INTRODUCTION
Le développement croissant des toxicomanies a suscité de nombreux travaux, tant d’ordre clinique ou thérapeutique que d’ordre social. Au contraire, le point de vue médico-légal n’a guère été traité, et la question de la responsabilité pénale des toxicomanes n’a été abordée que dans des articles épars ou dans quelques paragraphes d’œuvres générales.
Aussi nous a-t-il semblé intéressant de faire de cette question une étude d'ensemble.
Dans ce travail, nous excluerons l’alcoolisme des autres toxicomanies ; cela parce que, d’une part, cette question a entraîné de nombreux travaux, d’autre part il existe du point de vue légal entre l’alcool et les autres toxiques des dispositions assez différentes. En effet, la vente du premier n’est pas réglementée, alors que l’est celle des stupéfiants, cependant que l'ivresse alcoolique est punie alors que les ivresses morphiniques et autres ne constituent pas encore un délit.
Nous allons tout d’abord faire un bref rappel physiopathologique de la question de la toxicomanie.
« La toxicomanie, ont écrit DIDE et GUIRAUD, est une tendance morbide à absorber par ingestion, inhalation ou injection des substances habituellement médicamenteuses qui réalisent d’abord un effet passager de
stimulation puis un état de besoin avec nécessité de doses progressives. »
Le toxicomane fait la connaissance du poison de diverses manières bien souvent décrites : c’est parfois à la suite d’une thérapeutique, c’est bien plus souvent par contagion auprès d’un autre toxicomane, propagandiste plus ou moins désintéressé de l’usage de la drogue.
Les toxiques les plus couramment employés en Europe sont : l’opium et surtout ses deux dérivés, morphine et héroïne, la cocaïne et plus rarement l’éther.
On sait que tous ces produits ont ceci de commun qu’ils procurent au début une certaine euphorie, mais que plus tard, à la période d’intoxication chronique, ils entraînent une profonde déchéance physique. Parallèlement, ils causent un affaiblissement progressif de la volonté et du sens moral sans trop atteindre, dans les premiers temps, tout au moins, les facultés intellectuelles.
Deux points particuliers sont en outre à noter. C’est d’une part que les toxiques opiacés, morphine et héroïne surtout, entraînent lors de leur suppression brusque des troubles généraux intenses, vertiges, diarrhée, collapsus, caractérisant l’état de besoin. Ce fait explique d’ailleurs qu’ils donnent surtout lieu à des intoxications chroniques, le sujet se gavant de toxique pour échapper à cet état qui le menace. La cocaïne, au contraire, réalise surtout une intoxication aigué, l'ivresse cocaïnique, comparable en beaucoup de points avec l’ivresse absinthique et ne provoque pas de véritable état de besoin.
Rappelons brièvement les signes de certitude qui permettent de reconnaître les principales toxicomanies. Pour la morphine, ce sont les tatouages et les cicatrices cutanées, l’analyse d’urine où l’on décèle la morphine (si l'individu suspecté en absorbe plus de
0 gr. 10 par jour), enfin la cuti-réaction à la morphine, qui donne une réponse en 10 minutes environ suivant le procédé décrit par JOLTRAIN.
Les signes d’intoxication cocaïnique sont : la perforation de la cloison, qui siège haut, près de la racine du nez, les traces pigmentées de couleurs diverses, des piqûres ou abcès dans les cas d’absorption par injection sous-cutanée, enfin, au bout de quelques mois, le labourage de la peau qui signe les hallucinations punctiformes si spéciales à cette intoxication.
Après ces quelques considérations générales, nous aborderons l'historique de la question médico-légale. Nous étudierons ensuite les rapports de la toxicomanie avec la délinquence. Puis, nous illustrerons notre travail de l’étude clinique de quelques cas types de délinquants toxicomanes, pour lesquels nous envisagerons dans le chapitre suivant le point de vue médico-légal, avant de conclure.
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