‹ La résurrection des dieuxChapitre 3 sur 4 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

Ainsi les dieux s'enlinceuillent d'onde ou de corail.

Ils gisent, enchaînés sous ces apparences. Ils s'y ensevelissent comme d'étranges cadavres.

Ainsi les paysages (théogoniques et blancs) s'éploient sépulcralement sur des spectres éternels.

Tout homme est le tombeau où dort un dieu.

Tombeau que solemnisent

d'emblématiques statues, et (inaugurales guirlandes d'or, defeuilles et d^auspices!

Le Temps y peint Tartifice pâle de l'Heure.

De grands cyprès blancs en ombragent le bloc. Et des colombes^ sous les cyprès, boivent l'onde en saphir d'une fontaine d'Été.

Le Destins'yallégorise. Etc'est lui qui, jadis, y suspendit des roses, ce globe de bronze bossue et noir, le glaive, l'Epée!

Ainsi se dresse l'énigmatique et lourd tombeau!

Le Fleuve du Temps y exalte des tempêtes d'écumes. — Et le

dieu dort, pompeux, parmi les blanches rocailles^ — surplombantes berges^ cyprès en fleurs!

Il faut que le Fantôme séduise la Mort. Et qu'il s'éveille. Qu'il porte impétueux l'Épée et le Globe — la Rose ou l'Épi — selon l'emblème que lui attribuent les Destins.

Or les Poètes, dieux qu'éveillent les archanges^ fracassent le bloc des apparences, et ils surgissent, miraculeux!

Ils transfigurent Tinforme masse blanche de leur solide^ compact et bucolique sépulcre.

Et ils s'y taillent, ressuscites, des Idoles peintes.

Séraphins, néréides ou nymphes — ils sont les confidents d'un paysage auguste.

Etilsbondissentparlesprairies — statues sauvages!...

Ils marchent vers de retentissantes Cités — étincelantes de toits en corail. Des cortèges d'Heures les accompagnent parmi la houille des bois et d'écar-

lates campagnes brûlées de coquelicots.

Or les Heures — chantantes les escortent.

D'énormes bœufs rouges meuglent à la lune. Puis de candides anges (car chaque paysage cache un Paradis) des Flores élyséennes et de frais séraphins apparaissent au seuil des glauques étangs clos et des forêts rudes.

Ils s'ornent — au gré de l'Heure — de résineuses couronnes de pin^ de coriaces coquillages, ou des feuilles crispées et luisantes des buis. Ils éploient sur l'azur d'éclatantes écharpes de pailles irisées. Ils sont rayon-

nants et diaphanes. Ilssedressent emphatiques, au fond des solitudes — Allégoriques Augures dont le jeune joug fatigue et enguirlande les dieux! Ils se lèvent soudain comme d'étranges présages!

Ils chantent^ messagers vers

l'Étranger dieu.

Passionnés et confidentiels, ils ricanent, glacés, ou ils s^angelisent— afin d^ avertir Tlngénu Passant. Ils lui répliquent — échos de combes et d'ouragans!

— selon l'extase dont il tressaille.

Si bien qu'il se fie à leurs prophéties — comme un tournesol à l'aurore Levante! — Car les

sels et les nacres elles plus roses roseaux des lacs nous peuventêtre terrifiants de grâce et de silence. Ils portent, épouvantablement, l'effrayant secret de nos destinées. Diaprées et pliantes apparences! — elles s'étreignent et elles tremblent. Elles nous illuminent comme des torches brillantes Apparats sinistres!...

Des présages se lèvent tristes ou triomphaux.

Leur présence enfièvre ou etïrai. Les uns chantent d'èlégiaques et de fragiles légendes dont ils s'exaltent et se désolent.

— ceux-là, le Passant ne les distingue pas. Mais il en entend

l'écho sombre en lui. Et il s'y conforme. Ainsi il défaille sur les confidences que lui font les naïades, les jonquilles et les vents. Et il les accompagne impétueusement.

Il paraît aussi des présages qui se dispersent à son approche.

Leurs augures lui sont étrangers. Il ne les comprend pas. Et ils lui répugnent. Alors il s'arrête.

Et il ne cueille pas l'algue au creux des roches bleues. Il laisse se faner la jonquille. Et il s'éloigne de la Cité stérile. Car rien de lui ne s'y illustre en calme écho. Mais il ne s'y reconnaît

plus. Etson destin — il le pressent — n'y habite pas.

Les dieux, dociles se ploient à ces jougs d'anges. Les dieux se conforment à leur destinée. Ils écoutent leurs pas dans la solitude. Et les houilles noires et les joncs blancs de leur éden les courbent humblement — tumultueux et graves !

Ils nouent leurs songeries en chaînes d'échos et d'ombres, aux fleuves, aux nuages frais et aux montagnes d'Eté. Il les nouent d'un rhythme innombrable et

clair comme un brouillardblanc.

Et ils se réfractent en mille spectres.

Il ressuscitent^ par là^ d'archangéliques olympes.

Ils sontdebondissantesstatues au fond desbois. Ils s'y enfièvrent et s'y enivrent. Ils se baignent dans l'eau pâle, friable et odorante des lacs — sous d'éclatants citronniers d^or!

La Nature pacifiée tressaille!

De puissantes forêts retentissent Et les dieux y éveillent^ par leurs chants, les échos. Ils frappent le Soleil à leur effigie. Ils sont les colossaux statuaires de l'onde. Les tournesols sonores,

leur obéissent. Ils sont les élus des roses et des bœufs!

L'énorme océan leur sourit^ par les mille petites prunelles d'eau fraîche de ses vagues vertes.

Sur d'élégiaques buis, des rosées scintillent.

L'azur eucharystique et propice les regarde. — Ils domptent le troupeau des vents rudes. Et ils font éclore de glauques mandragores.

Si bien que de dansantes et harmonieuses Pomones, leur dédient, somptueusement, des corbeilles pleines de fruits et de feuillages en bronze. Et des

dryades les accompagnent — en belle escorte — parmi le chaos des fleuves et des marbres.

Car les paysages sont des paradis. Olympes et Léthés! Empyrées et Limbes! Ils abritent édéniques, des satyres et des anges. Et il n'est point de plus magnifique sarcophage qu'une fontaine, une brume, ou une meule de fleurs.

Olympes et Limbes ! D 'éblouissantes et puissantes nymphes blanchesdormentsouslesmonts !

Elles sont pudiques et tempe-

tueuses! Parfois elles se cachent aux profondes grottes d'eau des sources pastorales.

Les frais avrils s'allégorisent par des Vierges Flores.

Des Hamadryades pleurent aux feuilles violentes et luisantes des saules. Et les vents pétrissent des statues dans d^humides blocs d'écumes, desels et de cristaux...

Ensuite Taphrodite surgit des Mers claires parmi l'aurore sacrée et scintillante des nacres.

Ainsi chaque paysage se clôt

(diapré tombeau) sur un dieu mort.

Or les païens Poètes (miraculeux statuaires d'étoiles) y sculptent, en reflets, leur statue. Et ils raniment des fantômes éteints.

Ils portent^ accroché à leur casque, la Tête — porphyre et sang — d'une gorgone aux serpents.

Ils marchent superbement sur les flots glauques des mers.

— Et leur Ombre, héroïque, se cristallise et marche

Et ils modèlent^ à leur image, des Empryées et des Edens.

Car les poètes sont des dieux qui s'éveillent. Et ils s'éveillent dans du chaos.

Chaos! Lunes dŒnfer! Effroi de la Mer convulsée! Volcans!

Gouffre en fleur des torrents!

Chocs d^ondes et de brouillards dont retentissent les astres!

Orages de verts éclairs aux houilles luisantes des bois ! Soleils — et Nuits! Tout le mystère se pétrifie — cortèges de monstres!

Des hippalectryons bondissent — au seuil de Taube — parmi les roches rouges et les herbes.

Les herbes miroitantes — étin-

cellent. D'ardentes arborescences, montent antarctiques et éclatantes des glaciers nus.

Des étoiles tournoient sur des gouffres !

L'orage fulgure. Les sapins brûlent parmi les hautes cîmes pastorales. Des thyms — dans les forêts — sont rouges. Les vents suspendent aux creuses Grottes de cristal des monts, des grappes de violettes et de roses.

Des cloches d^éclair sonnent^ scintillantes^ dans l'aurore verte.

Les roseaux sifflent.

Il y a mille et mille merveilles.

Des hyppogriffes. Des ichtyausaures. Des licornes. Et de sau-

vages vols d^archeoptérix qui tourbillonnent^ écarlates^ sur les cînies.

Eparses par les mers — de colossales roches — flottent — efflorescentes — battues d'écumes hautes!

Brumes pétrifiées ! Brouillards de pierre! Tempêtes sculptées!

Diaphanes banquises de vapeurs blanches ! — Destorrentsd'éclairs s'écroulent — foudre et fleurs — à la crête des pins. — Coriaces, flamboient les blés bénis!

Il y a des champs de serpents !

Des comètes-jacinthes! Des yeux-lacs! Des nuages tissés par des Araignées!... Et de

tonnantes mers qui hurlent à la lune !

Or le Poète combat les Monstres.

Il pacifie l'impétueux troupeau des orages. Et il porte auguste^ emphatique et pieux, l'Epée Victorieuse des gorgones et le globe luisant des Christs et des Rois.

Des brises pérorent, fugaces et blanches. Par jeu, le héros les poursuit. Il les surprend, derrière un roc^ pudiques, diaphanes, et à rinstant, où, lourdes, elles frappent contre une caverne — Ensuite de hautes roses, puis-

santés, fortes, montent, débordantes, des jaunes sillons — Il chante. On crie. On marche. Les forêts s'effarouchent. — Mais avec leurs doigts d^or, les nymphes tressent des couronnes pour le triomphe du Roi.

D^écarlates tonnerres fulgurent sur les pins. — Le Poète les enchaîne à l'hymne énorme des feuilles et de la pluie dans l'eau. Et il les dédie, tranquille^ à sa Muse.

A la crête des rocs tournoient des étoiles. — Et des roses consumées s'enflamment. Des volcans calcinent les azurs.

L'océan se décristallise. Et

toute statue (de houille compacte ou de porphyre) remémore et prédit r Éternité d\ine Heure.

Les écumes se sculptent en Océanides. Les paysages comme des miroirs font allusion. La face de Dieu apparaît à la pointe d^me algue. Pacifiée, la Nature resplendit. — Lourds d'aromates, des thyms agitent des cassolettes.

Les vagues envient leurs coquillages.

Et Tazur assombri s'empourpre.

Sous d'épaisses et pliantes charmilles des statues immobiles chuchotent. Leur joie éclate aux rires de pierre. — Les flores qu^elles apportent en des corbeilles d'or, creuses et odorantes, refleurissent.

Et leurs froides guirlandes noires palpitent. L'azur assombri s'illumine.

Éperdue, l'aube descend des cimes.

Des néréïdes soulèvent les vagues. Colossales amphores

vertes! Flammes! Orages de corail! Trombes où des tritons soufflent !

Et toute la mer glauque et énorme luit et luit à l'éclair d'une algue.

Des bûchers brûlent. Au bord des grottes, des bergers blancs ont allumé de tremblantes branches^ lourdes de résines^ rugueuses, aiguës. Des bûchers flambent. Il monte du sol, d'ardentes odeurs, des vapeurs rousses. Mauvaise et noir s'étend la nuit. Sur les coteaux s'étagent des bourgs. Rocailleuses reten-

tissent les routes. Et on entend grincer les scies.

Patriarcal, le Poète marche.

A la pointe d'un jonc scintille une étoile. — Cependant le Poète a embrassé l'aurore. Et ill'aprise entre ses bras; ill'a embrassée sur sa bouche de flamme. — Des bûcherons portent des haches de sang. — Des rondes de jeunes filles tournent dans les prairies.

Elles vont cueillir des roses blanches et humectées d'ombre — Les ceintures sont closes pour les trésors chastes — Une cloche sonne à l'agreste église, étincelante et toute pieuse d'encens,

tressée de pailles en feu^ poudreuse sous les lichens!

Mauvaises plèbes de sang et de houille! Le Poète chante. Les fêtes se taisent. Et on entend grincer les scies.

Or il s'avance. Et on l'outrage.

Et les esclaves lui jettent des pierres. Leursmauvaisesbouches débordent de cris. — Mais leur Ame, MALGRÉ EUX, est en marche vers le Roi. Puis adorante, elle s'humilie.

Les vents d'Eté tonnent dans les feuilles craquantes et empour-

prées des pins. Des coqs d'airain chantent aux hameaux. Les cyprès luisants se balancent. Le puissant meuglement des bœufs s'engouffre aux bois.

De grands moulins tournent dans les brumes — ailes lourdes qui grondent illuminantes !

Eblouissantes et blanches, des poules bucoliques sautent sur les pailles sèches des fumiers fleuris.

Et des bouleaux bruissent.

L'onde glacée et glauque des étangs, écaillée d'herbes et de rocailles, frissonnante reluit, moite et assoupie — près d'odorantes touffes de roses et de joncs!

La tempête chante parmi les

feuilles. L^ardeur des lunes ronge les rochers. Le ciel s'effrite, — poussière d'étoiles — Hercule écorche la peau poilue et noire d'un faune... Un à un s'animent les antiques roseaux...

Mais, jamaisplus ne bondiront les coqs-chevaux, — au fond des hautes forêts sonores^ arborescentes en houilles, ou d'écarlate corail.

Les soleils sont rouges.

Des brises rhythmiques, sonnent.

Or le Poète épouse, impudique ses statues.

Il faut qu'il incorpore un dieu (Erôs ou Pan!) Il faut, afin d'y reconstruire l'Eden^ qu'il se conquiert sur l'horreur des chaos.

Ensuite ilmodèleraleshommes — orgueilleuses niasses d'argile glacée^ — brique et cristal. — Et d'un souffle emphatique et frais, il en ressuscitera l'intacte et haute stature.

Il faudra, c'est pourquoi; — qu'il s'exile des léthés. et qu'il s'engendre en Ombre — pour aller vers les Ombres!

Et il deviendra, tumultueux^ son propre Christ et son Temple éternel!.. .

Les Héros — aux légendes naissent d'une vierge et d'un dieu. Ils en érigent la muette statue confidentielle. Ils se dressent — tempétueux et blanc !

Ils sont pétris de houille opaque et de corail.

Et ils s'expliquent — selon un rituel erotique — par de fragiles échos noués en bruissantes guirlandes de soies et de violettes.

Ils abritent, sarcophages des dieux.

Christs-Messagers ! . . .

Ainsi le Poète édifie un monde.

Puis il descend vers le spectral troupeau des hommes. Il les ploie et les sculpte au joug de son destin.

Car ceux-ci sont vils, — informes blocs de boue sous l'orage des foudres! Et ils ont la dureté des pierres.

Parcequ'ils ne tressaillent pas au milieu des troupeaux, des rudes roches roussies et sonores.

et des campagnes -de coqs, de roses et de moissons — ils ignorent l'églogue des édens terrestres. Et ils n'en sont point les élus. Mais il s'agitent, comme de tremblants et froids fantômes au fond de leurs tombeaux d'airain.

Ils manquent de grâce. Ils ont l'aspect grossier, rustique et lourd. Ils dédaignentlesvolcans.

Les Flores ne les aiment pas. Ils ne distinguent pas les Pomones dont les retentissantes corbeilles débordent de fruits et de raisins!

Prodige énigmatique et sombre ! — ils frôlent perpétuellement des dieux. Et ils n'en sont point consumés...

...Ils n'entendent pas le bruit de pluie et de ténèbre que font leurs pas mornes, sur les dalles des tombes.

Voilà pourquoi les Héros (Messagers de Joie), marchent et parlent vers Tenfer des hommes.

— Parmi les blés et les hameaux de chaumières claires dont les toits de tuile fraîche ou de coriace paille sèche silencieusement s'allument — dans l'éclat blanc des lunes !

Si bien qu'ils forgent ces blocs de bronze et de boue rouges!

Ils s'y érigent d'opaques et cristallines Idoles. Ils incrustent

aux noires orbites nues, des violettes et des joyaux bleus. Et leur souffle emphatique les dompte et les anime...

...C'est ainsi que toutes ces statues — viles converties — les suivent en acariâtre et hypocrite escorte.

Et elles les lapident de montagnes et d'ombres.

Prométhée! Pygmalion! Pudique et colossal Orphée crucifié dans les hauts blés rouges par les bacchantes et les bergers!

Tous les Héros meurent massacrés par l'insurrection de leurs propres spectres.

Ils marchent aux bourgades embaumées et blanches — où de vieilles églises grises se dressent

vêtues de pins, de roses et dé lichens !

Des chaumières, claires, ruissellent, s'illuminent de soleil.

Les bœufs sacrés oublient les thyms et les luzernes. Et ils ne pâturent plus. Et il y a, quelque part, de bucoliques moulins de pierre verdâtre et bleue, qui virent, bruissants et frais sur Tonde herbue, moite ettranquille des mares profondes.

Des sauvages vents tonnent dans les blés.

Les coqs sonores et éblouissants chantent aux clochers.

Des moulins de gramen tournent sur les étangs verts.

Et les coqs chantent vers les Héros. Et les grands bœufs rugueux — humiliés — les adorent.

Et toutes les cloches d'argent des églises pastorales s'ébranlent, tonnantes et graves — de village en village.

Car les Héros sont les Elus des fleurs, des nymphes et des troupeaux. Et ils portent le globe et l'horloge des Christs.

Mais les hommes les chassent.

Ils marchent, tempétueux, parmi leurs Reflets !

O les géants rustiques lapidés aux blés écarlates.

Ils supportent (tel Atlas) l'énorme globe étoile qu'ils sculptèrent au chaos.

Titans crucifiés sur les Cîmes!

Miraculeuses cariatides rouges!...

Or de puissantes forêts les couronnent de feuillages! Et les tournesols — éblouis — les saluent.

Et les torrents, lorsqu'ils s'y penchent, érigent leur ombre opaque et durcie en statue.

De massives meules d'Été (roses, coquelicots et foins) brûlent, tranquilles, danslesplaines.

Et de grands vents verdâtres soufflent aux feuilles vives, craquantes et empourprées despins .

Car les Héros, resplendissent comme l'Amour.

Ils ont des grâces lustrales, terribles! Ils s'abandonnent à l'étreinte palpitante des pluies. Ils pacifient, candides et éperdus, les gouffres. Ils portent acroché à leur casque, la Face glauque et sauvage d'une gorgone massacrée. Ils courbent aux jougs, pour les labours, les bœufs, les dragons, les centaures.

Et ils soiit riches des toisons d'or qu'ils ont conquises.

Ils se dressent au seuil des cavernes de l'ombre.

Et l'Étoile du matin scintille!

Ils sont les chevaliers d'Eternité.

Ils portent les paysages déployés en bannière.

Une violette est leur croix.

Le Soleil leur écu.

Et l'Océan leur coupe.

Leurs chants s'enguirlandent des guirlandes d'Eté.

Ils les défient à la Victoire. Et leur pudeur s'en exaspère. Et on crie. Et ils s'émerveillent. Et ils s'exaltent ingénument. — Ainsi les hautes forêts sonores se glorifient de la nativité impudique des dryades. Et la mer se métamorphose en de puissantes idoles pétries d'algues et d'écumes.

C'est ainsi qu'il faut resplendir, Etre une Victoire, Epouser son Spectre^ Etre un Dieu!

Or les Héros enchantent les

monts. Ils terrifient et émerveillent. Ils s'apparaissent, écarlates, dans des astres! Ils marchent, farouches et éclatants! — aux mousses gelées, parmi les herbes, les cavernes d'or! Ils sont les statuaires de leur Destinée.

Ils sont les fiancés de leur écho.

Constructeurs - destructeurs des Cités! Au bruit bucolique de leurs trompes de bronze, des palais s'écroulent ou surgissent.

L'orage hurle sur l'eau.

Des statues détachées des roches^ bondissantes, se dressent

dans les bois! Et ils domptent, pompeux^ le troupeau des brumes!

Parcequ'ils incarnent (écho et masque) un dieu de séraphiquè enfer — ils leur suffit taciturnes/ d'apparaître sur l'eau creuse et acide d'une source — pour expliquer l'Éternité !

Ils se transfigurent — éblouissants et beaux!

Leurs chants éternisent les triomphes. — L'aurore déclot ses claires ceintures. — Ils errent parmi l'aridité des lacs. De massives meules de foins d'héliotropes rouges et d'orges^ — silencieusement brûlent souslalune.

Des bruyères d'or fleurissent les rocs. Et de coriaces vents rauques sifflent auxfragilesjoncs

blancs des mares pâles et herbues.

Les gracieuses Vierges des Heures (nées au bord du Léthé) nuptiales et tentantes les escortent. Et des satyres gorgés de menthes et de raisins. Et les Flores offrant des corbeilles d'automne.

Alors les Héros sacrifient.

Pompeux et harmonieux — ils vouent à leur Destin de profondes hécatombes de bœufs et de colombes.

Et la Terre immortelle (étincelante, hérissée et rude) vaporise vers l'azur, l^encens sacré de ses vignes fortes — et des cratères,

des mers^ des houilles et des érables.

Or les Héros implorent les dieux — dont ils sont le spectre etl'éden.

Ils crient au rochers et aux nymphes !

Ils chantentla Mort etle Chaos .

La tranquille catastrophe des anges. Le paradis — selon la légende de Tenter! Et le cycle héroïque des flores! L'affreux combat des titans rustiques et des monstres — Et leur massacre!

Les cyclopes captifs dans de creuses grottes d'or.

Les mers tonnantes, bondies, en tumulte, à la lune !

Le craquement glacé des forêts d'hiver! Cyprès et pins! Bûchers de roses illuminantes dans du brouillard! La blanche foudre en fleur sur les mares sauvages !

Puis de tragiques histoires (d'empereurs maudits des mauvaises foules) miraculeusement pétrifiés en effrayantes cariatides d'ombre.

De laboureurs qui furent brûlés et étranglés par les flores liantes et écarlates de leur champ calme.

De blés-serpents! De pailles enflammées ! Et de vignes T

Puis Hercule! Puis Orphée!

Les Gorgones! Les Sirènes! La métempsycose des paons en aurores ! Et les sels des vagues ! Et les vents verdâtres ! . . .

... Et ils chantent encore.

Ils chanlentlamortetlechaos!

Les volcans verts dédiant des violettes au Soleil! Les coquillages glacés et roses comme des cloches d'eau. Le tonnerre aux forêts de marbre. Et les violentes brumes d'or qui calcinent les campagnes.

Ensuite, ils chantent, plus pieux encore! le Pain sacré des moissons mûres. Les houilles blanches, les granits et les pâles

blocs de perle des carrières delà lune. Les oliviers voués aux couronnes! D'écarlates bœufs!

Des coqs d'airain! Et mille merveilles

C'est alors qu'ils décrivent aussi, les tombeaux où dorment les dieux morts! Et les dieux incantés surgissent des poudreuses et étincelantes roches, des étangs d'eau rugueuse, glacée, des pins odorants, des montagnes!

Les hécatombes fument^ profondes, vers l'Azur.

- Pompeux, les Héros pontifient.

Ils solemnisent tout ce qu^ils chantent. La Nature (vivante et

théogonique), tressaillante, s^engouffre, et tonne dans leurs strophes.

Et ils en demeurent l'orage et la fleur.

Ils portent leur sphère sculptée au bloc dur du Chaos.

Ils incarnent le Destin d'un Dieu. Mais les divinités habitent en paradis. Or les Héros les reflètent sur la terre. Et ils reçoivent, comme des Ciboires, le Sang sacré!

Ils portent leur Sphère sculptée et leur Hostie!

Ils resplendissent.

Ils prophétisent de bucoliques et de blancs Olympes !

Ils sont leur propre écho, leur Christ et leur Eden!

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