I. Le sacrilège est un mal affreux
Le Sauveur. — C'est d'un sujet bien triste que je dois vous entretenir aujouri*hui. Tout ce qui rappelle le disciple in- ^at et infidèle est pénible à considérer. Le sacrilège se commet assez facilement ,
plus facilement que vous ne pensez, surtout dans la confession, dans la communion et la messe et dans la violation des vœux et des obligations religieuses. Et le sacrilège me rappelle toujours l'horrible ingratitude du disciple infidèle.
Dans la confession, le défaut de contrition véritable et de ferme propos, n'est-il pas assez fréquent? S'il y avait vraiment contrition et ferme propos, les rechutes seraient-elles si promptes et si multiples?
N'y a-t-il pas aussi souvent mauvaise confession par une fausse conscience? On s'illusionne, parce qu'on le veut bien. Par exemple, sur la charité, le respect, on y manque par des jugements, des critiques, des médisances, et on ne le regrette pas. Sur la chasteté, on pèche par pensées^ regards, consentement, complaisance, s'eh accuse-t-on com])lètement? Sur la justice et la pauvreté religieuse, on pèche par bien des fraudes et des habiletés, on pèche en gardant des objets qui appartiennent â autrui, en détruisant des objets par négligence. Sur le travail et l'emploi du temps, que d'illusions aussi, quel laisser-aller!
Dans la commimion et la messe, ne s'j
pi'éseiite-t-on pas quelquefois en état de péché mortel, par insouciance, par ignorance coupable, par négligence de se confesser ?
Dans l'accomplissement des obligations religieuses : l'obligation substantielle de tendre à la perfection, n'est-elle pas souvent oubliée? Et les règles ne sont-elles pas souvent méprisées en pratique ou par conversations ?
Le sacrilège est un mal affi'eux, tant par l'injure qu'il fait à Dieu que par le tort qu'il cause à l'àme.
En paraissant m' adorer, moi votre Sauveur, vous me donnez, autant qu'il est en vous, le coup de la mort.
Saint Paul le reprochait déjà à quelques chrétiens d'alors : Rursum crucifigenies sibimetiptis Filium Dei et osientui habentes. Et saint Chrvsostome le disait de certains prêtres de son temps : Interimunt quem adorant.
Dans une communion indigne, vous me recevez en vous pour m'y faire mourir, et Satan pour l'y faire régner. Post buccellam introivit in eum Satanas. (Joan. xiii.)
Me recevoir indignement, c'est me livrer
aux crachats, c'est me jeter dans la bouc de l'égoût ; les Saints vous le disent : In faciem Salvatoris spuit. (Pet. Blés.) In cloacam sanguinem Christi fundere. (Saint Thomas de Villeneuve.)
C'est renouveler ma flagellation et mon couronnement d'épines. Rappelez-vous comment Marguerite-Marie me vit tout déchiré par les communions indignes de quelques âmes consacrées. Elle me vit tout sanglant et ressemblant à un homme qui aurait été; traîné à travers des clous et des épines.^ Voudriez-vous me causer cette souffrance^ et m' imposer ce traitement?
C'est renouveler la trahison de Judas. Il venait à moi hypocritement pour gagner ses trente deniers. Pesez bien le dégoût que: mon cœur éprouvait pour lui, quoique j( n'en fisse rien voir. Il en est de même poi les sacrilèges !
Et quand c'est un ami qui me trahit, \xi disciple, un apôtre, une âme comblée de grâces, une âme consacrée, mon cœur esi bien plus affecté encore. Je le disais par lé bouche de David : Si un ennemi m'offense-, je le supporte facilement, mais un ami, un intime, un commensal! (Ps. 54.)
Que ne fait pas l'Eglise pom^ réparer un sacrilège public, quand il j a lieu? C'est qu'elle a un vif sentiment de l'outrage fait à Dieu et une grande crainte des châtiments qui en peuvent résulter.
IL Ses châtiments.
Ces châtiments sont redoutables, en effet.
Comme le dit l'apôtre : Celui qui communie indignement, mange sa propre condamnation. — Judicium sibi manducat et bibit. (I. Cor. n.) Satan l'envahit, lui cache l'horreur de son état et le conduit à l'endm^cissement. Ensuite, il l'excite au désespoir. — Peccavi tradens sanguinem justum. (Mat. xxvn.)
Rappelez-vous ce que j'ai dit dans l'Evangile : « Il ne faut pas donner les choses saintes aux chiens, ni jeter les perles devant les pourceaux. Ils fouleraient cela aux pieds et se retourneraient contre vous pour vous déchirer. « — Noliie dare sanctum canibus^ neqiie mittatis margaritas vestras ante porcos : ne forte conculcant eas pedibus suis et conversi dirumpant vos. (Mat. vu.)
Rappelez-vous les châtiments exemplaires infligés aux sacrilèges dans l'ancienne loi.
Oza est mort poui' avoir toiielié l'arche du Seigneur.
Balthazar abusait des vases sacrés du temple, il lut au même instant sa condamnation : Mane, TJiecel^ Phares; et il perdit son empire et la vie. — Eadem nocte interfectus est. (Dan. v.)
Héliodore a violé le temple du Seigneur, les anges viennent le châtier et le laissent à demi mort.
L'histoire de l'Eglise est remplie d'exemples de châtiments du sacrilège. Là où le sacrilège est public, la Providence impose souvent la peine du talion : La punition divine rappelle la faute commise.
Là où le sacrilège est secret, c'est une maison, une famille qui cesse d'être bénie. Saint Paul signalait même aux Corintliiens les ravages de la maladie et de la mort à la suite des sacrilèges : Ideo inter vos mulii in/irmi et imhecilles et dormiunt multi.
Le châtiment de l'abandon sui-tout et de l'endurcissement est terrible. Saint Augustin et saint Bernard vous disent qu'il n'y a plus guère de remède, pour les âmes qui ont ainsi abusé des grâces. — Multo facilius
reperies multos sœculares converti ad honum, quant iinum de religiosis. (S. Berii.
ép. 95.)