CHAPITRE PREMIER
Ce n'est pas une opinion nouvelle que celle de l'évasion et de la conservation du fils de Louis XVI ; traditionnelle dans un grand nombre de familles, populaire à certaines époques quelquefois personnifiée par l'apparition de faux Dauphins, admise assez facilement par la masse, elle est repoussée obstinément et sans examen par l'esprit de parti. Elle a laissé cependant des traces assez profondes* pour fixer l'attention. Dès l'année 1793, et pendant les années 1794 et 95 le bruit de 1 enlèvement se répandit. Il fit sensation, car des Conventionnels se crurent obligés de monter à la tribune et de le démentir. Au moment du décès prétendu, il prit une consistance telle que la Convention, détruisant elle-même son œuvre, rendit un décret ordonnant de poursuivre oc le fils de Canet échappé. »
Le jeune Dauphin fut en effet sauvé. Était-il possible qu'au milieu de cette épouvantable crise, aussi fertile en dévoûments
sublimes qu'en odieuses barbaries, il ne se trouvât personne capable de disputer au bourreau cette innocente victime? Condé veillait sur elle ; MM. de Frotté et Ojardias le secondaient; l'enlèvement fut opéré.
Preuve» *
Pièce i. — La dame 6... P..., veuve St.-M..., demeurant à Paris, rue de Sèvres, n 0 ..., le 2 septembre 1848, déclare :
* A l'époque de l'enlèvement du Dauphin du Temple, en jaavier, 1794, M. P erres m'a certifié etjur^ qu'il avait, luiinèmeccoocouru frtet enlèvement, et que le je une^m née avait été mis en lieu de sûreté. Il est entré'dans'beaucou'pMe détails que je ne me rappelle pas ; je sais seulement qu'il était question d'un perron de la tour du Temple. Ce monsieur demeurait à Passy ; il venait souvent nous faire des commandes relatives à notre commerce, nous parlait fréquemment des événements de cette époque et de son attachement à la famille de Louis XVI. Tout- à-coup il cessa de venir. On m'a dit qu'il était mort d'une manière mystérieuse. »
« Certifié véritable :
« FOYATIER, MaGINAM. »
Pièce î.— M.^Arnault, propriétaire, demeurant à Triel, déi clare le 9 septembre 1840 :
« Faisant partie de lagarde nationale de Paris, je me trouvais de service au temple au commencement de l'année 1794, sans pouvoir préciser le jour ; au moment où, pour entrer, nous défilions par le guichet qui conduit à la tour du Temple, j'ai vu un homme portant un cheval de carton-sur son épaule et rangé de côté dans le guichet, attendant pour sortir que nous eussions passé. »
Pièce R..., homme honorable, à tous: égards, écrit.:
i Je me rappelle parfaitement avoir entendu dire à ma mère qu'à l'époque où l'on parlait de la mort de -Louis 'XVII, juin 1795, elle avait eu une conversation très rassurante à ce sujet avec sa cousine, madaméR..., femme d'un ancien valet de chambre de Madame, comtesse de Provence, épouse du prince qui fut depuis Louis XV11I. Cette cousine demeurait à Versailles. Elle vint à Paris chez ma mère tout exprès pourrai dire : * Rassurez-vons, le jeune prince est sauvé; * je le tiens de bonne source.
« Paris, 22» jmn 1850. «Hf*.:.*^*
ÉVASION DU TEMPLE. gt
VitcE 4.— Madame Joubert dit :
« Attachée à la famille de Louis XVI par principes Tai suivi avec intérêt tout ce qui avait rapport à ces malheureuses victimes de nos discordes civiles.
«La mort du Dauphin a été proclamée à Paris • niais k cette époque, j'ai appris le contraire; ma sœur aînée av'tit
enlèvement.
« Les publications qui ont eu lieu depuis quelque temps n<» me surprennent pas : ti II est constant pour moi que le f is de Louis XVI n'est pas mort au Temple. » 4 ae
« Fait en présence de madame S..., à Montrouge.
« Signé : A. H. Hllot, femme Joubert « née le 25 mars 1767. , ' € Route d'Orléans, 34. — 27 juillet 1850. »
Pièce 5. — Certificat de madame R... ve L... #
« Je soussigné , M..., prêtre, ayant âppris que Mme veuve L..., née Marie-Catherine-Henriette R..., demeurant rue du Lamvet^n. 4, à Paris, avait connu l'évasion du fils à P Louis XVI de la tour du Temple, me suis [transporté ch-z elle le 9 du courant, avec M. C..., habitant à Paris rue Cas sette, n. 8, depuis quelques mois; et aujourd'hui avec le même M. C... et M. Pascal, docteur médecin, demeurant r«P de l'École-de-Médecine, n. 12 ; ^urani rue
« M"»» L... nous a dit habiter ladite maison de la rue du Ca pivet depuis dix ans être âgée de 80 ans , et se porter bien sauf la faiblesse des jambes qui ne lui permet pis d'aller et
« Cette respectable dame nous a paru jouir de la plénitudp de ses facultés morales et intellectuelles, ainsi que de l'estime et de la considération de tous ses voisins. Nous avons reconnu en elle un caractère supérieur, actif, intelligent , gui en fait le conseil amical et bienveillant de tous ses voisins. « Elle nous a raconté avec la plus parfaite conviction « Qu'étant femme de confiance de madame la marqu'ise de Genovil,elleavaitvusouvent,avantle 10aoûtl793 fonaiinhi» fils de Louis XVI, au jardin àes Tuilerie^ lapin blanc, i rappelait Aristôcrate. Elle nous a montré u n médaillon qu'elle earde précieusement, et qui représente le duc de Normandie! l'âge de huit ans ; représente le
« Qu'en 1793 et 4794, étant mariée à M. L... et hahiun* rue du Temple, n° 126. en face même du Temple pIIp des nouvelles de la famille rôjàîe et Su JeUne^r^
personnes qui les voyaient; qu'elle vit un jour, dans l'aprèsmidi, elle ne sait à quelle époque de l'année 1794, une voiture s'arrêter à la porte du Temple; quatre hommes en descendirent et détachèrent de dessus la voiture un grand cheval de carton, ayant bien quatre pieds et demi de long. Ils l'entrèrent dans le Temple, et bientôt après ils l'en ressorti rent, le rattachèrent de nouveau sur la voiture, montèrent dedans, et s'en allèrent au grand galop du côté du boulevart ; elle vit la voiture jusqu'à la hauteur de la rue Meslay;
« Que des personnes employées au Temple dirent à l'un de ces quatre hommes, ainsi qu'elle l'apprit le même jour des personnes qui l'avaient entendu : — Tu remportes donc ton cheval de carton ? et qu'il répondit : — Hé! il fait des cris de Merlusine; ça lui fait peur; il faut bien que je le remporte !
c Que madame Bertrand, rentière, demeurant aussi rue du Temple, qu'elle connaissait beaucoup , et qui avait pour amie une dame de Vitry, croit-elle, laquelle avait été nourrice du fils de Louis XVI, lui raconta quelque temps plus tard, a que cette nourrice avait été mandée au Temple pour reconnaître son élève, qu'en présence de l'enfant on lui démanda : — «Reconnais-tu ton élève? — Non, répondit-elle; mon élève avait les cheveux blonds, celui-ci les a rouges ; mon élève avait les yeux bleus, celui-ci les a noirs. — Tu peux te tromper, nourrice, les cheveux changent, lui dit-on. — Oui, répondit-elle, mais les cheveux blonds ne deviennent pas rouges et les yeux bleus ne deviennent pas noirs. »
« Que madame Bertrand, chez qui la nourrice était descendue avant d'entrer au Temple, chez qui elle revint en sortant, avait su d'elle cette anecdote le même jour ;
« Que depuis elle a revu et reconnu le fils de Louis XVI chez Mme Lefèvre, rue de la Grande-Chaumière, n. 3, en 1847, et souvent depuis à l'église de Saint-Sulpice.
c En effet, la description qu'elle nous en a faite est ex*etement celle de M. de Richemont ; elle le reconnaît également dans la médaille frappée par M. Houselot.
« Mme L... a entendu lecture de la pièce ci-dessns, Ta approuvée et signée avec nous, en présence de MM. Lemoitie, principal locataire de la maison rue du Canivet, n. 4, et j habitant, Naret, cuisinier, rue des Marais-Saint- Germain f n. 18, qui ont signé avec nous.
« Fait à Paris, ce 12 février 1848.
« J'approuve l'écriture ci-dessus et son contenu.
i Signé : Veuve L...
« Et plus bas : Lemoiné, Nabet, Pascal, C..,, l'abbé M„. »
Pièce 6. — Madame veuve Ghauvet de Beauregard, demeurant à Versailles, rue de rOrangerie, 52, le 17 janvier 1835», déclare :
« A l'époque du procès de Mathuriu Bruneau, une personne de mes amies m'engagea à aller aux Incurables pour y voir la femme Simon. Nous nous y rendîmes ensemble. La femme Simon nous assura que le Dauphin avait été enlevé du Temple, qu'elle l'avait vu depuis et parfaitement reconnu : elle ajouta qu'elle avait eu la visite de madame la duchesse d'Àngoulème. Cette princesse, nous dit-elle, ne m'avait point fait avertir de sa visite, et vint me voir dans une toilette trè* «impie qui ne pouvait pas me faire deviner son rang. Elle demanda s'il était vrai que je disais à qui voulait l'enteudre que le Dauphin n'était pas mort au Temple. Je lui répondis : . «non-seulement il n'est pas mort » au Temple, mais je l'ai revu depuis et parfaitement reconnu — Bah ! me dit la princesse, vous voulez plaisanter. Comment serait-il possible que vous eussiez reconnu un enfant que vous avez quitté si jeune? — Cela vous étonne, madame ; que diriez-vous donc si je vous disais que je reconnais en vous la sœur du Dauphin, malgré la simplicité de vos habits, et que je ne vous aie pas revue depuis un temps beaucoup plus long ? »
« A cette réponse, ajouta la Simon, la princesse me tourna le dos et se retira.
« La religieuse qui nous avait accompagnées dans le petit cabinet où se trouvait la femme Simon, nous dit que ce que cette femme venaitde nous rapporter de sa conversation avec la princesse était exact, et qu'elle avait eu lieu devant madame la supérieure.
et J'ajouterai que la femme Simon jouissait à cette époque de toutes ses facultés intellectuelles ; seulement elle était attaquée d'un asthme qui la forçait quelquefois d'interrompre sa conversation. »
Piécé 7. — M. Noyer, médecin,, demeurant à Paris, rue Childeberl, n° 4, déclare :
«Depuis quelques années j'avais entendu parlerde l'existence du fils du roi martyr, sans y prêter aucune attention. Il y a environ un an, cette existence me fut certifiée par une personne qui mérite toute ma confiance, et qui m'assura que sa conviction était basée sur des faits authentiques, qui prouvaient que l'innocente victime avait été réellement sauvée de la prison du Temple. Cette personne me parla, entre autres choses, d'une entrevue qui avait eu lieu dans l'hospice des Incurables entre ce personnage et la femme Simon, veuve de l'ancien gardien de l'enfant royal.
« Désirant m'assurer autant que possible de la réalité de
cette entrevue, je me transportai à cet hospice-le 2£mai 1&46, jour de la Fête-Dieu, et je demandai à parler à la sœur La plus ancienne de la maison. Introduit au parloir, je vis lientôt venir sœur Sainte-CaUx i ine, à laquelle je deman- * *dai si elle était la plus ancienne; elle me répondit que c'était tœur Sainte-Hélène, et qu'elle allait la chercher; en eflet, sœur Saiiite-Calherine revint bientôt avec la sœur Hélène. Ayant demandé à cettedernière si elle avait connu la femme Simon : a Parfaitement, me dit-elle, quoiqu'elle ne fût pas dans ma salle, mais dans celle de sœur Marie, encore existante, quoiqu'elle ne soit plus dans la maison.»
«Comme je lui adressais d'autres questions, elle refusa d'y répondre, parce que les règlements et ses devoirslui faisaient une obligation de silence... Je la priai alors, au nom de la charité chrétienne, de me dire si, pendant le séjour de la Simon dans cet hospice, elle avait toujours conservé sa raison etpratiqué sa religion. Sœur Hélène me répondiU que cette femme avait joui de ses facultés intellectuelles jusqu'au dernier moment de son existence; » qu'elle avait exactement et habituellement rempli ses devoirsde religion; seulement, chaque foisque ses compagnes lui parlaient de la part qu'elle avait prise aux tourments et à la mort du fils de Louis XVI, reproche qu'on lui adressait souvent., elle entrait dans une grande -Colère, et soutenait « que cet enfant n'était point mort, et qu'elle avait elle-même contribué aie faire enlever du Temple. » Sœur Hélène ajouta que sœur Marie lui avait raconté qu'un jour la femme Simon était dans un ravissement inexprim ble, et qu'elle ne cessait de répéter: «Je vous l'avais bien dit qu'il n'était pas mort: je l'ai revu, mon Charles.... » c'est le nom qu'elle donnait à l'enfant royal. — Quel Charles? lui dit-on. — Mon Charles!... Eh bien ! mon Dieu, le Dauphin !... « 11 est venu me voir! Je l'ai bien reconnu ! Et puis il a reconnu le couvre-pieds de mon lit ; c'est précisément celui que j'avais au Temple ! » La femme Simon a assuré n'avoir jamais parlé de ce couvre-pieds à qui que ce fût.
«Je fais la déclaration de ce qui s'est passé entre moi et la sœur Hélène, simplement pour l'acquit de ma conscience, et parce que c'est la pure vérité.
«Paris, le ift avril 1840.
« Signé : lno yer, « M. P. »
Pièce 8. — M. le docteur Remusat a déposé devant la Cour d'assises de la Seine, le 2 novembre 183+ :
« En 1811 j'étais interne à l'hospice des Incunables, à Paris. Un jour, en faisant mon service ordinaire dans une de» salles de cet hôpital, où se trouvait une femme qu'on appelait madame Simon, je l'entendis se plaindre du régime de l'hô-
( "nnol
ÉYASIOS DU TEMPLE. 20
iûUl Elle ajouta : « Si mes enfants avaient connaissance de ma position, certainement ils viendraient à mon secours. » Est-ce que vous avez des enfants? lui demandai-je. a Non, répondit-elle, mais je les aime comme mes enfants propres ; ce sont mes chers petits Bourbons, car j'ai été gouvernante des enfants de France. » Cette qualification m'étonna dan» une personne qui me paraissait assez mal élevée. Elle me dit que son mari avait été concierge au Temple, et qu elle était gardienne des enfants. Je lui objectai que le Dauphin était mort. Elle répondit «qu'elle avait contribué à le faire sauver dans un paanet de linge ou autrement. » A la pharmacie, une des sœurs m a dit qu'en effet c'était la femme du nommé Simon, fameux concierge du Temple. »
Pièce 9.— Le l" novembre 1842, madame veuve Rémusat ajoutait à la déposition de son mari :
« Qu'il avait omis de relater que la femme Simon lui avait dit dans le temps : que le Dauphin n'était pas mort au Temple ; qu'il avait été enlevé dans du linge ou un cheval de carton, et que c'était elle qui avait favorisé Tévasion. »
Pièce 10. — Le 19 septembre 1843 , madame Disney, née Boulanger, demeurant à Paris, rue du Battoir-Saint-Àndré 10, déclare :
ttEta 1815, madame Joly, l'une de mes amies, m'ayant engagée à l'accompagner à l'hospice de3 Incurables, nous nous y rendîmes ensemble ; arrivées toutes les deux aupre3 de la femme Simon , veuve du geôlier du fils de Louis XVI , nous l'interrogeâmes sur ce qui s'était passé au Temple pendant sonséjour dans cetteprison. Cette femme nous dit : « que le Dauphin n'était pas mort; qu'elle avait contribué à le faire évader, et qu'il fut enlevé dans un paquet de linge « Ladite femme Simon nous assura en outre: «que le jeune prince n était pas mort, puisqu'elle l'avait revu depuis.- Qu'on les avait faits plus noirs qu'ils n'étaient ; que, d'ailleurs, î falr lait bien conserver leur place, et que le Dauphin ne se plaindrait pas de ceux qui avaient contribué à le faire sortir du temple et aie sauver, etc., etc. »
Pièce H . — Le 22 novembre 1848, Marie G....\, pensionnaire à l'hospice Larochefoucaud, déclare :
a De 1810 à 1815 j'ai beaucoup connu, fréquenté et servi à l'hospice des Incurables la femme Simon ; je lui ai souvententendu dire ce qu'elle disait à tout le monde, «que le Dauphin n'était pas mort, qu'elle avait contribué à le sauver, qu elle était bien sûre qu'il existait, » et qu'on le reverrait un jour sur le trône ; la duchesse d'Angoulème est venue la voir ; elle a été plusieurs fois conduite aux Tuileries ; une dernière fois
26 FILS DE LOUIS xvi.
elle a été enlevée dans un équipage, et quand elle fut revenue, elle disait à ceux qui lui parlaient du prince : « Ne me parlez pas de ça, je ne puis plus rien dire ; il y va de ma Tie. » J'ai appris de personnes respectables et encore vivantes qui avaient assisté la femme Simon à ses derniers moments qu'elle déclara, sur la demande au'on lui en fit. « qu'étant prête à paraître devant Dieu qui allait la juger, elle maintenait et affirmait de nouveau tout ce qu'elle avait dit concernant le Dauphin, fils de Louis XVI. »
c Vu pour légalisation de la signature de Marie G... « Le maire de Mont-Rouge, Radet. »
Pièce 12. — M. l'abbé M... déclare :
« Ayant appris qu'il existe encore plusieurs sœurs de Saint- Vincent de-Paul , qui ont connu et servi la femme Simon aux Incurables femmes , j'ai demandé à M. le supérieurgénéral des Lazaristes l'autorisation de recueillir leur témoignage, et ie me suis transporté à cet effet, le mercredi 6, le îundi 15 du courant, et aujourd'hui , aux Incurables, rue de Sèvres, avec mon confrère et ami M. l'abbé A...
« Mme la supérieure de la communauté, attachée au service de cet hospice, a fait venir devant nous les vénérables sœurs qui ont connu la femme de Simon, qui fut gardien, à la tour du Temple, de Louis-Charles de France, fils de Louis XVI, après la mort du roi martyr.
* Ces dignes sœurs sont :
« lo Sœur Lucie J.... attachée à cet hospice depuis 1810 ;
« 2o Sœur Euphrasie B.... depuis 1811 ;
« 3o Sœur Catherine M.... depuis 1813;
a 4o Sœur Marianne E.... aussi depuis 1813.
« Toutes attestent avoir connu la femme Simon, et lui avoir entendu dire ce qu'elle répétait sans cesse à tout le monde : « que le jeune prince n'était pas mort, et qu'elle avait contribué à le sauver. »
« Elles disent que fréquemment ses compagnes reprochaient à laSimon d'avoir fait souffrir le jeune prince et de ravoir fait ' mourir. Alors elle s'emportait, elle criait <jue ce n'était pas vrai, qu'elle l'avait au contraire souvent défendu contre les mauvais traitements que son mari lui faisait subir, « qu'elle l'avait sauvé et qu'il était vivan t. »
« Sœur Catherine dit que la femme Simon se servait alors de ces expressions : a Oui je l'ai sauvé, il est vivant, j'en suis sûre, j'en mettrais ma tête sur le billot, je lui ai épargné bien des maux et rendu de bien grands services. »
«La même sœur Catherine dit avoir appris de défunte sœur Augustine, qui avait été chargée de la salle où était la femme Simon, qu'elle connaissait plus intimement que les «utres
9œurs, ci que vers 1816, il vint aux Incurables deux jeunes gens qui entrèrent dans le cabinet de la femme Simon, qui n'y était pas; qu'en s'en retournant l'un d'eux dit à l'autre : « Voilà le couvre-pieds; » et que la Simon arrivant s'écria : « Tiens : serait-ce mon Charles! serait-ce possible ! etc. »
a Toutes disent que le couvre-pieds en question était fond rouge avec des fleurs blanches et bleues.
« Sœur Lucie dit avoir souvent entendu la femme Simon parler de l'existence du prince, et qu'elle lui disait entre autres choses : <* Vous êtes jeunes, vous, vous le verrez sur le trône, mais moi je suis vieille et je ne le verrai pas. »
«t Sœur Marianne, qui, elle aussi, a été chargée du service de la salle où était la femme Simon, dit que cette femme a souvent voulu lui raconter tout son secret, et qu'elle lui disait en pleurant : « Ma sœur, mon petit poupon n'est pas mort. Ecoutez-moi; venez queie vous dise quelque chose, etc.» Mais elle larenvoyait à sa supérieure, et n'a jamais voulu l'entendre.
€ Sœur Euphrasie dit avoir souvent entendu la femme Simou se plaindre. Elle disait alors : « Ho! si j'avais mon petit Louis, je ne serais pas si malheureuse. »
« Sœur Catherine dit que défunte sœur Augustine lui racontait, d'après la Simon, comment eut lieu l'enlèvement de la tour du Temple, qui se faisait par les ordres du prince de Condé : a On amena dans une voiture plusieurs meubles, une manne d'osier à double fond, un cheval de carton et plusieurs joujoux dans la manne pour amuserle prince. Du cheval de carton on sortit l'enfant qu'on substitua au prince, et l'on mit celui-ci dans un paauetde linge sale qu'on mit dans la voiture avec la manne, et Von tassa le linge sale de la Simon par dessus. La femme Simon était très occupée; elle déménageait du Temple ; quand il fallut sortir, les gardiens voulaient visiter la voiture, mais la femme Simon se gendarma, les bouscula, criant que c'était son linge sale, et on la laissa passer. »
« Sœur Catherine dit encore qu'elle était à genoux au
Sied du lit de la femme Simon lorsqu'on lui administra les erniers sacrements, et que le prêtre ayant demandé à la malade si elle n'avait rien qui l'inquiétât, etc., elle entendit de la réponse de la femme Simon ces mots : « Je dirai toujours ce que j'ai dit. » Qu'ayant demandé à sœur Augustine, qui avait mieux entendu et qui était intime avec la femme Simon , ce que cela signifiait, sœur Augustine lui dit : a Qu'en présence des sacrements et de la mort la femme Simon avait voulu confirmer le témoignage qu'elle n'avait cessé de rendre à l'évasion de la Tour du Temple et à l'existence du prince dont la garde lui avait été confiée. • « J'ai ensuite adressé à ces vénérables sœurs les questions
t$ riLS DE LOUIS XYU ,
suivants, que je rapporte axec les. réponse* qui y ont été faites unanimement :
La femme Simon était-elle folle? — Non, non, il n'y en a jamais eu aucun signe. - Était-elle imbécille ou idiote? — Non; el en était pas imbécille, non. — Avait-elle sa tète'? .
Oui, elle avait sa tète..., et n'a jamais fait aucune extiajagance ; seulement elle avait, sur la tin de sa vie, des absences a cause de son grand âge. - Avait-elle du bon sens ?
7 .. ul, „ el, J c V àl \ ie boa sens Daturel et ™ bon cœur. ^ AyaiL-ejle de 1 ordre et de la tenue dans sa conduite ? — OuL
elle étaU propre, à part les inconvénients de son asthme et toujours la même; elle approchait des sacrements au moins cinq ou six fois par an. Elle est morte très chrétiennement -.N'était-elle pas ivrogne? — Non ; oh! non; jamais, jamais on ne l'a vue ivre ; jamais nous ne l'avons vue ivre, jamais nous n'avons oui dire quelle bût; nous l'aurons su ; mais non. Elle s'emportait souveut contre celles de ses compagnes qui lui reprochaient la mort du prince et la maltraitaient de, paroles; mais il n'y avait, point là d'ivrognerie... — L'ayeztous jugée siucère, franche et de bonne foi? -, Oui, ouu Vous n'avez pas pensé qu'elle eût quelqu'intérèt à inventer 1 évasion du Temple? — Non; ce qu'elle racontait était, au contraire, contre tous ses intérêts. L'avez-vous vue ou crue sousimlluence de quelqu'un qui eût pu la porter à tenir ce discours? — Non. Avant 181 i elle ne voyait jamais personne elle était toujours seule, et, depuis, ses propos ne pouvaient que lui nuire. Il lui venait parfois de grands personnages mais simplement comms curieux, et nous ne nous sommes jamais aperçues qu'on lui eût laissé de l'argent. Elle avait seulement une petite pension de quelques centaines de francs — A-t-elle été constante dans ses dires? — Oui, oui ; elle n'a jamais varié ni failli.
a Fait à Paris le 2t décembre 1848.
a Approuvé l'écriture ci-dessus, signé : sœur Euphrasie B..., sœur Catherine M .., sœur Lucie J..., sœur Marianne E..., l'abbé A... et l'abbé M...
« Vu pour légalisation des signatures ; Montrouge le il janvier 1849, signé : Radçt, maire. »
Pièce 13. - Le il novembre 1849, M. B...., ancien préfet, ancien conseiller d Etat, homme des plus honorables déclaré entre autres circonstances : » « s».
«J'ai parfait souvenir d'avoir entendu M. le comte Lanjuinais qui, membre de la convention, avait été témoin ou victime des principaux événerçentsde la révolution, dire en |8f 3 à 1 occasion du procès de Mathurin Bruneau, « que la mort du
Dauphin chez le cordonnier Simon était très loin d'être un fait incontestable. » A la surprise qui se manifesta, il entra dans des détails fort curieux sur les tentatives faites pour l'enlèvemeot du jeune prince, sur la fui prompte et inexpliquée de personnes en tête desquelles était le célèbre chirurgien Desault qui aurait pu donner les preuves d'une substitution de personnes faite dans le prisonnier du cordonnier Simon, sur les peines prises dans le temps pour étouffer les bruits qui se répandaient à ce sujet. Le concours de ces divers faits rendait très plausible l'opinion que le Dauphin avait pu être enlevé
« Cette conversation avait lieu rue du Pot-de-Fer, 22, chez M. Grégoire, ancien collègue de M. Lanjuinais à la Convention et au Sénat. Sur ce qu'on lui demanda de son opinion sur la fin du fils de Louis XVI, il se contenta de répondre ; «Moi? Je laisse dire Lanjuinais. »
« Je regrette d'avoir oublié le détail de cette conversation, nous n'étions pas plus de cinq ou six personnes, et je ne saurais me rappeler quelles étaient celles que je n'ai pas nommées; mais je suis sûr que ma mémoire ne me trompe pas sur le fait principal que j'ai plus d'une fois cité. »
Pièce 14. — Le 13 septembre 4342, M. d'Arsac, de Lyon, déclare :
« Feu M. Thomé Gaudin , avocat au parlement de Grenoble, avait des rapports d'affaires et de confiince intime avec la famille du comte de Belmont, dont madame la marquise de Rovère faisait partie. Cette dame avait donné les soins les plus délicats au susdit Thomé Gaudin, pendant le temps de sa détention à Paris, lors de la grande persécution. A son retour à Grenoble, il me fit connaître, en décembre 179 i, avoir reçu de la bouche du marquis de Rovère l'avis de la délivrance du fils de Louis XVI des verrous de la prison du Temple, avec la circonstance que ce prince, en sûreté, avait été mis hors d'atteinte de ses ennemis. 11 reconnut que le marquis de Rovère, membre de la Convention, faisait partie du comité de sûreté générale, et qu'en cette qualité son nom figurait dans le procès-verbal oui annonçait la mort du prince et qui fut stigmatisé de l'événement de la mort soudaine du docteur Desault. Celui-ci cessa de vivre immédiatement après avoir donné comme positif aux dictateurs du temps « que l'enfant qu'il venait de trouver au Temple n'était pas le fils de Louis XVI. »
« J'ai toujours conservé la certitude de l'existence de ce prince. Je l'affirmai en face des contradictions des émigrés dont j'étais entouré à Lyon, en 1795, et qui me pressaient d'en porter le deuil. Quel ne fut pas mon ravissement, il y a aujourd'hui environ dix ans, lorsque je rencontrai le baron
de Richemont en qui il m'a été impossible de ne pas reconnaître Louis-Charles, duc de Normandie, pour lequel je n'ai cessé de faire des vœux , à compter de l'époque si reculée du camp de Famars, qui, tout entier, cria : «. Vive Louis XVII ! » dans sa retraite des murs de Valenciennes. »
Pièce 15. —Le 20 mai 18*9, madame G...., demeurant aux Thermes, rapporte les faits suivants :
« Deux mois après la mort du roi Louis XVIII, j'entrai au service de madame la marquise de Souci , ancienne gouvernante des enfants de France, M. le Dauphin et madame la duchesse d'Angoulème. Un soir, étant seule avec elle, nous arrivâmes à parler des malheurs que la famille royale avait éprouvés, de la fin si triste, si cruelle de l'infortuné Louis XVI, et de celle aussi non nwins horrible de Marie- Antoinette. J'arrivai à parler du jeune Dauphin; c'est là que j'appris la manière miraculeuse dont il fut sauvé du Temple, et comment la femme Simon se prêta à cet enlèvement, au moyen d'un cheval de carton dans lequel on introduisit le royal enfant. — «Mais pourquoi, m'écriai-je, n'en a-t-on pasentendu parler depuis ? — C'est, me répondit cette dame, un mystère. Peut-être un jour heureux viendra où Dieu permettra que le voile qui le cache se déchire. — Mais alors il u'estdonc pas mort, dis-je encore?— Hélas ! non. me fut-il répondu. » Mais craignant d'en avoir trop dit, elle me fit un léger reproche de mes interrogations, et ne put cependant s empêcher de verser des larmes ; je me tus alors, mais parfaitement convaincue que l'héritier au vertueux Louis XVI n'avait pas cessé d'exister. Ce qui vint doublement corroborer mes idées là-dessus , c'est que quelque temps après , en présence de la Ticomtesse de Boulainvilhers, cette conversation fut reprise ; et nul doute ne fut exprimé concernant l'existence de cet enfant ; seulement on ignorait et le lieu où il était, et les intentions du Gouvernement.»
Pièce 16. — Le 17 janvier 1848, J... L..., ancien garde royal, ayant été depuis 1835 au service de M. Botot, ex-secrétaire de Barras , déclare :
c Un jour l'historien Dulaure vint chez M. Botot lui demander des renseignements; celui-ci me fit ouvrir un placard caché sous la tapisserie de son cabinet, et prendre des papiers pliés en paquets et en assez mauvais état. Je les étalai avec précaution sur la table, et M. Dulaure écrivit des notes relatives à l'emprisonnement du Dauphin au Temple , à son enlèvement et à son remplacement par un autre enfant. M. Botot expliqua comment cela s'était fait par des hommes qui étaient dans le secret du mouvement républicain ; il dit que les chefs
l'ignoraient, car, pour eux, le Dauphin était une sauvegarde récieuse. Il montra une lettre dans laquelle le plan des chefs tait détaillé. Par différentes autres lettres des priucipaux moteurs de l'époque, il démontra à M. Dulaure « que le Dauphin n'était pas mort comme on l'avait dit. » M. Dulaure demanda la permission d'emporter les papiers. M. Botot refusa en disant : Mon cher Dulaure, j'y tiens comme à ma vie : j'en sais plus que Barras à cet égard ; tu connais maintenant la vérité ; « il n'est pas mort, il doit vivre encore ; il a été notre sauvegarde à tous; Louis XVlll le savait bien, » etc , etc.
Pièce 17. — Le 10 juin 1848 , M. H. R... déclare :
«J'ai parfaitement connu MM. de Bremontetde Montciel,le premier secrétaire, le second ministre sous Louis XVI. Ces messieurs croyaient fermement que l'orphelin royal n'était pas mort au Temple , d'où il avait été enlevé secrètement. Ils croyaient avoir la certitude de son existence, et ils possédaient un moyen certain de le reconnaître s'il veuait à reparaître. Ils considéraient Louis XVI 11, qui lui aussi n'ignorait pas cette existence, comme un roi usurpateur; et, par ce motif, ils se tinrent constamment éloignés de la Restauration.
« Aussitôt que la nouvelle de la mort de Louis XVlll fut arvenue à ces deux fidèles serviteurs, ils se hâtèrent de venir Paris pour conférer avec le nouveau roi de l'objet qui les occupait. Charles X les accueillit avec bienveillance; il leur dit que, personnellement, il ne tenait point à régner, mais que la raison d Etat, l'intérêt de la France, etc., lui faisaient une obligation de ne rien précipiter et de ne prendre aucune décision sans avoir l'avis de ses conseillers. Il voulait en parler le jour même à M. de Lathil, et il promit une audience pour le lendemain L'avis des conseillers ne fut sans doute pas favorable à la mission des voyageurs, car, dans la nuit même, un officier de gendarmerie vint leur signifier l'ordre de repartir immédiatement pour la Suisse , qu'ils habitaient. II monta en chaise de poste avec eux et ne les quitta qu'arrivés à Dôle.
« Les circonstances de ce voyage m'ont été maintes fois racontées par M. de Bremont, dont je me plais à attester ici l'esprit sérieux et le caractère hautement honorable : ce qui ne me laisse pas le moindre doute sur l'exactitude de la narration, de même que sur le mérite de sa foi à l'existence du Dauphin, etc. »
Pièce 18. — Le 12 avril 1849 , madame F..., née G ..,
demeurant à Chaillot , rue des Batailles , déclare :
« A l'époque de la terreur, Marchant de Beaumont était , sous un nom que j'ignore , membre de la Commune ou du Comité de salut public. Démagogue exalté et appelé, je ne sais
9g * FILS DE LOUIS XVI. *
à quel titre» à visiter fréquemment le jeune et infortuné Louis XVII , il en parlait plus tard à sa fille avec une sorte d'intérêt. 11 lui disait souvent: a Souviens-toi , ma fille, que j'ai l'intime conviction que le petit Capet n'est point décédé au Temple. Va jour l'enfant étant légèrement indisposé , je retournai le voir le lendemain, et, dans le jeune garçon qui me fut présenté, je ne reconnus aucun des traits de celui que j'avais vu la veille , et que d'ailleurs je connaissais parfaitement, à cause de mes fréquentes visites. » Mademoiselle Lucie Marchant a été mon associée pendant près de vingt ans. Sa parfaite sincérité était bien connue de tous nos amis : en conséquence, il n'est ritn de plus certain que le témoignage ci-dessus que je puis rapporter fidèlement, le lui ayant entendu répéter toutes les fois qu'il était question de la tourmente révolutionnaire. Marchant est mort en 1832, sa fille en 1846. »
Discussion et conférence des Preuves.
Dix-huit attestations du même fait doivent le placer à l'abri de toute espèce de doute. Nous aurions pu les multiplier à l'infini; mais à quoi bon? n'y en a-t-il pas assez?
Fort bien, dira-t-on, s'il s'agissait de témoignages directs; les témoignages inditects n'ont pas autant de force, à beaucoup près, et tous, sans exception, même celui de la femme Simon, qui serait le plus concluant si elle n'était morte folle, ont l'inconvénient d'être indirects.
Voyons si dans cette cause il est encore possible de se procurer des témoignages directs, s'il est raisonnable d'en exiger, si, nombreux comme ils le sont, les indirects n'ont pas la même valeur.
Très peu de gens ont coopéré à l'enlèvement, c'est certain ; la prudence l'exigeait A 1 exception des époux Simon, de M. de Frotté, d'Ojardias, et, oeut-être, de deux ou trois complices nécessaires, personne n a dû y participer. Ceux-là seuil pourraient témoigner directement du fait. Or, Simon a été guillotiné peu de temps après l'évasion^ Oiardias a été assassiné, de Frotté fusillé ; les autres ont probablement éprouvé \ un sort peu différent; la Simon est morte aux Incurables.
D'où donc viendraient les témoignages directs? ' *
Mais, d'un autre côté, beaucoup de personnes ont pu con« naître soit les projets d'enlèvement, soit leur exécution, soit les agents de l'entreprise. De ces personnes seulement peuvent émaner les preuves de l'évasion, et on n'a pas le droit d'en demander d'autres.
Il est évident que de tous ces témoignages, le plus important est celui de la femme Simon. Aussi l'ai-je etayé d'une
foute de certtàcaiH provenant de personnes respectab' es, ayant été parfaitement à portée d'étudier et de pénétrer le témoin, de dames du monde, de religieuses qui lui avaient donné des soins, de médecins, de prêtres. Ce. sont des garants irréprochables, car aucun n'a d'intérêt à tromper.
La Simon elle-même y avait-elle intérêt! Non ; : tout an contraire* Car, en supposant que vis-à-vis de ses compagnes d'hospice elle eût voulu se disculper du crime d'avoir maltraité le royal enfant, les a menaces contre sa vie» constatées dans les pièces 11 et 12, et la certitude d'une pension au moins aussi méritée que celle de la sœur de Bobespière, si elle se prètait aux manoeuvres de Louis XV111, devaient naturellement la porter à nier l'évasion et l'existence du Dauphin. Au lieu de cela, elle aftirme l'enlèvement* dit* à qui veut l'entendre » la part qu'elle y a prise, résiste « aux sollicitations de la du» chesse d'Aogoulème, » sollicitations attestées par les n reliM gieuaes et leur supérieure, » lui soutient même que nnn^au< lemen t m «lie a sauvé son frère, mais que depuis elle l'a revu et parfaitement reconnu. » Elle persiste dans ses affirmations si positives « en face même de la mort, » au moment suprême où la vérité n'a plu» de craintes et le mensonge plus de motifs. I
Ses facultés mentales étaient-elles- altérées?
LaiisceurHélène,quiravait parfaitement connue,affirme au docteur :NoyervpiÈCR7, « qu'elleavaitjoui.dese* facultés intellectuelles jusqu'au dernier moment de son existence.» Les quatre religieuses des Incurables , dans le service desquelles s'était trouvée la femme Simon, interrogées pan MM. A. et M..., prêtres, répondent unanimement, pièce 12 : « Non, elle n'était pas folie; elle n'était pas imbéciUe; elle avait le bon sens naturel; elle accomplissait ses devoirs religieux ; elle n'était point ivrogne; nous l'avons jugée franche, sincère etde bonne foi, et n'ayant aucun intérêt à inventer l'évasion. » «afin,» Madame Chauvet de Beauregard, qui l'interrogeait en 1848, assure, pièce b, qu'elle «jouissait de toute sa présence d'esprit, » seulement qu'elle était attaquée « d'un asthme » qui la forçait quelquefois d'interrompre sa conversation.) Et quand la duchesse d'Angouleme lui demande ironique* ment : « Comment serait-il possible que vous eussiez reconnu un enfant que vous avez quitté si jeune ? » et quand la Simoni lui répond; «Cela vous étouae,: madame, que diriez-vous dune si je vous disais qtie je reconnais en vous la sœur du Dauphin, malgré la simplicité de .vos» habits, et que )e ne vous aie pas revue depuis un temps beaucoup plus long? » est-ce une réponse de folle ? D'ailleurs, les religieuses, le docteur Kémusatv e* les* entres signataires des certificats relatifs à la Simon, ne citent rien d'elle qui autorise à présumer la folie. Ainsi, plus d'objection de ce coté.
Maintenant, est-ce bien un témoignage indirect que celui de la Simon précisé et corroboré comme il Test? Est-ce un témoignage indirect nue celui de la pièce 1, dans laquelle madame veuve Sain t-M... dit: «M. Perrès m'a juré et certifié avoir concouru à l'enlèvement? » Est-ce un témoignage indirect que celui de M. Arnault , pièce 2 , qui dit : « J'ai ▼a porter le cheval de carton ?» Est-ce un témoignage indirect et sans importance que celui de madame veuve L..., pièce 5, concernant les détails de l'enlèvement, le récit de madame Bertrand, l'introduction au Temple de la nour* rice du prince et la déclaration de la non-identité de l'enfant avec son « élève ? » N'est-ce rien que Lanjuinais proclamant « très plausible la croyance à la possibilité de l'enlèvement,» et Grégoire paraissant l'approuver, pièce 13? N'est-ce rien que cette femme d'un valet de chambre de la comtesse de Provence, venant tout exprès de Versailles à Paris, en juin 1795, dire à madame R... * Rassurez-vous ; le jeune prince est sauvé; je le tiens de bonne source. » Pièce 3? N'est-ce rien que madame de Beaubarnais racontant * que le Dauphin n'était pas mort au Temple, quelle l'avait vu le jour de son enlèvement, » pièce 4; et le marquis de Rovère annonçant en 1794, à M. Gaudin, < la délivrance du fils de Louis Xvl et sa mise en sûreté, » pièce 14; et la marquise de Souci, ancienne gouvernante des enfants de France, et madame de Boulainvilliers s'entretenant ensemble « de la manière miraculeuse dont il avait été sauvé », pièce 15 ; etl'ex-secrétaire de Barras expliquant à l'historien Dulaure * l'évasion et la substitution » et s'écriant, à propos du Dauphin, « il n'est pas mort, il a été notre sauvegarde à tous, » pièce 16, mot qui donne la clef des faveurs dont furent comblés sous la Restauration les anciens Conventionnels influents, tous ceux en un mot qui avaient pu connaître la vérité ; et MM. de Bremont et deMontciel, secrétaire et ministre de Louis XVI, reconduits brusquement à la frontière pour avoir osé proposer à Charles X de rechercher et reconnaître « le Dauphin sauvé et vivant, » pièce 17 ; et Marchant de Beaumont, membre de la Commune, confiant à sa fille & que le petit Gapet notait point décédé au Temple, qu'après l'avoir vu la veille, il ne le reconnut plus le lendemain dans l'enfant qui lui fut présenté ; » pièce 18 ? Toutes ces assertions, venant à l'appui de celles de la Si mon «donnent à son récit un caractère irréfragable de vérité*
Qu'en résulte-t-il? Cest que :
Louis XVII a été sauvé du Temple ;
La Simon, gagnée, a favorisé l'évasion au moment où elle déménageait ;
Les moyens d'enlèvement ont été un cheval de carton et an paquet de linge ; La Simon a revu le prince depuis ;
Ayant tout intérêt à accréditer le bruit de sa mort, elle a constamment répété qu'il vivait, et n'a jamais varié dans cette
affirmation
a fixé l'évasion à l'époque de son déménagement, ent au 19 janvier 1794. Cest à cette époque aussi madame Elisabeth et la princesse Marie-Thérèse crurent 1 s'était opéré; car dans un livre intitulé : Récit des événements du Temple, publié à Paris, chez Egron, en 1823, page 66, madame la duchesse d'Angoulême écrit : « Le 19 janvier 1793, nous entendîmes chez mon frère un grand bruit qui nous fit conjecturer qu'il s'en allait du Temple, et nous en fûmes convaincues quand, regardant par le trou de la serrure, nous vîmes emporter des paquets. Les jours d'après nous entendîmes ouvrir la porte et marcher dans la chambre, et nous restâmes toujours persuadées qu'il était parti. » C'est en effet la seule occasion favorable qui se soit présentée. Forcé, par la jalousie de ses collègues, d'opter entre la place de municipal et celle de gardien, Simon, après quelques jours de réflexion , donna, précisément le 19, sa démission de gardien du jeune Louis. Elle fut acceptée surle-champ. 11 demanda son paiement; on l'ajourna. Furieux, il se mit à tempêter, déclara qu'il ne remonterait pas à sa chambre, et fit donner ordre a sa femme par un porte-clefs de déménager sans délai. Consulter le Louis XVII de Simien- Despréaux, p. 148 etsuiv. Était-ce une scène concertée d'avance avec sa femme? Il est permis de le penser, * il la prolongea en occupant le conseil et la commission ui délivrer une décharge du prisonnier, pendant que sa nme faisait et descendait les paquets. Les municipaux s'étaient éloignés pour la laisser libre : auraient-ils osé suspecter les Simon, si brutaux envers l'enfant? 11 fut donc facile d'opérer l'enlèvement.
Comment se pratiqua-t-il ? Selon la Simon, et certes personne ne peut contester qu'elle sût à quoi s'en tenir, un enfant, dont nous aurons bientôt à nous occuper, fut introduit au Temple dans un cheval de carton qu'aperçurent M. Arnault et madame veuve L..., pièces 2et 5. Après en avoir tiré l'enfant, endormi par un narcotique, et l'avoir mis à la place du Dauphin, on dut remporter le cheval, et promptement, de peur qnela trappe pratiquée sous la housse venantà être découverte ne fît découvrir la ruse. Afin déjouer son rôle, le porteur répond aux curieux : «Il faut bien que je reprenne mon cheval, l'enfant en a peur, » C'est à ce moment que le garde national Arnaultvit un homme portant le cheval sur son épaule, rangé sous le guichet, attendant pour sortir la fin du défilé. Une voiture était à la porte ; il fut placé dessus, et la voiture s'éloigna très vite. Peu importe que madame R..., veuve L..., parle de quatre hommes, et M. Arnault d'un seul. Un seul
pouvait le sortir du Temple et les trois autres attendre dans larueet aider à rattacher sur la voiture. Peu importe encore que cette dame, habitant la rue du Temple et non le Tempte, «lui pouvait savoir le a projet » et non les a, moyens » d'évasion, ait pensé, comme madame de Souci, que le Dauphin avait été mis dans le chevaL ; toujours est-il qu'un cheval de carton a été employé. La Simon, mieux au courant de l'affaire que nul autre, puisque c'est elle qui facilite et consomme l'enlèvement,, affirme que le Dauphin tut roulé dans uu paquet de linge, et mis sur la voiture de déménagement.
Ainsi disparaissent les apparentes contradictions des moyens d'évasion.
Ajoutons à ces preuves, qui trouveront leur développement et leur complément dans le cours de cet ouvrage, quelques documents déjà publiés dans des livres ou des journaux :
On lit dans Toucbard-Lafosse , livre v, page 2it, ex-r trait des Souvenirs d'un demi-siècle, à propos de l'enlèvement du Temple :
« Après cela, les résultats de
l'évasion équivalent à ceux de la mort : « Un roi que l iatrigue a découronné est toujours un imposteur, lorsqu'il n'a pour juge que la puissance intéressée à le déclarer tel. »
Certains mémoires, publiés en 1830, affirment que M. la ticomte de Curzay, ancien député de la Vienne et préfet de la Gironde, disait à un homme digne de foi :
« Je crois que le Dauphin n'est pas mort au Temple, et j'ai acquis cette conviction de 1810 à 1817. »
Ou assure que M. le marquis de la Roche-Àymon, pair de France, avait à son service un homme de confiance qui, «ayant été à même de connaître des détails très circonstanciés sur l'enlèvement du Temple, fut arrêté sous le ministère Decaze^ et ne reparut plus. »
Lors du procès de Mathurin Bruneau, l'avocat du roi qui portait la parole n'hésita pas à dire :
« Que, quant à l'évasion du Dauphin, les>echerches qu'il avait faites lui avaient prouvé qu'elle était certaine. »
Le Conventionnel Courtois, mort à Bruxelles, demeurait, avant son exil, à quelques lieues de Remblusiu, village de la Lorraine ; là, il eut des rapports fréquents avec M. Aubry^ auquel il dit :
« Un. jour viendra où des papiers que j'ai eu ma possession pourront être d'une grande utilité « à un auguste personnage qui été enlevé de prison. »
« La Convention avait ordonné de grandes recherches pour le ressaisir et sans succès ; plus tard, on a déclaré « qu'il était mort en prison, sans que rien ait constaté qu'il ait été repris ; » ce qui prouve incontestablement <t que ce personnage était réellement en fuite, et que sa mort prétendue
n'était qu'un mensonge, celle d'un substitué à sa place.»
Le marquis de Champagne a fait connaître égalemeut a que Courtois a plusieurs fois assuré que le jeune roi n'était pas mort au Temple.,» Nouvelle preuve du grand intérêt qu'avait la restauration à s'emparer des papiers de Courtois.
Dans les Souvenirs de la reine Marie-Antoinette, tome m, page 142, on lit la déclaration suivante de madame la comtes«e d'Adhémar, veuve de l'ambassadeur de ce nom, et autrefois dame du palais de la reine :
« Malheureux enfant, dont le règne s'est écoulé dans un cachot, a où toutefois il n'a pas trouvé la mort ! » Certes, je ne veux en aucune manière multiplier les chances qui s'offriront à des imposteurs ; mais, en écrivant ceci au mois de mai 1797, « je certifie, sur mon àme et conscience, être
Sarticulièrement sûre que S. M. Louis XM1 n'a point péri ans la prison du Temple.»
« Mais, je le répète, je ne m'engage pas à dire ce que ce
f>rince est devenu ; le seul Cambacérès, homme de la révolution, pourrait compléter mon récit, car, là-dessus, il en savait beaucoup plus que moi. »
On lit dans le journal le Commerce, du 3 décembre 1832, qui rend compte de l'ouvrage intitulé : Histoire secrète du Directoire :
« 11 paraît certain qu'on a trempé le
public « sur la mort du jeune Louis XVll ; et sur le lieu-, Cambacérès en convenait; » mais il ne voulut jamais révéler ce qu'il savait sur ce point. On sera porté à croire qu'il y eut là-dessous un grand mystère, et que ce conventionnel y était initié, si Ton se rappelle les ménagements dont les Bourboosrentrés usèrent eoversce régicide, et l'empressement avec lequel ils firent séquestrer ses papiers après sa mort.
« Cette saisie illégale, qui dépouilla momentanément les héritiers de l'archi-chancelier de leurs titres de famille, eut pour objet a d'y faire le triage des papiers qui pouvaient découvrir ces mystères royaux. » Ce triage eut lieu, dans le plus grand secret, au ministère de la justice, et Ton n'a jamais su ce que la dynastie avait trouvé « dans ces écrits qui sem~ Liaient lui cauier tant d'épouvante. »
Ce faisceau d'arguments est assez compacte pour que nous soyons dispensés de l'augmenter; nous nous bornerons donc à tirer la conclusion :
Oui> le (ils de Louis XVI est sorti vivant du Temple.
« . m ûooJ *jb *U1 *)oiv| M m* Jliff x li'ûp ; n*t K