‹ La retraite spirituelle de BourdaloueChapitre 21 sur 76 · DU PÉCHÉ DE SCANDALE · texte numérisé non relu

DU PÉCHÉ DE SCANDALE

du premier ange qui engagea les autres dans son -lasie, et ils n'en ont pas moins été réprouvés. Il rai qu'un mauvais exemple est une tentation, et une des plus fortes tentations : mais ce n'est point une tentation au-dessus de nos forces; et puisque nous la pouvons vaincre, c'est un péché d'y succomber.

Il ne suffit donc pas pour moi, que je m'étudie à ne donner aucun scandale : mais il y a des règles que Dieu me prescrit contre les scandales qu'on me donne, et contre les mauvais exemples que j'aperçois autour de moi. 1° Je ne dois point m'en troubler : je puis bien m'en affliger et en gémir; mais mon zèle n'en doit point être refroidi, ni ma piété ébranlée. Car il n'y a rien là que Jésus-Christ ne nous ait prédit, ni rien par conséquent qui me doive surprendre. 2° Je dois même en profiter, regardant ces scandales et ces mauvais exemples dont j'ai à me garantir, comme des épreuves de ma fidélité, et des occasions de témoigner à Dieu mon attachement inviolable. C'est dans l'occasion qu'on se fait bien connoître, et qu'on apprend à se bien connoître soi-même. 3° Je dois m'en éloigner, c'est-à-dire que je dois, autant que je le puis, m'éloigner des personnes dont je prévois que la société me seroit dommageable. Et il n'y a point à considérer si ce sont des personnes d'esprit et de mérite, ni si ce sont de mes amis : il faudroit même alors, selon l'Évangile, renoncer à mon père et à ma mère. Gela ne m'exempte pas de les honorer, de les aimer en Dieu, de leur rendre service et de les aider dans le besoin ; mais du re-te, point de liaison ni de communication particulière. 4° Je dois m'y opposer, prudemment, mais fortement; avec modestie, mais avec ardeur, avec charité, mais avec un saint méoris de tous les respects

humains : te ant ferme pour la règle, et ne m en départant jamais, quand même, ce que Dieu ne per mettra pas, il n'y auroit que moi à la garder. 5° Enfin, je dois en tirer sujet de m'humilier devant Dieu ; reeonnoissant que de moi-même je ne suis que faiblesse et qu'imperfection, et que sans la grâce divine je serois pire que tous les autres.

CONCLUSION

Quelle misère, mon Dieu ! et faut-il donc qu'après avoir quitté le monde pour nous préserver de pièges, nous en trouvions jusque dans votre maison? Ce n'est qu'à nous-mêmes que nous devons nous en prendre. La religion est sainte, mais nous ne répondons pas toujours à sa sainteté. Faites par avance Seigneur, ou plutôt aidez-nous à faire dès maintenant ce que feront vos anges dans votre jugement dernier lorsque vous les enverrez pour enlever de votre royaume tous les scandales. Votre royaume sur la terre, ce sont particulièrement les communautés religieuses. N'y aurois-je été admis, et n'aurois-je plad parmi votre peuple choisi, que pour les détourner de votre service par mes exemples et pour ralentir si ferveur? Ne scrois-je entré dans un état si parfait que pour m'y rendre plus coupable, et par moi-même et par ceux que vous y avez appelés avec moi ? Ah mon Dieu, j'ai bien assez de mes propres péchés, sanî y ajouter les péchés d'autrui.

Mais que seroit-ce encore, Seigneur, si dans le sain* asile où vous m'avez retiré, je venois d'ailleurs à mâL perdre par la contagion de certains exemples que j'H puis avoir ? Que seroit-ce si, par une lâche condeajï" eeudance, je me laissois emporter et séduire à ces

Page 1