II. Il est horrible dans ses souffrances
L'enfer est horrible dans ses souffrances. Il brise l'àme ; il tortm^e le corps par un feu puissant et pénétrant.
Craignez, vous ai-je dit, celui qui peut perdre l'àme et le corps en enfer. Timete eum qui potest etanimara et corpus perdere in gehennam. (Matth.; Discedite a me nialedicti. Aller loin de moi, c'est le supplice de l'àme; in ignem œternum^ au feu éternel, c'est le supplice du corps.
La suprême souftrance de l'âme est d'être privée du Souverain Bien, qu'elle a entrevu au moment du jugement. Elle a vu les justes accueillis dans le sein de Dieu et dans les délices du ciel, et elle s'est vue précipiter .dans les horreurs de l'enfer. Elle souffre ensuite dans toutes ses facultés. Dans l'imagination, ce sont des représentations désolantes relatives aux souffrances à venir, à la succession indéfinie des siècles.
Dans la mémoire, c'est le souvenir des fautes commises et des occasions du salut perdues sans retour.
Dans la volonté, c'est le désespoir, c'est une rage impuissante, une colère sans issue contre soi-même, contre les démons, contre les complices.
Dans l'intelligence, c'est une conviction implacable de sa propre folie et de la justice divine. Pour le corps, c'est la souffrance du feu, un feu puissant, allumé par la colère divine : Ignis succensus est a furore meo. (Deut. 2S.) Nabuchodonosor voulant sévir un jour qu'il se croyait gravement offensé n'ordonna-t-il pas d'allumer un feu sept fois plus grand que de coutume? Prœcepit ut succenderetur foi^ax septuplum. (Dan. 3,
19.) Le feu de l'enfer est plus puissant encore. Il agit sur les âmes comme sur les corps, la sensibilité ayant sa soui'ce dans l'àme. C'est un feu intelligent : il distingue entre les pécheurs, entre les sens et les facultés, comme vous le fait remarquer saint Chrvsostome.
C'est un feu pénétrant, comme je l'ai dit moi-même : Omnis igné salietur. (Marc, ix.) Il pénètre sa victime comme le sel pénètre les chairs. Il va chercher tous les nerfs. Il fait bouillonner le sang dans les veines et la moelle dans les os.
Avec ce feu, il j a des supplices divers, correspondants aux fautes des damnés , comme je le fis voir un jour à sainte Madeleine de Pazzi, en lui montrant les châtiments de l'autre vie. Les orgueilleux et désobéissants sont foulés et écrasés sous un pressoir. Les mentem^s ont la bouche remplie de plomb fondu. Les âmes impiu^es sont dans un cachot infect qui leur soulève le cœur. Les paresseux sont couchés sm^ des pointes aiguës et brûlantes. Les médisants ont la langue déchirée et mangée par les vers. A la vue de ces supplices, qu'avez-vous à faire, qu'à revenir à mon amour pour ne plus vous en éloigner ?