‹ La retraite du Sacre-CœurChapitre 48 sur 180 · I. La tiédeur. Sa description · texte numérisé non relu

I. La tiédeur. Sa description

Le Sauveur. C'est en effet un bien grand mal que la tiédeur. Je l'ai bien indiqué, quand j'ai comparé cet état d'âme aux choses nauséabondes qui provoquent le vomissement.

Voici les traits qui caractérisent les âmes tièdes : Retard ou absence aux exercices communs, — prières distraites, précipitées, sans respect, — indiflérence pour Dieu, — affections naturelles, pensées charnelles, — critiques, médisances, pensées téméraires, — conversations mondaines, — vanité, — joie vaine dans le succès, — abattement dans l'épreuve, — mollesse au travail, — -^ sensualité aux repas. En un mot, c'est une opposition constante de vues et de disposi-» tions avec moi, un mépris constant de ce qu© j'ai enseigné et conseillé dans l'Evangile. '

Les causes premières de cet état sont : la facilité à omettre quelques exercices, 1^ mépris des petites choses, les sacrements reçus à la légère, la dissipation, le manquer de vie intérieure.

La tiédeur est un grand désordre. Ellef est opposée aux préceptes fondamentaux d«' l'Evangile. — Diiiges dominum Dcum tuuinn

€x toto corde tuo. Où est l'amour de Dieu dans la tiédeur? — Estoie perfecti sicut et 'Pater veste r cœlesii s perfectus est. (Mattli. 5.) "Où est le zèle de la perfection dans la tiédeur ? — Qui sunt Chris ti carnem suam crucifixerunt (G-al. 5.) Si quis vult venire post me, ahneget semetipsum (Matth. 16). Où sont Tabnég-ation et la mortification dans ce malheureux état? Toutes ces vertuâ fondamentales de la vie chrétienne sont méconnues et foulées aux pieds. - "^ "

'^ Comment puis-je agréer des œmTes faîtes dans ces conditions? quelle joie, quelle consolation puis-je y trouver? quelle répa- Tation pour les péchés graves qui se commettent partout?

Une âme peut-elle vraiment offrir des œuvres semblables à son Dieu et en particulier à mon Cœur si aimant et si sensible ?

Mais s'il s'agit des âmes consacrées, le désordre est plus grand. Le prêtre, le religieux doit être un homme de prière, un homme intérieur, un homme d'exemple et de conseil, un homme de dévouement et de zèle :

Zèle effectif : Impendam et superimdar.

Zèle affectif : Opprobria exprobantium iibi ceciderunt super me (Ps. 68).

OÙ sont ces dispositions chez le prêtre, le religieux tiècle ou indifférent? Répond-il à ce que j'attendais de lui? Kt cependant ce mal est fréquent, comme l'ont reconnu les docteurs de l'Eglise. Multi sacerdotes et pauci sacerdotes j multi nomine^ non multi opère (S. Chrys. hom. 43). Saint Bernard remarque que le nombre des clercs est grand,, mais que le nombre des fervents est petit : Valde dilatata est Ecclesia. Clericorum ordo sacratissimus numerosissimus est.

MultipUcasli gentcm^ Domine, sed non magni/îcasli lœtitiam. (De conv. ad cler.)

II. Dangers effrayants que courent les âmes tiêdes. Les dangei's que courent ceux qui sont dans ce malheureux état sont effrayants. Comme je l'ai remarqué dans l'apocalypse de saint Jean, personne nô craint moins qu'eux et personne n'a plus à, craindre la damnation. Ils se font illusioa sur l'état de leur âme, sur le mal qu'ils fon^ et sur le bien qu'ils croient faire. Ils sÉ croient riches en grâce, quand ils sont misérables et pauvres. — Dicis quod divet sum et nulUus egeo^ et nescis quia tu et miser et miserabills et pauper et cœcus et.

nudus. (Apoc. 3. 17). Ils se font illusion sur leur état et sur les fautes répétées qu'ils commettent. Ils ne pensent communément qu'au mal qu'ils ne font pas et au peu de bien qu'ils font.i Ils se font iUusion sur le bien qu'ils croient faire. — Sc/o opéra tua... sed habeo contra te quod caritale/n tuatn primam reliquisti. (Apoc. 2, -4). Qu'est-ce que ce reste de bonnes œuvres si la charité première est perdue ?

Cependant personne n'a plus rien à craindre que ces malhem^eux qui se rassiu^ent si facilement. Ils sont inaccessibles à la grâce dont ils ne font pas de cas. Ils ne peuvent tirer aucun parti des exercices de piété qu'ils font mal, comment pourraient-ils sortir de ce malheureux état ? Ils sont semblables au serviteur inutile, aux vierges foUes, au figuier stérile. Comme le premier, ils gardent le talent qu'ils ont reçu, mais ils ne le font pas fructifier. Leur sentence sera la même : IniUilem servum ejicite. (Matth. 25.) Comme les vierges foUes, ils restent vierges, du moins poiu* un temps, mais ils n'ont pas dans leurs lampes, c'est-

(1) Conf. Bourdaloue.

à-dire dans leurs cœurs, l'huile de la dévotion. Je leur dirai comme aux vierges folles : Je ne vous connais pas : Amen dico vobiSy nescio vos. (Matt. 25.) Le figuier stérile , était resté vert, mais sans fruit; je l'ai con- ] damné. — Et are fada est continuo /icul- '' ^?ea. (Matth.21.)L'àme tiède garde pendant lin temps encore l'état de grâce, comme le figuier reste vert, mais à force d'abuser de toutes les grâces, elle marche au péché mortel, à l'endurcissement et à la damnation. Les âmes tièdes se convertissent rarement et difficilement. Un des plus grands maîtres delà vie spirituelle,! dit avoir vu un grand iiombre de mondains devenir fervents et Spirituels et jamais des clercs tièdes revenir à la ferveur.

m. Plaintes de Noire- Seigneur à leur sujet.

Rappelez-vous les malédictions portées | par mon Père contre ces âmes : Maledictuà " qui facit opus Dei fraudulenter . (Jer. 48.) Et les plaintes amères que j'ai exprimées, soit par mon discijle saint Jean, soit par

(1) Cassien.

Xr MÉDITATION. 117

Marguerite-Marie. Par saint Jean, je faisais dire à l'évéque de Laodicée : Parce que tu PS tiède, tu provoques mes nausées : Inci- "piam evomere te. (Apoc. m. 16.) A Marguerite-Marie, je disais : « Mon amour cédera enfin à ma juste colère pour châtier ces orgueilleux attachés à la terre, qui me méprisent et n'affectionnent que ce qui m'est contraire... Laisse-moi faire, je ne puis plus supporter ces âmes... Je viens dans le cœur que je t'ai donné, afin que par soii ardeur tu répares les injures que j'ai reçues de ces cœurs tièdes et lâches qui me déshonorent. Tu t'offriras à mon Père pour détourner les peines que ces âmes infidèles ont méritées... Tu feras cela pour mon peuple clioisi... Regarde les mauvais traitements que je souffre ,dans ces âmes qui viennent de me recevoir, elles ont renouvelé toutes les douleurs de ma Passion. »

Et je montrais à la Bienheureuse l'état oii me réduisaient ces âmes. J'étais couvert cle plaies comme un homme qui aurait été affreusement traîné sur des pointes de fer.

Méditez sm' ces plaintes douloui'euses, et )our ne pas renouveler mes tristesses, renédiez à votre tiédeur. Priez : Suadeo tibi

118 LA RETRAIl E DU SACRÉ-CŒUR .

emere a me aurum ignitum ut hcuplet fiai, (Apoc. 3.) Moitiliez-vous : Hoc genus non ejicitur ni.ti perorationem etjpjunium^ (Mattli. 7.) Remontez peu à peu et sans décom'agement.

AFFECTIONS RT RltSOLUTIONS. '

Je déleste, ô mon Sauveur, tout ce qu'il j a en moi de tiédeur. Comment ai-je pu vous servir si mal et vous traiter avec si peu de respect! Pardonnez-moi encore une fois. C'est pai' le recueillem.ent et la prière fervente que je veux commencer à ranimer mon cœur pour réparer ma tiédeur passée et vous consoler des tristesses ([ue je vous ai causées.

BOUQUET SPIRUrUEL.

— Quia tepidus es, incipiam evomere t$ ex ore meo. (Apoc.)

— Habeo contra te quod caritatem tuavÀ primam reliquiati. (Apoc.)

— Maledictus qui facit opus Dei frau' dulenter. (Jérém. c. 48.)

— Parce que tu es tiède, tu me donnel des nausées. (Apoc.)

XIl*^ MÉDITATION. 119

J'ai contre toi que iu as abandonnirta

première ferveur. (Apoc.)

— Maudit soit celui qui fait Fœuvre dé Dieu avec négligence. (Jéféniife.)

12e iUlrtitûlion.

LA MORT MET FIN A l'ÉPREUVE DE l' AMOUR.

Préparation pour la veille.

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