I. Notre-Seigneur s'est fait pauvre pour réparer nos péchés
Le Sauveur. — N'étais-je pas venu pour réparer le péché , et pour vous donner l'exemple de la réparation? Une des sources les plus fécondes du péché, c'est la richesse, c'est l'abondance, ce sont les biens de ce monde. Les hommes s'attachent à ces biens au point d'oublier leur Créateur à qui ils les doivent. J'étais avide de privations pour réparer toutes vos cupidités. Je voulais pouvoir dire à mon Père : " Pour que vous pardonniez à mes frères l'abus qu'ils ont fait des richesses, je me prive de ces richesses qui devraient être toutes à mon service. ^ C'était un dessein arrêté dans mon Cœur de vivre et de mourir pauvre, et je commençai à exécuter ce dessein dès ma naissance.
On eût pu croire que j'eusse mieux gagné les hommes par l'éclat de la puissance et de la richesse, mais mes vues sont différentes
des vôtres. Je voulais réparer tous vos péchés d'avarice, de sensualité et de vanité.
Je voulais naitre pauvre. Aussi voyez comme j'ai tout disposé dans ma providence. J'ai dirigé les événements de manière à naître à Bethléem, loin de la maison paternelle, et à un moment où il n'y am^ait de place à l'hôtellerie que pom^ les riches.
J'ai choisi pour mon premier palais une étable; et pour mon lit, la crèche des animaux. Je reposais sur la paille. J'étais couvert de pauvres langes. C'est là que je voulais recevoir la première visite de mes meillem's amis, les humbles travaillem^s de la campagne.
Non seulement j'acceptais cette pauvreté réparatrice, mais je l'aimais. Saint Paul vous dit comment j'ai pris ma croix avec joie : proposito sibl gaudio, sustinuit crucem. (Hebr. 12.) J'aimais aussi la pauvreté et les incommodités de l'étable de Bethléem. Ma crèche faisait la joie de mon cœmd'enfant, parce qu'elle vous sauvait et vous rachetait.
IL La pauvreté est aussi un moyen de préservation et une source de grâces.
Et la pauvreté n'est pas seulement une réparation, elle est encore un moyen de préservation, une source de mérites et de gi'âces.
Elle est un moyen de préservation contre les embûches et les tentations infinies de la richesse. L'apôtre vous dit que les riches tombent dans les filets du démon . Divites incidunt in laqueum diaboli. (I. ïim.) Le livre de l'Ecclésiastique vous a dit aussi les séductions de la vanité : Omnia subjacent vanitati. (Eccli, 3.)
Ceux qui ont l'esprit de pauvreté, c'est-àdire ceux qui aiment une vie simple et modeste écliappent à toutes ses séductions. C'est pour cela que je les ai proclamés bienheureux : Beaii pauperes spiritu.
La pauvreté acceptée et aimée est encore ime source de grâces et de mérites. C'est un sacrifice uni à mon sacrifice et il en partage toutes les fécondités. C'est une source de bénédictions pour vous-même. C'est aussi un moyen d'apostolat. C'est le salut pour les âmes que vous voulez secourir. L'apôtre saint Paul en faisait l'application quand il disait : j'offre tout ce que j'ai à souffrir pour le salut des âmes. Omnia sustineo pr opter
electos ut et ipsi salutem consequaniur . (II Tim. 2.) Il parlait de la pauvreté aussi bien que des autres épreuves de sa vie.
La pauvreté facilite l'oraison et la contemplation. Elle délivre des sollicitudes du siècle et des affaires. Celui qui est occupé des biens temporels n'a pas de liberté pouis'élever jusqu'à moi. J'attends en vain à la porte de son cœm% il n'est jamais libre. Je l'ai dit dans la parabole du semeur : la bonne parole qui tombe en cette àme est semblable au bon grain qui tombe dans une terre couverte d'épines. Ces épines sont les sollicitudes temporelles.
Enfin, c'est en récompense du détachement et du sacrifice des biens terrestres que j'ai promis à mes apôtres une place de choix au ciel. Saint Pierre me demandait avec confiance quel serait le fi'uit de leur pauvreté : Ecce nos reliquimus omnia, quid ergo eiHt nobis. Et je leur répondis : Vous aurez au ciel des trônes de rois et de juges. Sedebitis super sedes duodecim, judicantes duodecim tribus Israël. (Matth. 19.) Pour tous ces motifs encore je goûtais et j'aimais la pauvreté dans mon cœur d'enfant. Je me réjouissais de me voir sur la paille de l'éta-
ble auprès d'humbles animaux. Je prévoyais les grâces infinies de préservation et de sainteté qui en résulteraient pour tous les imitateurs de mon esprit de pauvreté.