapproche beaucoup.
OBS. XV. —— DÉBILE SUPPOSÉ TOXICOMANE (Communiquée par le Docteur GENIL-PERRIN)
B.. est inculpé de désertion, port d’armes prohibées, détention de substances vénéneuses.
B... est un jeune ouvrier qui fut arrêté en compagnie d'individus peu recommandables et toxicomanes. Il fut trouvé porteur d’une certaine quantité de divers toxiques, qu’un certain L... l’aurait chargé de vendre.
Il nie avoir eu des habitudes de toxicomanie. B... paraît peu intelligent et ne semble guère savoir à quoi pouvait bien servir la drogue qu’on lui avait confiée.
Il comprend mal le but de l’expertise et se défend avec vivacité d’être fou. Il a même à ce moment une réaction émotive marquée et se met à pleurer, effrayé à la pensée qu’un soupçon d’aliénation mentale pourrait le conduire à l’asile d’aliénés.
L'expert le déclare responsable de ses actes.
Il semble bien qu’il s'agisse là d’un sujet atteint d’un certain degré de débilité mentale, et qui, de ce fait, était en voie d'utilisation par quelques trafiquants de drogue infoxiqués eux-mêmes.
Signalons que sa désertion ne remontait qu’à huit jours, et on est en droit de se demander si quelques mois plus tard B... n’aurait pas contracté, dans ce milieu, des habitudes de toxicomanie effective.
Il ne faut pas s’étonner de voir dans cette histoire apparaître quelques repris de justice toxicomanes.
L'usage de la drogue est en effet très en honneur dans ces milieux et nous allons maintenant en donner quelques exemples. Il s’agit de délinquants de métier dont la délinquence est bien antérieure à la toxicomanie qui, souvent d’ailleurs, n’est qu’épisodique.