‹ La résurrection des dieuxChapitre 2 sur 4 · OFFRANDE · texte numérisé non relu

OFFRANDE

On dédie au Passant ces tablettes d'airain rude.

Il y distino^uera son confus et fug^ace fantome — puissamment sculpté à l'image d'un Dieu .

Puisse-t-il y conformer sa Destinée!

Car les hommes naissent lourds, lâches, las et courbés. Et vieux déjà de toute l'antiquité des races, ils supportent le poids des années fanées.

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Jeunes cariatides des palais ancestraux, — ils succombent et ploient aux chaînes de mémoire. Ils prennent, vivants, l'aspect qu'ils garderont dans leur tombe. L'écho des temps les assourdit. Et ils ne distinguent plus le bruit pâle des pas de leur ombre en marche... Et ils sont pareils à des pierres aveugles.

Pourtant leur ombre habite l'Eden — où elle régne, ange et dieu sur un empire de violentes flores et de léthés. Mais les hommes s'ignorent. Ils se fatiguent monstrueusement. Ils meurent, attachés à la terre profonde.

Ils apparaissent, en vérité, les glacés et noirs sarcophages dont la paroi close abrite un dieu mort.

Les dieux sont des Idées-statues. Ils gisent au bloc (violette ou lac) d'un paysage. Ils en pétrifient le mystère. Ils en consolident de parfums ou d'eaux l'âme aride et nue.

Ils Lallégorisent. Et ils en dressent la sym-

bolique opacité — naguère éparse en échos et en spectres !

Ainsi, la mer, compacte et glauque se cristallise en néréides. Et Vénus en surgit, belle sur le piédestal, que lui pétrissent les sels, les coraux et les algues !

Les Pomones portent, dans des corbeilles de bronze rustique, de fraîches et odorantes guirlandes de fruits et d'or !

Candide l'Amour incante l'Echo — dont s'éprit Pan !

Et de puissantes napées bondissent dans les prairies.

Ainsi les paysages ressuscitent aux statues. Ils en demeurent le fragile et diapré tombeau. Et ils en abritent le fantôme.

Théogonie enfiévrée et charmante ! Païenne splendeur des olympes et des paradis ! Les hommes-dieux se confrontent avec les fantômes

pâles — dont ils élurent l'escorte (Amours, flores, séraphins, faunes ou hamadryades !)

Et ils régnent, ayant rebâti le monde, sur l'Empyrée paradisiaque de leurs cristallines et opaques Idoles. Ils s'y métamorphosent et ils s'y solennisent.

Et tout cela est simple et suranné. Il s'agit de se conformer à son destin. Il n'est rien de se croire un dieu. Mais quel merveille que le connaître !

Il existe en effet par mille et par millions des divinités blanches. Mais pour chaque homme, — il n'est qu'un dieu — où incarner son âme et son rêve éternels !

Or les Poètes paraissent — léthéens et charmants. Et ils reconstruisent les olympes. Il faut qu'ils considèrent le monde comme la tumultueuse et sauvage hostie où palpitent les saignantes parcelles de leur beauté.

C'est là où ils communieront avec euxmêmes.

Car les jacinthes, les coquillages, les mers violentes et les fontaines reçoivent (comme des ciboires) leur sang transsubstantié et bouillonnant d'Été.

Voil à ce que prêchent ces puissantes tablettes .

On les offre à l'Enfant qui passe.

Et ce sont d'étincelants portails d'aurore fleurie — que l'on ouvre, en souriant, sur la nuit confuse et blême de ses sonores.

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