‹ La retraite du Sacre-CœurChapitre 89 sur 180 · I. Lecture du saint Evayigile · texte numérisé non relu

I. Lecture du saint Evayigile

Le fidèle. — Bon Maître, cet entant prodigue, c'est bien moi. Y a-t-il un plus grand prodigue qu'une âme qui est tombée dans la tiédeur, surtout si cette àme est consacrée à Dieu par le sacerdoce et la vie religieuse? Quelles grâces, quels dons célestes, quels biens spirituels n'ai-je point dissipés ^ Combien j'ai blessé votre Cœur!

Ali! Seigneur, donnez-moi courage, atin que je me relève et que je revienne à vous.

I. Dieu arrête le pécheur sur la voie de sa perte par des épreuves providentielles.

Le Sauveur. — Voyez dans cette parabole toute la miséricorde que mon Cœur témoigne au pécheur et vous reprendrez confiance. J'interviens d'abord par des rigueurs providentielles, pom^ arrêter le pécheur sur la voie de sa perte.

Quand il a dépensé ses ressources en vivant dans la débauche, je fais régner dans

ce pays qu'il a choisi la famine et la cherté des vivres. — Fada est famés valida in regione illa. — Il tombe dans le besoin, il a faim. Il est obligé de louer ses sei^'ices à un maitre dur et d'accepter les travaux les plus grossiers. — Misit illum ut pasceret porcos. — Le pauvre prodigue est réduit à envier le sort des animaux dont il a la garde et qui ont au moins des aliments grossiers en abondance.

C'est ainsi que j'éprouve pour guérir, dans la mesure où il le faut et par pure miséricorde pour les pécheurs. Si donc vous avez subi quelque épreuve ou quelque tristesse, je l'ai permis pour votre salut et pour vous arrêter sur la pente fatale de l'amour-propre et de la tiédeur.

Après cela j'insinue au pécheur des pensées propres à le ramener. Je lui rappelle son bonlieur passé. Voyez le prodigue : je rappelle à sa mémoire les joies de la maison paternelle où le sort des serviteurs euxmêmes est meilleur que le sien. Je lui rappelle la bonté de son père, dont il a eu mille preuves. Je lui inspire la pensée de s'humilier pour obtenir son pardon. La correspondance à la grâce est devenue facile, les

épreuves ont écarté bien des tentations. Ce sont là les industries de ma grâce, et les expédients de mon Cœur. J'ai fait pom* vos âmes quelque chose d'équivalent. Je vous ai envoyé quelques épreuves, je vous ai inspiré quelques réflexions salutaires. C'est que je veux à tout prix vous sauver. Le prodigue a correspondu à la grâce. Il s'est levé, il est allé à son père, il s'est humilié, il a confessé ses torts. — Pater, pcccavi in cœlum et coram te^ jam non sum dignus vocari films tuus.

IL Dieu accueillt le pécheur et le comble de nouvelles grâces.

Mais ce que j'ai voulu surtout mettre en relief dans cette parabole, c'est l'accueil miséricordieux que mon Cœur fait au péchem^ repentant. Je me suis représenté sous la figure du père de l'enfant prodigue.

Voyez ce père ; ses pensées sont pour ce prodigue. Il l'attend. Il est sur le seuil de sa porte ou même sur le chemin. — Cum autem longe esset, vidit illuni paler ipsius, — Quand le prodigue arrive, le père est ému : ce n'est pas de colère, c'est de pitié, de compassion, de miséricorde. — Miseri-

cordia motus est. — Le fils n'a pas le temps (le se jeter aux pieds de son père, c'est le père qui se jette au cou du fils. — Cecidit super collum ejus et osculatus est eum.

Le fils commonee ses aveux. Le père ne l'écoute g-uère, il a d'autres pensées, il appelle ses serviteurs, il les envoie chercher de beaux vètements'et l'anneau des fils de famille. Il fait préparer un veau gras. Il veut lui festin de réjouissance, parce que son fils était moi^t et il revit ; il était perdu et il est retrouvé. Et l'on fait un festin somptueux servi par de nombreux domestiques et relevé par l'harmonie des insti'uments de musique et le chant des chœurs.

Le fils aîné en est jaloux, indigné même. Il ne veut pas entrer. Le père est bon pour lui, il va même le chercher, mais les faveurs restent pour le prodigue repentant. Le cœur paternel ne voit qu'une chose, c'est (pie son fils était mort et qu'il revit, il était perdu et il est retrouvé. -^ C'est ainsi qu'il y a plus de joie au ciel, chez lès anges de Dieu, pour la conversion d'un pécheur que j^our la persévérance de cent justes. ^

Eh bien ! tout ce déveloi)[)ement de la l>arabole, toute cette abondance de détails

sont une explication des industries de ma miséricorde.

J'ai voulu vous encourager, vous gagner, en vous montrant par là tout ce que je veux faire pour les pécheurs repentants. Et de fait, n'est-ce pas ainsi que j'ai traité les prodigues: les Madeleine, les Augustin, Mario r Egyptienne, Marguerite de Cortonne et tous les autres?

Ayez donc conliance. Revenez à moi, mon Cœur sera dans la joie et je vous comblerai de biens.

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