‹ La restauration de la paroi abdominale par résection étendue des téguments et de la graisse sous-cutanée et le plissement des aponévroses superficielles envisagée comme complément de la cure radicale des hernies ombilicalesChapitre 22 sur 30 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

HERNIE OMBILICALE. — ÉVISCÉRATION. — CURE RADICALE. — LIPECTOMIE.

(Obs. de H. Moreslin.)

C. B.., âgé de 50 ans, exerçant la profession de colleur d’a ffiches et de distributeur de papiers électoraux, extrêmement obèse el profondément alcoolique, porteur depuis de longues années d’une hernie ombilicale volumineuse, dont il était fort incommodé, mais que plusieurs chirurgiens avaient refusé d'opérer à cause du mauvais état de ses poumons, est admis, le25 avril 1910, dans le service de M. Morestin à l'hôpital Tenon, salle Lisfrance, n° 1, en proie aux accidents les plus graves, douleurs vives s'irradiant dans tout l'abdomen, vomissements répétés, bilieux puis fécaloïdes, suppression complète des matières et des gaz. L'étran-

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glement datait de quarante-huit heures. Le malade respirait très péniblement, expulsant des crachats muco-purulents. Le facies était très altéré el pour tout dire le pronostie s'annonçait très défavorable.

Il s'agissait d'une «hernie de retour », récidive d’une hernie de l'enfance. dont là cicatrice ombilicale distendue formait le revêétement. Elle se présentait comme une masse, régulièrement arrondie, violacée, entourée d’un énorme bourrelet formé par la paroi abdominale chargée de graisse, bourrelet dont la séparait une rigole profonde el circulaire.

Le malade fut opéré sur-le-champ.

L'anesthésie ul abominable et si mal supportée, si inquiétante, qu'il fallut y renoncer. À chaque instant, l’opéré semblait devoir succomber à l’asphyxie. |

M. Morestin appliqua le procédé transversal en v ajoutant l’ablation d'une assez vaste tranche de téguments et de graisse, ce qui eut été nécessaire rien que pour la commodité de lopératon. Le pannicule adipeux, ayant autour de l’ombilic une épaisseur de huit centimètres, il fallait assurément se donner beaucoup de jour pour exéeuter convenablement la kélotomie. Grâce à la résection large des plans superficiels, il fut,sans trop de peine, possible d'atteindre l'anneau, d’inciser tout autour de lui la paroi musculo-aponévrotique et le péritoine, puis, après extériorisation de la masse herniure, d'ouvrir le sac de son collet vers le fond. Le sac contenait l’épiploon et une grande anse d’intestin grêle, toute noire déjà, mais viable et susceptible d’être réintégrée. Elle fut donc réduite et l'épiploon réséqué. Le péritoine et la brèche musculo-aponévrotique furent refermés. Enfin la paroi fut suturée et un drain laissé à chaque bout de la plaie.

Le surlendemain, 27 avril, l'opéré va bien. Il a été à la selle. Le ventre est indolent. Il est calme, dort, et a pu s’alimenter légè-

rement. Il paruitrait hors de danger s’il ne toussait beaucoup et ne crachait abondamment.

Mais le 17 mui, il faut désunir la plaie cutanée. Les sutures profondes on! cédé pendant les quintesdetoux etune grosse masse

d'intestin s’est inliltrée dans l'épaisseur de la paroi graisseuse,

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Elle n’est pas réductible. En plusieurs endroits se montrent des fausses membranes verdâtres, adhérentes. L'état du malade ne permet absolument pas l’anesthésie. D'ailleurs 1l ne présente pas de signes d’étranglement. On se décide à laisser exposé ce paquet intestinal.

Le 6 mai, l’état s'améliore, le malade tousse moins, les fonctions intestinales sont parfaites.

Les jours suivants, ce mieux ne fait que s’accentuer et le 20 juin la cicatrisation est terminée.

Le 17 juin 1910, nouvelle intervention. À ce moment la plaie s’est complètement cicatrisée; mais l'intestin reste inclus dans l'épaisseur de la paroi.

Le sujet ne tousse plus du tout. Il a bonne mine. Sous l’in- Îluence d’un régime assez sévère: lait, purgatifs répétés, il a notablement maigri et se trouve actuellement dans de meilleures conditions.

On pratique de longues incisions de 35 centimètres environ, délimitant une vaste ellipse à grand axe transversal, et permettant l’ablation d’une tranche considérable de peau et de tissu uraisseux.

Une sorte de sac s’est constitué au milieu de la graisse, mais plusieurs anses adhèrent à cette paroi improvisée et surtout à la cicatrice superficielle. Il faut sculpter les anses et même, pour les plus adhérentes, laisser à leur surface des plaques, des médaillons de tissu cellulo-adipeux ou fibreux. Sur une anse, dont la libération est particulièrement difficile, les tuniques superficielles sont déchirées. Il faut faire un stoppage à l’aide d’un surjet au catgut. , dl

La masse intestinale réintégrée dans l'abdomen, les bords de l’anneau ont suturés en travers, après avoir réséqué les derniers débris du pseudo-sac.

On exécute deux plans de suture, le second enfouissant le premIer. h , F2 "het 30

Les ligatures sont nombreuses. Enfin a lieu la suture cutanée, ce dernier temps étant beaucoup plus délicat qu’on ne pourra le croire à mener correctement, à cause de l’énorme épaisseur du

panicule adipeux. Deux’ drains sont placés latéralement.

Le lendemain, le malade va très bien. Il n’a pas vomi, ne souffre pas et n’a point toussé. Il est calme: le pouls est bon et la température normale.

Le 30 juin, les drains sont enlevés. La plaie présente un excellent aspect et les suites s’annoncent très simples.

Le 1° juillet, la situation est encore plus rassurante. Après une dose de calomel, le sujet a eu une selle abondante et facile. Localement, tout est parfait.

Le 7, on procède à l’ablation des fils,et le 14, l'opéré, complètement rétabli, peut se lever.

Il est sorti cuéri le 19 juillet.

Dans une lettre datée du 6 février 1911, il nous annonce qu’il travaille à Marly-la-Ville, et qu’il est enchanté de son sort.

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