LILLE ET THIONVILLE
I. Félix Wimpflfen. — La place de Thionville. — Sa garnison. — Sommations. — Bombardement. — Blocus. — Krieg, Moreau, Sémélé, Hoche. — Les enfants de la Fensch. — II. Les Autrichiens en Flandre. — Leurs premiers succès. — Le corps du duc de Bourbon. — Lille. — Les travaux du siège. — La sommation. — Bombardement. — Héroïque constance de la population. — Les renforts. — Levée du siège.
I. Les Prussiens et leurs alliés rebroussaient chemin vers la frontière et suspendaient une campagne qu'ils n'étaient pas en état d'entreprendre. Il reste à dire comment ils furent repoussés devant deux places qu'ils n'étaient pas en état d'assiéger : Lille et Thionville.
Le commandant de Thionville était le baron Félix- Louis de Wimpfï'en. Successivement lieutenant en second au régiment d'infanterie de Deux-Ponts (1757), lieutenant en premier (17o9), capitaine ;i7661, et colonel en second (1776) au régiment de La Marck, brigadier (1784), maréchal de camp (1788), il avait pris part à la guerre de Sept- Ans, à la campagne de Corse, aux sièges de Mahon et de Gibraltar. Député du bailliage de Gaen aux Etats généraux et membre du comité militaire de la Constituante, il avait reçu depuis le 48 mai 1792 le commandement de Thionville. Il n'était, dit Dubois-Crancé qui le connut de près, « ni aristocrate, ni patriote ; il n'a
jamais eu que son intérêt personnel en vue, et il cachait, sous la bonhomie d'un Allemand, toute la finesse d'un Gascon* ».
Les princes français comptaient que Wimpffen leur livrerait Thionville et certainement il avait prêté l'oreille à leurs propositions. Il entretint, pendant le siège, par l'intermédiaire du graveur juif, Joseph Godchaux, de secrets rapports avec le comte d'Artois et le maréchal de Broglie. Un an plus tard, il dirigeait la petite armée des Girondins, choisissait Puisaye pour chef d'élatmajor et ne cachait ni à Louvet ni à Buzot ses inclinations royalistes *.
Le gouvernement connut les menées de Wimpffen, mais il n'osa les puuir. Il le nomma lieutenant- général (20 août) et, après le siège, sur la proposition de Kellermann, l'envoya prudemment dans l'intérieur, à Bayeux, commander l'armée des côtes de la Manche.
Wimpffen aurait probablement rendu Thionville, si les assiégeants avaient eu l'air de Tassaillir sérieusement. Ils ne déployèrent devant la place que les moyens d'attaque les plus misérables et ne firent qu'un simulacre d'investissement. Wimpffen garda son poste et répondit aux émigrés à coups de canon '.
Thionville est dans une petite plaine que bornent à Touest des collines couvertes de bois , à l'est la Moselle, au sud, un afûuent de la Moselle, la Fensch. C'était alors une des meilleures places de la frontière
* lunp^, Duhois-Crancé, I, 96. Wimpffen était né le 5 novembre 1744 à Minfeld, dans le pays de Deux-Ponts.
* Godchaux, mal payé, dénonça Wimpffen à la Convention (voir arch. nat., AF, II 281, les pièces relatives à celte affaire). Comp. sur les rapports de \Vimpffen avec l'émigration Vivenot, Quellen, II, 207. Esterhazy à Spielmann t dièse Tentative grûndete sich auf eio Einverstandniss • ; Kellermann à Servan (lettre confidentielle du 24 septembre, arch. p:uerre) ; Beaulieu, IV, 180 ; Neuilly, 49 ; d'Allonville, 111, 73-74 ; Fersen au prince régent de Suède {Fersen, II, 33 et 362]; sur le rôle postérieur de Wimpffen Louvet, Mém,^ édition Barrière, p. 269 ; sur le siège de Thionville Teissier, Histoire de Thionville (Metz, 1828), Minutoii, Renouard, etc.
3 « Quant à moi, écrivait-il à Lavergne le 19 août, je reste in statu quo ; je n'ai rien dit, rien proposé à ma garnison, parce que je ne puis lui dire rien de fondé et rien d'avantageux ; j'attends les événements » ^Teissier, 4^^V