CHAPITRE IX
tE DAUPHIN EN ÉGYPTE, EN ITALIE , EN FRANCE, AL
Une fois dans les rangs de l'armée française, le Dauphin n'avait plus rien à redouter de ses ennemis; il s'agissait seulement pour lui de s'habituer à la réserve et à la prudence, d'oublier qu'il était fils de Louis XVI, et d'échanger des titres périlleux contre le simple nom de Louis.
Telles furent les instructions de Kléber, et, sous la direction de ce guerrier, aussi distingué par les qualités du cœur et de l'esprit que par la bravoure et la science militaire, le jeune Louis ne manqua ni de conseils, ni de leçons, ni d'exemples. Il serait à désirer que tous les princes eussent de pareils
Mentor. , . . .
Pendant le reste des opérations de la campagne, le capitaine de Damas emmena le prince dans le Haut-Rhin , près de Colmar. H demeura confié à une personne sûre jusqu'au moment où Kléber, mis en disponibilité, le rejoignit.
Peu de temps après, l'expédition d'Egypte a^ant été réso-' lue Kléber fut désigné pour en faire partie ; il emmena le jeune Louis avec lui. Redoutant à la fois ses imprudences et les soupçons qu'elles pourraient exciter , au lieu de l'embarquer sur le vaisseau Y Orient qu'il montait lui-même, il l'embarqua à bord du Spartiate, en le recommandant au capitaine Emeriau comme un orphelin , fils d'une de ses sœurs. La flotte partit de Toulon le 19 mai 1798; le Dauphin entrait alors dans sa quatorzième année.
Pendant la traversée , il se lia d'amitié avec un jeune aspirant de marine nommé Anglade.
Après la prise de Malte, Kleber rappela le pnnce à son bord, afin de ne plus le perdre de vue.
La flotte arriva le 1 er juillet 1708 devant Alexandrie; on débarqua- le fils de Louis XVI attaché à Kléber remplit les fonctions d'aide-de-camp,montra la plus grande bravoure, reçut plusieurs blessures, et partagea tous les périls et toutes les gloires de notre armée dans ces fameuses campagnes d E-
gypte et de Syrie.
Il se trouva constamment en compagnie des généraux, des officiers vit et connut MM. Bossu, Anglade, Pajol , Chambellan, Ph nippon, H*rard de Villiers, GUlet. Laroche et Forest
qui l'ont revu depuis, et ont parfaitement reconnu le passager du Spartiate et leprotégé de Kléber dans la personne du baron de Kichemont.
Preuves.
Pièce 47. — «Je soussigné, Laurent-Joachim Asselin, rentier , demeurant à Paris , rue d'Astorg , 45 , certifie en mon âme et conscience la vérité des faits suivants :
«Un de mes amis, M. Gillet, ancien officier attaché à l etatmajor du général Kléber, lors de la campagne d'Egypte, m'a dit, en 1830, qu'il avait connu auprès de ce général, « un tout jeune homme qui passait pour être son neveu, et qu'un jour, en présence des généraux Desaix , k Menou et autres officiers supérieurs, legénéral Bonaparte demanda à Kléber qui était ce jeune homme, Kléber lui répondit que c'était un de ses neveux, orphelin de père et de mère, » à qui il apprenait le métier des armes pour le mettre en état de servir un jourla République.
« A la campagne d'Italie, M. Gillet, officier d'état-major de l'armée, a reconnu, m'a-t-il dit, le même jeune homme « attaché à la suite du général Ddsaix,» jusqu'à la mort de ce brave général à la bataille de Marengo.
« En 1833, étant allés, M. Gillet et moi, faire une visite à M. Boucher-Lemaistre, rue Saint-Merry , 46 , nous y avons rencontré M. le baron de Richcmont, que M. Gillet « a parfaitement reconnu pour être le même qu'il avait vu eu Egypte auprès de Kléber, et en Italie à l'état-major de Desaix. » La conversation s'est engagée sur les mouvements de l'armée d'Egypte et sur les généraux qui en faisaient partie. M. le baron de Kichemont a rappelé à M. Gillet une quantité de circonstances particulières que celui-ci a dit être parfaitement exactes. Dans le cours de l'entretien qui dura près de trois heures, et auquel je fus toujours présent, M. de Richemont, en parlant de Kléber, raconta qu'avant de partir pour l'Egypte, ce général avait une amie à Strasbourg , et qu'il chargea un jour un de ses officiers de lui porter, de sa part, une montre en argent montée sur pierres. M. Gillet reconnut si bien la vérité de ce fait , que c'était lui-même qui avait été chargé de celte commission.
« En sortant de chez M. Boucher-Lemaistre, M. Gillet me dit, avec persuasion et confiance : « C'est bien là l'homme que j'ai connu tout jeune en Egypte et en Italie; c'est la même contenance, la même physionomie, le même son de voix; je ne saurais m'y tromper; c'est bien lui.» Peu de temps après cette entrevue, qui eut aussi M. Boucher-Le-
08» FILS DU LOGIS fflTl.
maistre pour ttmoii^ M* Gillet a.quittéiPari8fr.et depuis je n'a» pas eu de ses nouvelles. S'iivit encore., je suit certain qu'ii reconnaîtra rentière mérité des faits attestés ci-dessus, dont je suis prêt à déposer devant les tribunaux.
« Paris le 4 er septembre 1 842.
« Signé : Asselin. »
M. Asseèttf, «oeowpagné de deuxtémoins^ proprtétarres et négociants^ demeurant à Paris, M. Gérais, rue a'Astorg, 37; et M. Barthélémy, nie.., se présenta, le 47 octobre 1842, au maire du premier arrondisses en t r pour faire légaliser sa signature. L officier civil ayant lu la déclaration ci-dessus, re^ fusa formellement la légalisation, en disant à M.. Asselin et à ses témoins : « Ce n'est pas un certificat ordinaire.»
Un refus aussi arbitraire et aussi illégal ayant donné la, mesure du bon , vouloir de l'autorité communale de Paris, ou n'a pas cru devoir soumettre les autres pièces au contrôle de magistrats prévenus, sinon ennemis, et qui méconnaissent ouvertement leurs devoirs.
Pièce 48. —«Nous, Marie-Nicolas-Joseph Chamblant, opticien, demeurant à Paris, rue Mazarine, 48;
« Jean-Baptiste-Augustin Rager , ancien colonel de gendarmerie , demeurant à Paris, rue Saint-Benoit-SaintnGer* main. 23;
a Gc orges-An toi ner Augustin Govéan, colonel en retraite^ demeurant à. Paris, rue d'Eufer, 6 ;
a . ài . • Dtdéban, architecte, demeurant à Par
ris, rue Jacob, 50 ;
a Certifions à tous qu'il appartiendra :
« Qu*t dans le courant de mars 4843, nous trouvant chei M. Chamblant, pour affres de sa profession, avee M. Forest, ancien, commissaire des guerres, en retraite, à Paris, nous causions de choses et d'autres , et notamment de l'expédition d'Egypte^ eftde .ceunqui avaient survécu. à ce grand événement , dont M j Forest avait été dans le; temps un des, acteurs et en quelonie sorte* la victime, lorsque M. Chamblant nous dit qu ? it connaissait un monsieur qui avait fait partie de cette expédition,, et qu'il [serait bien aiâe que M. Forest le \ît, parce qu'il était persuadé q<u'il le< reconnaîtrait de suite... Au mo* ment où M. Forest demandait le nom.de cet officier, Jl. le ba* roa de Richement arriva ; ce qui fa dir<e à M. Chamblant^ en s!ad*es£aifjt à M..JFot»st>: .«Tetwzile voilà, précisément. »
<oAussritdt que M. le. baron de Richement nous eu* aperr çus, il s'écria.: « Voiià-M. Forest q^e j'ai connu en Egvpte!»«- Al. Forest, après avoir bien examiné M. le baron, lui dit ; * Vous ètesuM. Louis, que j'ai aussi connu en Egypte? »
« Alors M. le baron adressant la parole à M. Forest lui dit : Comment vous trouvez-vous à Paris, et qu'ètes-vous devenu depuis noire expédition de Syrie, où vous disparûtes comme un éclair? Ne serait-ce pas encore la suite de votre première
affaire ? ,»,,,, A**
« De quelle affaire veut donc parler M. le baron , réponditon ?— De l'affaire de la femme de M. Forest, répliqua M. le baron, affaire présente à mon souvenir, et qu'il m'a été d'autant plus impossible d'oublier, que j'ai moi-même contribué par mes conseils à la rendre moins funeste à M. Forest. Voici le fait :
«M. Forest était officier de cavalerie; il avait une très jolie femme qui plaisait à tout le monde... Un jour, Junot se mit en lète de la mettre à la déposition du général en chef et de l'enlever à son mari... La chose réussit à merveille; mais comme la présence du mari gênait beaucoup, on le Ht embarquer pour la France avec des dépèches soi-disant de la plus haute importance; comme les Anglais étaient eu vue, M. Forest fut bientôt capturé, ainsi que le bâtiment qui le portait.
ce L'amiral anglais Sydney-Schmitt, ayant prisconnaissance des dépèches saisies sur M. Forest, les trouva d'uno insignifiance telle, qu'il ne pouvait comprendre comment on avait pu en charger un ofùcier et dans quel but... Il voulut en conférer avec M. Forest... D'après ce que lui dit l'amiral anglais, M. Forest comprit qu'il était victime d'une mauvaise farce qui n'était qu'un odieux guet-apens, et il expliqua les raisons qui rengageaient à s'exprimer ainsi... L'amiral l'ayant alors fait rembarquer, on le déposa sur la plage, tout près de l'endroit d'où il était parti.
« En arrivant au Caire, M. Forest se rendit sur la place Y Esbekieh, armé de pistolets et de son sabre, dans l'intention de tirer une vengeance éclatante du tour qu'on lui avait joué... C'est moi-même qui l'arrêtai à son apparition sur la place, dans cet équipage de guerre, menaçant de tout massacrer et défaire un mauvais parti au général en chef, et surtout à Junot, à qui il en voulait le plus. M. Forest se calma peu à peu, et finit par comprendre qu'il serait de nouveau victime, s'il ne parvenait à dissimuler ses projets et sa haine.
« Cette affaire assoupie, M. Forest vint avec nous en Syrie, et je ne l'ai plus revu depuis, ce qui me fit présumer qu'il avait été pris ou massacré...
« M. Forest dit qu'il se rappelait parfaitement toutes ces circonstances, et qu'ayant effectivement été fait prisonnier, il n'avait pu rejoindre l'armée lors de sa rentrée en Egypte.
a M. le baron de Richemont parla ensuite à M. Forest de la citadelle du Caire, appelée El-Kalah , des généraux Kléber, Desaix, Menou — Abdallah, — Murât, Lasnes, Friant, Régnier,
9g FILS DE LOUIS XVI.
Damas, Desfourneaux, Cafarelli, Lanusse, Junot, etc., d'Eugène Beauharnais, avec lequel il jouait souvent au billard sur la place de \ Esbekieh, etc.; puis vinrent les Pyramides, le Sphinx, le Mékias,\e& mosquées, et toutes les autres merveilles que Ton voit en Egypte.
« Eofin on s'entretint de la maison de Bonaparte, au Caire, de la galerie qu'il y fit construire, et dans laquelle fut assassiné Kléber, qui sortait de déjeuner avec le général Damas, dont la maison était voisine; Kléber n'était accompagné, dans ce moment, que de l'architecte Protain, qui fut lui-même blessé par l'assassin Soleyman.
M. le baron raconta ensuite tous les événements de la campagne de Syrie, l'affaire des pestiférés de Jaffa qu'on fut forcé d'abandonner.., la destruction des Arnautes et des Albanais, dont on se vit obligé de se débarrasser, parce qu'on ne put les emmener, etc., etc.
« M. Forest, toutétonné d'entendre M. le baron narrer des faits dont il avait presque perdu le souvenir, parla à ce dernier de quelques faits particuliers, * et comme il ne se rappelait pas de certains noms, M. le baron les lui déclinait chaque fois avec une justesse telle que M. Forest en témoignait son étonnement. »
« M. le baron de Richemont et H. Forest se quittèrent « après s'être mutuellement bien reconnus, » et i'.s ne se sont plus revus depuis, attendu que M. Forest partit pour l'Italie.
a Nous avons cru, dans l'intérêt de la vérité, devoir faire la présente déclaration, pour servir et valoir ce que de raison.
« Signé : Chamblant. — Roger.
« Paris, le 20 mars 1844. »
Le colonel Govéan n'a pas signé la déclaration ci-dessus, dans la crainte de se compromettre parce qu'il est étran-
ge M. Dedéban s'est abstenu par la raison au'étant pensionné du gouvernement, il a craint de perdre son traitement. .
Mais voici un certificat qui supplée à la signature du colonel Govéan :
Pièce 40. — Madame Delastre écrit :
« Je soussignée, Jeanne-Victoire Larivoire, épouse de M. Delastre père, ancien juge de paix, certifie à tous qu'il appartiendra la sincérité des faits ci-après : t
a II y a quelques jours que lisant le journal V Inflexible, n 9 8, j y ai trouvé une déclaration concernant M. le baron
de Richemont, faite par MM. Chamblant, Roger, Govéan et Dedéban, laquelle, est-il dit, « n'a pas été signée par M. Govéau, dans la crainte de se compromettre parce qu'il était étranger; » cette lecture m'a rappelé les circonstances suivantes :
« En Tannée 1822, M. Govéan, colonel en retraite, vint passer la belle saison à Neuville-sur-Saône ; il était pensionnaire chez madame veuve Marchand.
« Un jour, je lisais un petit livre que celle-ci m'avait remis, il avait pour titre : La vie de Louis XVII, mort au Temple. M. Govéan, se trouvant seul avec moi, me dit : Détrompez-vous sur la mort de ce prince, il a éîé enlevé du Temple, où Ton a substitué un autre enfant introduit dans un cheval de carton ; c'est celui qui est décédé au Temple, non le Dauphin : j'ai beaucoup connu ce dernier, avec lequel j'ai servi dans l'armée d'Egypte, ensuite dans celle d'Italie. »
« M. Govéan blâmait complètement la conduite de Louis XVlll envers son neveu Louis XVII.
« Le présent certificat contenant l'exacte vérité, délivré à Neuville-sur-Saône, Rhône, ce 23 mai 1830.
«Signé : Femme Delastrb.
<* Vu pour la légalisation de la signature ci-dessus.
«Neuville-sur-Saône, le 23 mai 1850.
« Signé : Le maire, Rozet fils. »
Pièce 50. — a Je soussigné , Louis-Émile Rouillé, ancien garde-du-corps de S. M. Charles X, demeurant à Paris, rue de Lille, i5;
« Déclare qu'en revenant de conduire la famille royale à Cherbourg, uu de mes camarades, M. de Montjusin, me dit qu'il avait entendu M. le général de Dampierre dire hautement : « Je suis dégagé de mon serment et vais offrir mon épée à Louis XVII. »
Étonné de ce langage, je me rappelai qu'un ancien ami, M. Hérard de Villiers, m'avait dit, quelques années auparavant, que le fils de Louis XVI existait, qu'il en avait la certitude , chose à laquelle je fis peu d'attention dans ce moment.
« A mon retour à Paris, je revis mon vieil ami de Villiers, et lui racontai ce que Montjusin m'avait dit. C'est alors que nous entrâmes dans de très grands détails au sujet du Dauphin. De Villiers me dit * qu'il avait vu et connu, eu Egy.ite, le duc de Normandie, qui était un des aides-de-camp de Kléber, sous le nom de Louis, qu'il avait parfaitement reconnu dans le baron de Richemont, lorsqu'il lui fut présenté; » que depuis sa rentrée, en vertu de 1 amnistie de i840, et sm retour à Paris, il voyait quelquefois ce prince.
«Comme je témoignais le désin< de voirie personnage; de* VilUer* m'engagea à me rendre thez lui à jour fixe»; ce que je 1 fisv.. Pavmi les personnes qui s'y trouvaient, et que je ne connaissais nullement, je ne tardai pas à remarquer à la figure et aux manières distinguées, le personnage dont de Vtliiers m'avait parlé... J'écoutai sa conversation à.Ja; fois sérieeseet instructivej « et je reconnus dans le timbre de sa voix et dans ses gestes qui paraissaient fort naturels et sans affectation, cenx que» j'avais été à même de voir et d'ealendre chei les ppiGcesietchealtiarta Xttuivmème,
« Depuis ce jour, j'ai eu. l'avantage de veir, plusieurstfoto età ojiverses reprises, M. le baron de Richemont, que j'ai toujours : trouvé homme de bonne compagnie, d'une franche gaitey d'un' excellent cœur, aimanta rendre service; causant de^ tout' avec une extrême facilité, et doué d'une mémoire prodigieuse.
«c lu m'a remis depuis un exemplaire du Contemporain^ qu'il a publié en 1843, et dans lequel 41 retrace unegrande partie de sa vie et descs malheurs. Je l'ai lu avec attention; j'enai causé avec quelques < sommités de lasociété, tant en province qu'à Paris4 5 ety comme- moi* elles y ont pris le plus vif intérêt. . Il v
« Informé que cet infortuné rejeton d'une famille proscrite et malheureuse est dans l'intention de publier une seconde édition du Contemporain, destiné à préparer les voies à sa demande en réclamation d'état, j'ai pensé qu'une déclaration de ma paît pourrait servir à constater sa présence en Egypte, dans les rangs de l'armée française, combattant là, comme . ailleurs, les ennemis de la France, et remplacer celle que lui aurait certainement délivrée M. Bérard de* ViUiers, si une mort prématurée et tropprempte ne l'eût enlevé à l'affection de ses nombreux amist
« Signé : Rouille.
«. Paris* le 22 octobre 1844. »
Pièce 54. — « Je soussigné,, Etienne Laroche, ancien militaire horloger, ingénieur mécanicien, fabricant d'instruments' de musique, certifie à tous qu'il appartiendra , o^ue, pendani l'expédition française en Egypte, en 1798, où j'étais en qualité de musicien de là neuvième demi-brigade, commandée pan.le. général Jouberi, « j'ai, souient vu auprès du générariKleber, un jeune homme' qu'on* appelait Louis, et qu'on disait être le neveuf du général susdit; que Je Tat également aperçu ldrstde l'expédition de Syrie ; » que, lors de notre départ d'Egypte pour la France, aven le général Bonaparte, en'l^B, / embarquai sur la frégate la Muiron^ et ne vis plus le jeune Licnis qui é4a*i reste en Egypte', « qu'en
1800, et pendant la campagne d'Italie, j'ai revu ce même jeune homme en compagnie du général Desaix, récemment revenu d'Egypte avec sa suite, et aussi à la bataille de Marengo, » où malheureusement le brave général Desaix fut tué. « Plus tard j'ai reconnu, dans la personne de M. le baron de Richemont, le même jeune homme que j'avais vu et connu en Egypte et à Marengo, sous le n<»m- de Louis. »
« Eu foi de quoi je lui ai délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que de droit et de raison.
« Fait à Joinville-le-Pont, Saint-Maur, département delà Seine, le 20 décembre 1841.
« Signé : Laroche* « Joinville-le-Pont, rue de Paris, 6.
« Vu par nous, maire de Joinville-le-Pont, pour la légalisation de la signature de M. Laroche, appelé le Bèluc, à la mairie, le 20 décembre 1841.
« Le maire, signé : Bimon. »
Pièce 52. — « M. A. Anglade , officier de la Légiond'Honneur et lieutenant de vaisseau en retraite, déclare :
« En 1798, je fus embarqué, en qualité d'aspirant de marine, sur le vaisseau le Spartiate, commandé par le capitaine de vaisseau Emériau, et limes partie de l'expédition d'Egypte* partie de Toulon le 20 floréal an vi, et fumes le premier sous voiles des quatorze vaisseaux «le guerre qui en faisaient partie.
« Un jeune homme d'environ treize à quatorze ans fut embarqué passager à notre bord et admis à notre table par ordre du commandant.» J'avais près de dix-sept ans, et à cet âge on se lie facilement, et surtout lorsque je m'aperçus que ce jeune . homme se distinguait sur tous les autres passagers.
«c Pendant la traversée, faisant route sur l'ile de Malte, je m'attachai à lui plus particulièrement. Tout en faisant route vers cette île, ce jeune homme se mit à jouer au vingt-un dans, la grand'chambre des officiers, et il perdait souvent ; comme ami, je lui fis d'abord quelques représentations, et comme il voulut continuer, je le menaçai de lui ôter la clef de sa malle dans laquelle il allait souvent prendre de l'argent ; il s'arrêta et s'abstint.
« Aussitôt la prise de Malte, nous entrâmes dans le port ; le même jour il descendit en ville, où il coucha.
« Arrivé à bord le lendemain, il m'apprit qu'il débarquait pour passer sur le vaisseau l' Orient, <t que le général Kléber voulait l'avoir près de lui; » cette décision m'attrista beaucoup, et lui aussi me parut y être sensible en me l'annonçant. 11 redescendit en ville, et revint le même jour accompagné de quelques marins qui vinrent prendre ses effets ; il monta sur le pont avec eux, je le suivis fort affligé. Au moment de nous
séparer, il me prit la main et m'embrassa en me faisant ses adieux ; et, pour me consoîer un peu sans doute, il me dit « qu'il allait s'occuper de moi auprès du général. » Avant de nous quitter, je lui demandai son nom: il réfléchit un instant en souriant, et me dit : « Je ne puis vous dire mon vrai nom , et pourcause; mais je vous dirai que j'appartiens à une des plus hautes familles de France, et <jue je m'appelle La Terre. Souvenez vous-en bien et ne l'oubliez jamais, et surtout ne m'en demandez pas davantage. Adieu, mon ami, adieu ! »
« Depuis 1798, j'ai souvent pensé au nom et à la personne de La Terre, et en ai parlé à plusieurs de mes amis ainsi qu'à mon épouse, depuis plu3 de vingt ans ; lorsqu'en 1834, arrivé à Paris de la Martinique, j'appris qu'un détenu de ma connaissance était à Sainte-Pélagie, je fus le visiter, «tout étonné de retrouver le monsieur La Terre du vaisseau le Spartiate, qui me reconnut aussi en m'entendant nommer.
« Après diverses questions, toutes naturelles entre gens qui ne s'étaient pas vus depuis plus de trente ans, « je demeurai convaincu que M. le baron de Richemont, qui était à Sainte- Pélagie en 1834, était bien le même personnage que j'avais connu sous le nom de La Terre, en 1798, sur le vaisseau le Spartiate, lors de l'expédition d'Egypte, sous le commandement en chef du général Bonaparte, » me rappelant alors ce qu'il m'avait dit pendant la traversée et au moment de nous
Suitter à Malte; et je ne fus point surpris de la qualité de fils e Louis XVI qu'on lui donnait «dans la prison, » ce qui me fournit l'explication des paroles qu'il avait prononcées au moment de quitter le vaisseau le Spartiate.
< Je partis pour la Martinique; à mon retour en 1846, M. le baron de Richemont vint me voir plusieurs fois, et nos causeries m'ont pleinement confirmé dans ma conviction, « qu'il est bien le même que le La Terre de 1798. »
« Si cette déclaration peut lui être utile, je la lui délivre comme étant l'eipression de mes souvenirs et de la pure vérité.
« Signé : A. Anglade, officier de la Légion-d'Honneur,
et lieut- de vaisseau en retraite.
« Paris, 23 novembre 1849, ruedu Faubourg St.-Martin, 107. »
-Quatre faits principaux sont à démontrer:
1° Pendant l'expédition d Egypte, un tout jeune homme, attaché à Kléber, passait pour son neveu ; 2° 11 remplissait les fonctions d'aide-de-camp ; 3° On l'appelait Louis;
*<> Ce Louis et M. de Richemont ne font qu'un seul et même individu ;
Et, comme au chapitre XIII il sera prouvé que M- de Richemont est le fils de Louis XVI, il s'ensuit que le prétendu neveu de Kléber, l'aide-de-camp, le jeune Louis, n'était autre que le Dduphin.
Interrogeons d'abord un ancien officier d'état-major de Kléber, M. Gjllet; que répond-il?
«Qu'il avait connu auprès de ce général un tout jeune homme qui passait pour être son neveu, et qu'un jour, en présence des généraux Desaix, Menou et autres officiers supérieurs, le général Bonaparte demanda à Kléber qui était ce jeune homme, Kléber lui répondit que c'était un de ses neveux, orphelin de père et de mère, à qui il apprenait le métier des armes pour le mettre en état de servir un jour la République.
« Qu'il a parfaitement reconnu M. de Richemont pour être le même qu'il avait vu en Egypte auprès de Kléber...
Et plus bas, toujours à propos de M. de Richemont :
« C'est bien là 1 homme que j'ai connu tout jeune en Egypte..., c'est la même contenance, la même physionomie, le même son de voix ; je ne saurais m'y tromper : c'est bien lui. » Pièce 47.
Écoutons l'ancien commissaire des guerres, M. Forest, répliquant à M. de Richemont :
« Vous êtes M. Louis que j'ai aussi connu en Egypte. » Pièce 48.
M. le colonel Govéan disant à Madame Delastre :
ce J'ai beaucoup connu le Dauphin avec lequel j'ai servi dans l'armée d'Egypte. » Pièce 49.
M. Hérard de Villiers, marin de l'expédition d Egypte, attestant :
« Qu'il avait vu et connu, étant en Egypte, le duc de Normandie , qui était un des aides-de-camp de Klébîr, sous le nom de Louis, qu'il l'avait parfaitement reconnu dans le baron de Richemont. » Pièce 50.
M. Laroche, ancien militaire, de la même expédition :
4L J'ai souvent vu auprès du général Kléber un jeune homme qu'on appelait Louis, et qu'on disait être le neveu du général susdit; je l'ai également aperçu lors de l'expédition de Syrie. ... j. - i «al e»v
« J'ai reconnu, dans la personne de M. le baron de Richemont, le même jeune hora-ne que j'avais vu et onnu en Egypte sou3 le nom de Louis. » Pièce 51 .
M. Ànglade fixant l'âge de l'inconnu»:
« Un jeune homme d^aviion treize à quatorze- ans. >
Nos quatre faits peuvent-ils être mieux établis par des preuves qui s'harmonisent plus parfaitement? Tous les détails concordent, et l'âge coïncide avec celui du Dauphin.
En résulte^ nécessairemenujue le jeune Louis, aide^tecamp de Kleber, soit le fils de Loués XVI? Voyons. Nous avons dissû>e les ob^uriles duaéjoun en* Vendée et à l'armée de
Condé, nous dissiferons bien celles de l'expédition d'Egypte.
Si le Dauphin dut vivre presque ignoré au milieu' de ses detenseurs naturels^ à plus forte raison vécut- il inconnu dans l'armée républicaine. Là, comme à Beaupréau, comme à Riegel, le silence constituait sa sûreté. Aussi prend-ille nom de La Terre, et lui donue-t-on celui de Louis, ua, peu plus siguihcàtif. v
Rien n«.constate>objecteraM-on,ridentité de ce Louis avec le fils de LouiaXVL Le peut èlre un parent de Kléber ou de Desaix, sans faire remonter si haut sou origine.
D'accord. Mais, si c'est un parent de Kleber, conçoit-on qu'il l'expose si jeune aux périls de la guerre ? r qtfil ne- lui donne pas son nom de famille? qu'après tant de soins il le remette à Desaix? que ceniiMn le traite avec la même bonté? qu'à la mort de ces deux braves guerriers , aucune des deux familles ue reclame le prétendu parent? et que lui-môme ne cherche pas à rentrer aaus leur sein? Il y a là, ce me semble»', un mysiere qui éclaircit les autres.
El puis, voyez-vous ce jeune ««passager du Spartiate , vivement recommandé par Kleber au capitaine Euériau , qui mange à la table des officiera, joue' gros jeu, perd souvent et? ne manque pas d'argent dans sa malle. » Pièce 52. Kléber, à coupeur, n'aurait point fourni libéralement aux caprices d'un neveu. Kléber le surveille assidûment; Kléber le fait passer du £pomate &txr VOrient, afin de l'avoir préside iuk Pourquoi ne 1 euibdrqoe-it-ilpas des le principe sur YOrient y pourquoi attend-il la urise,de Malte, si ce n'est afin d'éviter les soupçons qu'où aurait pu concevoir.au départ de France, s'il l'eut pris immédiatement à son bord ? Quel inconvénient, au.coatraire, si c'était son neveu ?'aucun. Pourquoi le déclarer orphelin de pereret de mère? C'est qa'e* France om pouvait vérifier ; de là les précautions d'un, embarquement séparé*.
Une circonstance frappante, ; à mon avis, et concluante pourquiconque envisage les faits froidement et de bonne foi, c'est' la conversation du jeuno passager avec l'aspirant Aciglade , la promesse « qu'il va s'occuper de lui auprès du général. »» Quel protecteur I Un enfant de treize ou quatorze anal II faut