PREFACE IX
effet, clans les ouvrages de M. Merejkowsky, les détails prédominent au détriment des grands faits historiques, les personnages secondaires sont parfois dessinés d'une façon plus vive et plus nette que le héros principal. Au lieu de voir un seul grand sujet historique, on aperçoit toute une série d'esquisses, exécutées avec un art raffiné, mais trop peu reliées à l'action centrale du drame.
Toutes ces observations, cependant, se rapportent surtout au premier essai du jeune écrivain, la Mort des dieux, et infiniment moins au second, la Résurrection des dieux. En comparant ces deux ouvrages, il est impossible de ne pas convenir de la supériorité considérable que présente le dernier. Il marque une tendance vers plus d'unité : on y sent un pinceau beaucoup plus ferme et plus exercé, les couleurs sont plus vives et plus riches, et ne souffrent pas de cette monotonie d'effets et de nuances si frappante dans la Mort des dieux, où l'auteur se sert trop souvent des mêmes procédés. Quant au caractère de Léonard de Vinci, il est très fouillé, et les péripéties de l'existence du maître italien sont exposées avec une grande suite dans l'analyse psychologique, ce qui permet au lecteur de sympathiser pleinement avec le héros.
Il est impossible, par exemple, de lire sans une profonde émotion le récit que M. Merejkowsky nous fait des derniers jours de Vinci, les pages où il nous décrit le contraste tragique entre les signes extérieurs de la gloire dont le graud artiste est comblé, et cette solitude morale dont il sourire jusqu'au bout, parmi des gens parfaitement étrangers à son àme. Et les pages où le romancier évoque les souvenirs d'enfance de Vinci, ne sont-elles pas d'un charme pénétrant? N'y a-t-il pas une véritable maîtrise dans les pages où