I. Hinnilitè de Jc.'nis dans V Incarnation
Le Sauveur. — J'ai tant goûté l'humilité, je l'ai trouvée si nécessaire que je me suis anéanti jusqu'à prendre la nature humaine pour pratiquer l'humilité. Je puis dire que je l'ai aimée infiniment, comme j'aime infiniment mon Père et sa gloire et le salut des âmes qui lui sont chères. 0 mon
XX vil'' MÉDITATION . 275
Père bieii-aimé, disais-je au ciel, votre gloire est outragée, votre nom est méprisé, votre service est négligé î C'est un outrage infini qui vous est fait par l'orgueil humain. 11 faut que les liommes s'humilient, et que leur humiliation revête un mérite infini. 0 sainte humilité, que tu es belle, que tu es grande, puisque tu as le pouvoir de relever la gloire de mon Père et de sauver les hommes! Ta beauté me ravit, je te veux épouser. Je prendrai la nature humaine et je m'humilierai. Etant égal à mon Père, je partage sa gloire; en devenant l'égal des hommes je partagerai leur humiliation. En moi, cette humiliation deviendra réparatrice et rédemptrice, et je ferai part de ses fruits à mes û'ères.
Ce sont ces pensées que l'apôtre Paul a lues dans mon Cœur et qu'il a révélées à ses disciples de Philippes. (Phili. n. 5-9.)
Devenu ainsi l'amant de l'humilité, je partis comme un géant à sa conquête. Je choisis le sein immaculé de Marie pour y descendre dans l'humilité, et j'envoyai mon céleste messager lui annoncer ma venue.
Puis en entrant ainsi dans la vie, je dis à mon Père : les hommes vous ont offensé
2ib LA RETRAITE DU SACRÉ-CŒUR.
et comment pourraient-ils réparer par euxmêmes? Ils vous otfrent des sacrifices d'animaux, vous n'en voulez plus. Et quand ils s'offriraient eux-mêmes, ce seraient encore des victimes souillées et de peu de prix. Eh bien! me voici prêt à réparer votre gloire à leur place. Je deviens leur frère et leur chef. Acceptez mon sacrifice. Je l'accomplirai dans l'obéissance quotidienne.
Mon Cœur se fera une loi de vous servir. Pour vous témoignei- mon amour et pour sauver mes frères, j'ai soif de m'humilier et d'obéir jusqu'à la mort : Ecce venio ut faciam voluntatem tuam. (Heb. 10.)
Vous ne pouvez pas comprendre entièrement quel anéantissement c'était pom* moi de prendre la nature humaine. L'abaissement était infiniment plus grand que si un homme se faisait insecte ou ver de terre.
De plus, en me faisant homme, je pouvais me faire homme parfait, sans passer par l'enfance, je pouvais naître roi dans un palais, je ne l'ai pas voulu. Je voulais m'humilier le plus possible pour réparer surabondamment la gloire de mon Père et pour accumuler les mérites en votre faveur. J'inspirais les mêmes sentiments à ma Mère.
Ma grâce l'avait ornée de cette vertu d'iiumilité (jue j'aimais, et elle y avait correspondu parfaitement. L'hmnilité de son cœur, de sa prière, de ses dispositions ravissait mon cœur. Elle exprimait son humilité dans son chant d'actions de grâces : Respexit Dominus humilitalem ancillœ suœ.
Une fois incarné, d'aillem-s, ce n'est plus seulement par esprit de réparation que j'aimais l'humilité, c'est parce que la natm'e humaine étant infiniment faible et dépendante, l'inimilité lui convient essentiellement. J'affirmais d'autant plus volontiers ce sentiment d'humilité et de dépendance que les autres hommes l'oublient.
J'acceptai même de bon cœur et d'accord avec mon Père un autre devoir d'humilité. Je voulus bien me solidariser avec vous et me regarder coname un péchem^ en prenant sur moi la charge des iniquités de mes fi'ères. Le prophète Isaïe l'avait indiqué : Iniquitaies eoriim ip.'^e portabit. (53. 16.) L'apôti-e saint Paul l'explique : Eum qui non noverat peccaiuni ^ Deus pro noUs peccatum fecit. (Ad. Cor. n, 5. 21.)
C'est cette humiliation acceptée volontairement qui devait me conduire aux in-
^'omparablcs souffrances morales de mon
ag-onio.