‹ La résurrection des dieuxChapitre 4 sur 4 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Il faut se détacher de son bloc humain (bronze ou or sépulcral) afin de le forger à l'effigie des dieux, de s'y apparaître en statue, et de monter, grave et auguste, à son piédestal de héros! — Voilà l'éthique solemnisée par des mythologies de rivières et de parcs.

Il faut recréer l'Univers.

Ainsi parlent Jéhovah, Pan, Saturne et Bacchus !

Hercule et Christ et Prométhée — tous les poètes et tous les dieux !

Assurément les fleuves luisants et les jardins considèrent l'Univers comme leur Ombre et leur tombe.

Des divinités s'y abritent. Elles n'ont pas l'aspect que nous leur prêtons. Mais elles se ploient en fruits, en ondes ou en feuillages.

Comme elles allégorisent un paysage vao-ue — elles en restituent l'idéale stature. Et'ainsi, il paraît certain que les blés rudes ne s'adorent pas dans l'harmonieuse et blanc-he Cérès que nous rêvons. Mais ils nous distinguent en échos. Nous leur apparaissons confusément. Ils nous modèlent et ils nous sculptent.

Aussi faut-il se persuader de la solemnité des Empyrées de Bœufs, d'anges-crapauds et de gorgones-fleurs, de Pomones-Coqs, de Flores- Coraux et de néréïdes-coquillages. Miraculeuses magnificences ! Edens de monstres !

Après cela peut-être est-il naïf et faux — à l'homme — de dompter la nature et de s'y

déifier.

Sortir d'un sépulcre (arbre ou fleuve) ; s'ap-

paraître aux Olympes; et puis en redescendre — voilà les trois stations de la première Étape !

Il ne faut pas s'y attarder, car les Poètes pastorisent trop. Et ils ont trop chanté les campagnes, le chaos, les violettes et les vents selon le ton spécial (fragile ou emphatique) des roseaux de leur flûte, ou de leurs claires, glacées et colossales trompettes.

Il conviendrait qu'ils interprètent l'Eternité.

Les lacs leurs expliqueraient l'aridité rauque et rocheuse de leur silence. Les tempêtes qui tintent aux feuilles des forêts retentiraient sur eux comme à l'écho des combes. Des nymphesrochers leur chanteraient des paroles. Des bacchantes-brumes. Des océanides-goëmons î Et les grands blés (liés aux profondes et odoriférantes meules blanches) brûleraient vers leur Destin des pailles et des Parfums — pour qu'ils en solemnisent les Pains et les moissons.

Ainsi toute la nature (foudre et fleur) tonnerait dans leurs strophes d'airain.

Ils apparaîtraient de sauvages Panthées! Statues consubstantielles aux mondes ! Hosties saintes! Eucharystiques prophètes prédits dans les édens.

Puissent maintenant ces puissantes tablettes (de glauque émeraude ou de brique rouge) se déployer — comme un portail — sur d'écarlates campagnes de coquelicots^ de roses violentes et de corail !

Puissent ces paroles (comme un orage) réveiller des dieux endormis !

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