CHAPITRE XVII
CONCLUSION
Ma tâche est remplie :
J'ai détruit un infernal mensonge et révélé au monde te plus odieux des crimes, une infâme spoliation :
J'ai démontré l'existence du fils de Louis XYI.
Convaincu de l'hostilité systématique des Gouvernements et des hommes d'état, convaincu de l'indifférence des classes aisées pour tout ce qu'elles croient ne pas intéresser directement leur bien-être, convaincu des dispositions peu favorables d'une magistrature liée par ses antécédents à Frosh- •îorff ou à Claremont, je m'adresse au seul juge qui, après Dieu, décide souverainement, qui soit inaccessible à l'égoïsme et à l'ambition, j'évoque la cause du fils de Louis XVI devant le tribunal de l'opinion publique, devant le peuple. C'est pour lui que j'écris, pour cette grande autorité, qui se détermine par la conscience et agit par le coeur.
À qui demanderais-je la reconnaissance du fils de Louis XVI, maltraité, dépouillé, persécuté, banni, victime des rois, souvent privé du nécessaire, ti ce n'est à ceux que déciment le travail, la misère, l'exil et. les dissensions des rois? Qui comprendra les tortures d'un incessant déni de justice, si ce n'est celui que sa faiblesse et sa pauvreté individuelles mettent par le fait en dehors des bénéfices de la loi ?
C'est à la probité du peuple que je présente un fiUde roi, sans nom, sans vie légale; son assentiment sera la meilleure réhabilitation de ce nom, de cette vie.
Il ne le refusera pas, car la cause du fils de Louis XVI est sa propre cause, c'est celle de tous les souffrants.
Tombé enfant du faîte de la grandeur dans les cachots du temple, des bras du duc d'Harcourt et de l'abbé Davaux sous le tire-pied de Simon, le fils de Louis XVI a éprouvé tour-àtour les égards prodigués aux princes, et les mauvais traitements qu'on n'inflige pas aux derniers fils du peuple. Caché dans la Vendée, prive pendant plus d'un an de grand air, de lumière et d'activité, gardé à vue au camp de Condé, il n'est sorti de cet esclavage que pour apprendre, en Egypte, avec Kléber, au milieu des dangers, l'art et les fatigues de la guerre, l'héroïsme, l'amour de la patrie, de la gloire et de !a liberté, pour connaître la différence oui existe entre le courage égaré par les manœuvres de l'ambition au point de s'allier aux ennemis de l'Etat et de tourner ses armes contre
lui, et la bravoure à l'épreuve de tout calcul, de tout ressentiment personnel, qui ne vit, ne pense, ne respire, ne lutte que pour assurer le triomphe de son pays.
Fuyant les persécutions impériales dont Pichegru venait d'être victime, il se réfugie en Amérique, cette terre d'asile de tous les proscrils; il parcourt, errant, fugitif, les vastes déserts de sa partie méridionale, disputant une nourriture grossière, insuffisante, tantôt aux animaux féroces, tantôt à des hommes sauvages, non moins féroces qu'eux.
De retour en Europe, repoussé et persécuté par «a famille et par lf s souverains, il subit sept ans de prisan, pour le punir de n'être pas mort au Temple, de venir contrarier Jes plans de la Sain tc-Al lia uoe qui a proclamé un droit usurpé, et de protester contre le moreeUemeat et rabaissement de sa patrie.
Délivré des fers autrichiens, il pénètre de nouveau en France, sous Charles X, £ro*sit les rangs des défenseurs des libertés publiques, assiste à la chute de l'usurpation, dite légitime, de 1815, pressent toutes les hontes du règne de Louis-Philippe, est poursuivi, condamné, incarcéré, et respire enfin après l'orage de 1848.
Et pendant ces cruelles «angoisses, le fils de Louis XVI a passé à trave rs toutes les vicissitudes, tontes les peines, toutes les privations du peuple ; il a vécu de sa vie, souffert de ses souffrances; il a connu la faim, la soif, le dénûraent,les outrages, les humiliations; il a connu les vices, les crimes, l'hypocrisie , Tégoïsme et la rapacité des divers pouvoirs et de leurs agents.
Quelle rude, mais instructive épreuve !
Exista-t-il un philosophe aussi providentiellement placé pour observer la société sous toutes ses faces, dans tous ses rangs; pour acquérir de l'expérience, apprécier les personnes et les choses^ discerner les besoins des nations, sonder leurs plaies et appliquer les remèdes? Supposons un souverain formé à cette école : qui jamais eut été plus libre de vouloir le bien, l'honneur et la prospérité de son pays? plus indépendant sur le choix de ceux qui l'auraient aidé dans l'accomplissement de la noble tâche de rendre les lois morales* la justice impartiale, l'administration honnête et économe, les relations extérieures loyales et énergiques, le peuple heureux?
Si, au lieu d'en être réduit à chercher l'hospitalité daus l'armée républicaine, le fils de Louis XVI l'eût trouvée au camp de Condé, imbu des idées de l'émigration, il serait rentré en France avec elle, étranger comme elle à l'immense progrès de l'esprit national, appelant crimes les élans d'un instinct naturel d'indépendance et de gloire, disposé à comprimer ce qui ne soufhe pas compression, et à tuer ce qui vit
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essentiellement au cœur des Francs. U n'aurait ni pu ni su distinguer entre les excès de la révolution et ses avantages.
Accueilli à sa première sortie des frontières par les souverains alliés, il aurait sucé leurs principes, payé, comme le comte de Provence en 4814 et 181$, leur intervention au prix des plus humiliants sacrifices.
Reconnu par sa famille à l'époque de la "Restauration, il aurait partagé ses préjugés, ses fautes, ses erreurs, ses bévues politiques, sans doute aussi la réprobation et l'exil qui l'ont frappée.
Favorisé par Louis-Philippe, s'il eut accepté sa fille, quand elle lui était offerte sous la condition d'une abdication au profit de la branche cadette, il eût été lié à ses doctrines et à ses hommes.
Aidé parles chefs républicains de 4846, qui, dans le temps où ils partageaient sa captivité de Sainte-Pélagie^ avaient
promis de contribuer à sa reconnaissance, si jamais ils réussissaient, et qui, parvenus au pouvoir, l'ont oublié, il n'aurait plus été moralement libre de se séparer d'eux, de blâmer leurs actes, leurs tendances, leur imprévoyante direction.
Le succès même d'une réclamation d'état, tardivement appuyée par la reconnaissance de madame la duchesse d'Angoulême, avant sa mort, par la production des pièces et titres injustement recelés dans les chancelleries de l'Europe, en le proclamant fils de Louis XVI, par la grâce de sa sœur, par la grâce des rois, et non par la grâce de Dieu, lui aurait fait contracter envers des tiers des obligations qu'il ne doit avoir qu'à la nation par la Providence. Il aurait perdu l'indépendance et le prestige des persécutions et du malheur, et ne serait plus qu'un Bourbon suspect, légalement proscrit comme les autres.
Mais, toutau contraire, la Providence l'a gardé libre d'engagements.
Les meneurs démagogiques de 4793 ont tué son père, et l'ont tué lui-même autant qu'il était en leur pouvoir de le tuer; il ne leur doit rien.
Ceux de 4848 ont abandonné sa cause, qui était celle de la justice; il ne leur doit rien.
L'Empire l'a forcé de s'expatrier; il ne lui doit rien.
Les usurpateurs de la légitimité et leurs partisans légitimistes l'ont dépouillé, repoussé, emprisonné, abreuvé d'injures et de calomnies; il ne leur doit rien.
La Sainte-Alliance s'est faite et demeure complice de ces lâches iniquités; il ne lui doit rien.
La politique de Louis-Philippe l'a jeté dans les cachots; il ne lui doit rien.
La diplomatie, représentée par un cardinal-ministre, a
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osé démentir des faits vrais, favorables à ses intérêts; il ne lui doit rien.
La magistrature a préparé d'avance contre sa réclamation des fins de non-reeevoir: il ne lui Joit riea.
Il a demandé son nom, le nom de son jpère, l'héritage le plus naturel, le plus sacré, à la Restauration, à Louis* Philippe, à sa propre sœur... on le lui a refusé.
Il est donc évident qu'il n'en devra la restitution qu'à la voix publique. Là se bornent ses \œux, son espérance et son ambition.
En terminant, qu'il me soit permis de réclamer l'attention et la confiance de tous ; elles me sont dues; je viens de traiter la plus grave des questions d'histoire, de droit et d'humanité ; je l'ai abordée avec courage, discutée avec impartialité , et je me rends ce témoignage de n'avoir écrit par aucun des motifs qui détournent l'âme du juste et du vrai.
Que Dieu protège mon œuvre !