‹ La retraite du Sacre-CœurChapitre 70 sur 180 · I. Lecture de V Ecriture sainte · texte numérisé non relu

I. Lecture de V Ecriture sainte

Le fidèle. — 0 mon Dieu, j'adore votre amabilité et votre bonté infinies. Vous êtes tout amour. Comment vous ai-je aimé si peu jusqu'à présent? Allumez en mon cœur le feu de votre amour, embrasez-le, consumez-le, afin que j'aille plus tard vous aimer sans mesure dans le ciel.

l. Le ciel est le séjour de V amour.

Le Sauveur. — Oui, mon fils, le ciel est le séjour et la récompense de l'amour. Vois comme je le dépeint dans l'Evangile. Je serai là dans mes fonctions de bon pasteur, réunissant mes brebis chéries et je leur dii'ai : Venez, les biens-aimés de mon Père, venez avec moi dans le sein de mon Père qui vous aime.

En quoi consistera au ciel votre félicité et votre gloire? à aimer Dieu et à être aimés de lui. Que ferez-vous pendant toute l'éternité? Ce que fait la Sainte Trinité ellemême : vous aimerez. La foi et l'espérance passeront, l'amom' seul restera. La foi fera place à la vision, l'espérance à la possession, l'amour régnera éternellement. L'amour vous occupera et vous absorbera tout entiers. Vos autres sentiments s'j réduiront tous à celui de l'amour. Et de quel amour? d'un amom' absolument pur, absolument désintéressé, d'un amour dégagé de réflexion et de retour sur vous-mêmes.

Vous aimerez votre Dieu, votre Père et votre Sauveur, et vous vous réjouirez de ce qu'ils soient connus, loués, aimés et glorifiés. Sans doute, il v aura au ciel d'autres

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joies et elles seront infinies, mais elles seront toutes coordonnées à l'amour et absorbées dans l'amour. Dans ces cieux nouveaux et cette terre nouvelle dont la beauté merveilleuse ravira votre esprit et tous vos sens, vous ne verrez que l'œuvre de la puissance, de la sagesse et de la bonté divine.

Les compagnons de votre bonheur, les anges et les saints, auront des charmes infinis qui vous raviront toute l'éternité. Les anges ont une nature si merveilleuse et si variée! Les saints sont si rayonnants de grâces et de vertus ! Mais vous ne verrez en tous que votre Dieu, ses dons et son amour. Dieu sera tout en tous, comme vous le dit l'apôtre Paul : Ut s'il Deux omnia m omni bus (I. Cor. 15-28). Kn Dieu vous verrez toutes choses : tout le secret des êtres créés, et toute l'histoire, et toute la beauté des êtres possibles, mais tout vous dira d'aimer.

Tous mes mystères et ceux de ma Mère, toutes les intentions de nos cœurs, tous nos désirs, tous nos sentiments vous seront découverts, et tout cela aussi vous dira d'aimer et d'aimer sans mesure. Il y aura là un aliment pour entretenir éternellement le feu de l'amoni' dans vos cœurs. Mais les

perfections de la divinité, ses attributs, seront aussi l'objet éternel de vos contemplations et de votre amour.

IL Le Ciel est le règne de V amour.

Mon Père et moi nous régnons au ciel par Tefilision de notre amour. Nous le répandons dans tous ceux qui composent notre cour, et il nous est lidèlement renvoyé sans qu'aucun en conserve rien pour soi. C'est un flux et reflux continuel d'amour qui, partant de l'adorable Trinité, laquelle en est la som'ce, y retourne sans cesse. C'est en cela que le ciel contraste avec l'enfer. En enfer, Dieu règne d'une manière terrible, en privant à jamais les réprouvés de son amour. Il les hait et il en est haï. Ils les maudit et il en est maudit. Ils ne l'ont pas aimé dans le temps, voilà leur crime; ils ne l'aimeront pas dans l'éternité, voilà leur châtiment. Au ciel tout est amour et récompense de l'amour. Mon Père le verse sans mesure : Torrente voluptatis tuœ potabis eos (Ps. 35, 9), et les bienheureux n'en sont jamais rassasiés, comme le remarque saint Augustin : Sine fine videbiiur, sine fastidio amahitur, sine fatigaiione laudahiiur. (De civ. Dei. 22, 30.)

Si VOUS y pensiez davantage, quel motif puissant n'j trouveriez-vous pas d'aimer mon Père et de m' aimer? Que ne leriezvous pas, que ne souffririez-vous pas pour vous assurer le bonheur de nous aimer toujours, et pour ne pas tomber dans le mallieur épouvantable de ne nous aimer jamais ?

La mesure de votre amour ici-bas sera celle de votre amour dans le ciel. L'amour seul y marque les rangs et les degrés de béatitude. Nulle autre distinction entre les élus que celle qu'y mettra la charité. Ne l'ai-je pas dit manifestement dans l'Evangile? Je dirai aux élus : Venez mes brebis aimées, venez les amis de mon Père ; j'ai eu faim et vous m'avez rassasié, j'ai eu soif et vous m'avez désaltéré, j'étais sans asile et vous m'avez abrité, etc.

Ce sont là les œuvres de l'amom' et ses manifestations. Et si j'ai cité surtout les actes de miséricorde corporelle, il faut y ioindre d'abord les actes de miséricorde spirituelle, mais il faut évidemment mettre avant tout les actes d'amour direct envers moi et envers mon Père.

J'ai cité les œuvres extérieures en supposant le principe qui les animait. En sorte

que cela revient à dire : Venez, vous qui m'avez aimé, soit en moi-même soit dans le prochain. Venez et recevez la récompense de votre amour. Elle sera proportionnée à cet amoui' même. Elle sera elle-même un nouvel amoiu^ plus élevé et plus pin- et toujom*s réciproque entre votre Dieu et vous. Venez, vous qui m'avez aimé. Venez, brebis fidèles, recevoir les caresses de votre Pastem\ Venez, les amis de mon Père. Il vous a aimés de toute éternité. Venez dans son sein recevoir la récompense de votre amom' et l'aimer éternellement. Venez vous unir à l'Eglise du ciel, à Marie, ma Mère, aux chœm's des anges, à toute l'assemblée des saints, qui disent sans cesse lem^ amour. Venez vous unir aux adorations aimantes, aux bénédictions et aux louanges qu'ils rendent à mon Père en moi et avec moi, en disant avec eux : Sedenti in throno et Agno benedictio et honor et gJoria et potestas^ in sœcula sœculorion (Apoc. 5, 13.) N'ai-je pas demandé à mon Père, par affection pom^ vous, que vous fussiez où je serai moi-même : Pater, quos dedisil tnihi, volo ut ubi sum ego et illi sint mecum. Et moi où serai-je, sinon dans le sein de mon Père et plongé

dans son amour, comme vous le dit saint Jpan : In sinu Patris.

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