ASPECT GÉNÉRAL. INTERROGATOIRE
Il s'agit, le plus souvent, d’une femme d'une trentaine d'années, qui est restée, pendant une période assez longue, sans concevoir.
Deux cas peuvent se présenter selon que la femme se sait enceinte (en général, grossesse ayant dépassé le cinquième mois) ou selon que la femme ne sait pas, au juste, si elle est enceinte ou, au contraire, atteinte d’une affection génitale.
Avant le cinquième mois, la femme consulte parce qu'elle a eu des troubles abdominaux, avec parfois atteinte de son état général ; troubles qu’elle peut d’ailleurs attribuer à son appareil génital, devant l’anomalie de sa menstruation.
Si elle se sait enceinte, elle vient parce qu'elle a presque toujours eu une grossesse difficile, compliquée, douloureuse.
Il faut interroger avec grand soin cette femme.
L’anomalie des règles est un point capital. Cette femme, habituellement bien réglée, a vu ses règles supprimées, puis réapparaître sous forme d’écoulements rouges brunâtres durant deux à trois jours et disparaissant pour réapparaître au bout d’un laps de temps variable. Les règles ont pu même disparaître complètement pendant deux à trois mois ; en tout cas, le point important est l’anomalie des règles dans leur fréquence, dans leur quantité, dans leur durée, dans leur continuité, dans la qualité du sang perdu.
Il y a eu parfois, en effet, expulsion, dit la malade, de « sortes de peaux, de lambeaux de chair ».
Puis tout rentrait dans l'ordre et ces phénomènes se reproduisaient à des périodes variables. Le sang émis pouvait être « marc de café », peu abondant, expulsé par inter-
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mittence, quelquefois même à l’époque des règles: ce qui fait penser à la femme qu'elle n’est pas enceinte.
Enfin la femme peut perdre continuellement du sang rouge qui s'écoule goutte à goutte (hémorragie distillante de Pozzi).
Le plus souvent, cependant, la femme a constaté l’apparition de signes de la grossesse (augmentation de volume des seins, vomitus matutinus, ligne brune sur le ventre, mouvements fœtaux précoces, etc., etc...) et elle a fait venir son médecin qui croit à une fausse couche.
Quoi qu'il en soit, il est rare que la malade n'ait pas ressenti, coïncidant avec ces pertes sanguines, ou avec cette anomalie des règles et l'apparition de signes subjectifs de la grossesse, des douleurs, surtout abdominales, plus ou moins violentes, accompagnées de tendance à la syncope.
Ces douleurs siégeaient surtout dans la partie inférieure de l'abdomen, et prédominaient d’un côté. Ce peut être des contractions douloureuses qui confirment au médecin le diagnostic probable de fausse-couche.
Mais, ces douleurs s'arrêtent et la grossesse continue.
Ces douleurs, qui siègent dans le bassin et dans le basventre, s’irradient dans leslombes, dans les reins, dans l’aîne, dans le haut des cuisses, dans la jambe ; leur siège peut cependant être élevé, à l’épigastre, à l'épaule du même côté (symptôme phrénique) ; elles sont spontanées, très vives, rien ne les calme ; aussi marquées la nuit que le jour. Elles peuvent être continues ou, au contraire, apparaître par crises analogues aux coliques appendiculaires ou salpingiennes.
La femme éprouve une sensation de picotement, de brûlure, de « rongement ».
. Ces douleurs sont prises parfois pour de simples coliques, habituelles à l’époque des règles ; pour des coliques intestinales.
Le médecin consulté à cette époque, porte les diagnostics les plus variés : colique néphrétique, appendicite, colique hépatique, salpingite, etc.
Ces diagnostics semblent d'autant plus probables que la réaction péritonéale périkystique détermine des phénomènes de compression des organes voisins. Compression du
rectum : constipation ; compression de la vessie : dysurie. On a même vu assez souvent des crises diarrhéiques.
Ces douleurs et ces pertes sanguines avec tendance syncopale, correspondent en réalité à une pelite hémorragie intra-tubaire, décollant partiellement le placenta ou à une rupture tubaire progressive ; la grossesse péritonéale secondaire est dès lors constituée.
L'interrogatoire apprend encore que la grossesse semble n'avoir plus évolué depuis quelques mois, que les symptômes subjectifs ont régressé : le fœtus est mort et retenu. Quelquefois même, la femme après un certain temps a vu réapparaître normalement ses règles, et c’est cette histoire compliquée, invraisemblable où la grossesse finit par sembler douteuse qu’elle est venue exposer au médecin.
Dans d’autres cas, au contraire, ceux où la femme se sait enceinte, la grossesse a pu aller à terme, souvent accompagnée d'ailleurs d’un cortège de symptômes anormaux parmi lesquels les douleurs et les pertes ont continué à tenir le pre-
mier plan. On a cependant vu des grossesses ectopiques
se développer absolument normales, ce qui constitue une forme clinique de la grossesse ectopique, extrêmement difficile à diagnostiquer.
Cette femme connaît sa grossesse ; elle a perçu les mouvements actifs du fœtus. |
Elle a eu de nombreuses crises douloureuses dans le ventre, des crises d'entérite, dit-elle, car elle avait des périodes de constipation opiniâtre terminées par des débâcles fétides et des vomissements bilieux.
Elle a continué à perdre durant toute sa grossesse.
Puis, arrivée à terme, elle a eu des douleurs violentes rythmées,répétées ; elle a expulsé des débris de membranes, mais pas de liquide amniotique. Ces douleurs ont duré quelques heures ou quelques jours; le fœtus aeu des mouvements convulsifs, puis tout est rentré dans l’ordre ; la femme, au contraire, se sent mieux qu'elle ne s’est jamais sentie depuis le début de sa grossesse.
Elle vient consulter parce qu'elle est à terme depuis un mois ou deux et qu'elle ne comprend pas la prolongation de cette grossesse.
Cette prolongation anormale de la rétention d’un fœtus à
Me YA:
terme fait penser au diagnostic de grossesse ectopique avec rétention du fœtus mort.
D'ailleurs, si on interroge la femme,on apprend que les phénomènes de la grossese ont subi une régression.
L'abdomen diminue de volume ; la femme ne sent plus remuer; les seins augmentent de volume dans les deux ou trois jours qui suivent; il s'écoule par le mamelon une quantité notable de liquide jaunâtre mal lié (Colostrum).
Deux mois après la mort du fœtus, les règles se sont rétablies normalement.
Les varices s’affaissent ; l’albumine, s’il en existait dans las urines disparaît.
Les troubles sympathiques de Ja grossesse s’atténuent tout à coup et disparaissent : nausées, vomissements, plyalisme, tout s'évanouit.
La femme éprouve la sensation d’un corps inerte qui ballotte bratalenent dans son ventre. ;
II faut bien se garder,cependant, de croire à une rétention de fœtus mort alors qu’il n’en estrien.
Les cas de diagnostic de rétention fœtale de longue durée sont très difficiles à diagnostiquer, surtout chez une femme qui a ignoré sa grossesse.
Il faut interroger minutieusement toute femme qui a eu des métrôrragies fréquentes, prolongées, douloureuses.
Les renseignements fournis par l’interrogatoire se com-
pliquent du fait que,lors de l’examen,la femme peut à nou-
veau être enceinte d’une grossesse utérine normale. On a, en effet, vu des femmes avoir jusqu à trois et quatre enfants vivants tout en conservantun lithopædion dans l'abdomen.
N. B. — Dans les commémoratifs on a signalé l’ictère de la grossesse ectopique, l’anurie lors de rupture tubaire etle besoin impérieux que la femme éprouve d’uriner lors de la rupture tubaire.
Enfin, Aldenhofer a déterminé qu'il y avait toujours de l’acétone dans l’urine lorsqu'il y avait du sang libre épanché dans la cavité péritonéale.