‹ La Restauration convaincue d'hypocrisie, de mensonge et d'usurpation de complicité avec les souverains de la SainteAlliance ou preuves de l'existence du fils de Louis XVIChapitre 4 sur 54 · I. — GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

I. — GÉNÉRALITÉS

^ Rien ne semble plus facile à trouver que la vérité, rien n est cependant plus difficile. Voyons ce qui se passe sons nos yeux. Combien d'appréciations diverses du môme fait ? Sur les événements les plus ordinaires interrogez vingt témoins, vous aurez vingt punluresqui varierout de couleur et de ton.

hn serait-il de même des événements importants qui constituent I histoire? Une question si grave mérite de sérieuses reflexions. Cherchons-en la solution dans les éléments de 1 opinion humaine.

11 n'y a pas de distinction à faire entre l'histoire des faits accomplis depuis plusieurs siècles, et celle qui raconte les crises contemporaines, caries observations applicables à Tune le sont a l'autre.

Nous ne sommes pas sceptique, taut s'en faut ; mais, en pareille matière, le doute et la critique sont les seuls guides qu'on doive raisonnablementconsulter.

L'opinion commune s'établit d'après une série de témoignages concernant un fait unique. L'historien réuniten somme ceux qui lui paraissent le moins divergents, décrit à leur aide les circonstances du fait, et lui assigne ensuite les causes les plus probables, qu'il tire, soit de la croyance des témoins, soit, par induction, du résultat des faits eux-mêmes. On conçoit des-lors que les causes assignées n'ont d'autre valeur que celle a une conjecture plus ou moins adoptée par les contemporains, et celle de la perspicacité plus ou moins profonde de

Quant aux faits, sont-ils eux-mêmes à l'abri de toute erreur, de toute falsification î 11 paraîtrait au premier abord qu'on dût répondre oui; et cependant, il n'est pas sans eximpie que des faits regardés comme vrais pendant longtemps, pendant des siècles, aient été reconnus faux plus tard. Sous ce rapport l'histoire ancienne offre plus de garanties que la moderne. Eile a subi l'épreuve des âges, de la critique; elle a fini, suivant l'expression de Tacite, par n'être plus écrite sous l'empire de haines ou de complaisances récentes. Mais il ne faut pas, même à l'égard des faits, la croire infaillible ; on se tromperait. Ne se compose-t-elle pas en effet d'événements contemporains? Et si nous prouvons que les événements contemporains sont susceptibles de falsification , nous aurons prouvé que devenus histoire ancienne ils ne sont pas irréprochables.

Choisissous quelques faits, encore aujourd'hui douteux, sur lesquels s'est exercée et s'exerce sans succès L'investigation publique.

Quel était cet homme au masque de fer, être mystérieux du siècle de Louis XIV, détenu de 1681 à 1703, accompagné par Saint-Mars de prison en prison jusqu'à la Bastille, auquel on donnait quarante-cinq ans d'âge quoiqu'il en eût soixante? Pourquoi dépaver, regratter, reblanchir sa chambre, pourquoi brû'erses meubles, après sa mort?

Et ce Gaspard Hauser, ce jeune séquestré de Nuremberg, que rencontra par hasard un professeur de cette ville en 1828, sait-on quelle était sa famille, quel intérêt l'a fait enfermer sans éducation dans un cachot depuis sa naissance jusqu'à son évasion, cjuel poignard l'a frappé ?

Le voile qui couvrait le procès de Fualdès et les divers acteurs de cet horrible drame est-il déchiré ?

A-t-on bien les preuves de la mort du Dauphin, fils de Louis XVI, au Temple ?

Les chefs des É'ats, les hommes puissants ont mille moyens détromper la multilude, peuple et savants. Que leurcoûte un crime? la peine de choisir un ou deux complices. Ces der» niers savent quelle punition les attend s'ils parlent, quelle récompense s'ils sont discrets. Aussi le sont-ils presque toujours. A-t-on besoin qu'un enfant naisse, qu'un autre meure? Une supposition de part, un acte de décès sont promplement fabriqués En moins de rien la politique, c'est-à-dire, en langage de notre temps, l'art de gouverner par l'intrigue, la rouerie, le mensonge, l'achat des consciences, le mépris des lois civiles et sociales, transforma à son gré les faits et leurs cause*. Pichegru s'étrangle; le dernier des Condé se pend. D^s traités se concluent; le Gouvernement publie la partie la moins essentielle ; un beau et long rapport indique à tous les motifs qui l'ont amené, son utilité; et les négociateurs, qui

PRÉAMBULE. 3

Tiennent d'arrêter secrètement des clauses contraires ou tout autrement importantes, jureront leurs grands dieux qu'il n'y a rien eu de plus que ce qui est ostensible. Les journaux enregistrent ces actes incomplets, ces explications qui n'expliquent rien, et l'histoire, à son tour, pillant leur bagage, assure à leurs assertions vraies ou fausses son imposante authenticité.

Gomment en serait-il autrement? Les diplomates, possesseurs réels de* secrets d'État , par conséquent des actes et des motifs, sont condamnés au silence perpétuel, s'ils veulent, comme cela se pratique, conserver à lear postérité le monopole des missions politiques. L'Empire n'aurait pas employé un indiscret du Directoire et la Restauration un indiscret de l'Empire.

La vérité se trouve donc réduite à profiter d'une imprudence. Encore quel poids aura-t-elle? celui d'une confidence à l'oreille, qui, sourdement transmise, soulève des doutes sur des assertions réputées jusque là vérités, mais ne les détruit pas avec l'autorité suffisante. Car le diplomate ne laisse pas d'écrits; ou, s'il en laisse, le Gouvernement, se déclarant au moment de sa mort cohéritier de ses enfants, saisit et confisque les papiers à sa couvenance, ceux qui découvriraient ses turpitudes et ses mensonges.

Ge procédé a été mis en pratique sous l'Empire, sous la Restauration, sous Louis-Philippe. La famille Courtois, celle de Cambacérès, de Talleyrand et beaucoup d'autres savent à quoi s'en tenir.

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