‹ La retraite spirituelle de BourdaloueChapitre 24 sur 76 · SUR L ORAISON MENTALE. G · texte numérisé non relu

SUR L ORAISON MENTALE. G

En sixième lieu, à l'égard même de ces résolutions, il y a une erreur d'autant plus dangereuse qu'elle est }i!u> subtile et plus spécieuse : c'est de s'en tenir à des propositions universelles et indéterminées, au lieu de endre au détail de notre vie, et à certains points ntiels, qui nous regardent personnellement, et qui demandent actuellement notre attention. Ce détail est d'une extrême ulilité; et si on y entroit, on ne manqueroit pas sitôt de matière dans l'oraison, et l'on auroit chaque fois un grand champ à parcourir.

En septième et dernier lieu, le défaut capital que nous avons à corriger dans l'exercice de l'oraison, et le principal obstacle au fruit que nous en pouvons retirer, c'est un fond de paresse naturelle et de négligence à quoi l'on se livre et qu'on ne s'efforce point de vaincre. Pour faire oraison, il faut s'appliquer, et toute application coûte : or, c'est justement ce qu'on ne veut point. On voudroit qu'il n'en coûtât ni violence, ni combat, ni travail pour se recueillir, pour s'animer, pour se réveiller de l'assoupissement et delà langueur où l'on est. Jacob n'obtint la bénédiction de l'ange, qu'après avoir lutté contre lui pendant une nuit entière; et en vain espérons-nous que Dieu bénisse notre oraison, tandis que nous y demeurons dans une nonchalance et une oisiveté volontaire.

TROISIÈME POINT

Faux prétextes qui détournent de l'exercice de l'oraison. Les uns allèguent pour excuse qu'ils ont trop d'affaires, et qu'ils n'ont pas le temps de s'adonner à l'oraison; les autres, qu'ils y sont trop distraits, et qu'ils ne peuvent retenir la vivacité de leur esprit; d'autres, qu'ils s'y trouvent en de continuelles aridités,

et qu'il? Larissent dans un instant plusieurs, qu'il? s'y ennuient, et que cet ennui les en dégoûte; iiifui quelquesuns, que l'oraison est trop difficile pour eux, et qu'ils ne s'en jugent pas capables. Voilà ce que disent la plupart des gens du monde, et ce qu'on entend même dire à des personnes religieuses. Mais si l'on étoit de bonne i »i avec soi-même, et qu'on ne cherchât point à se tromper, on reconnoitroit bientôt la vanité de ces prétextes, dont on s'autorise pour se dispenserdel'oraisi>n. Et d'abord, bien loin que la multitude des affaires, soit là-dessus une dispense légitime, c'est au contraire ce qui nous impose une obligation plus étroite de rentrer de temps en temps en nous-mêmes, et de nous servir de l'oraison comme d'un préservatif contre nos fréquentes occupations et contre la dissipation qu'elles peuvent causer. Plus les saints étoient chargés de soins, et même de soins tout spirituels, plus ils pensoient devoir s'attacher à l'oraison. Ils savoient en trouver le temps : qui nous empêche de le trouver aussi bien qu'eux ? De plus, il n'est point d'esprit si vif et si distrait, qui ne puisse faire quelque réflexion. On en fait tant d'inutiles et de nuisibles: pourquoi n'en feroit-on pas de sérieuses et de salutaires? Il est vrai que les un? ont sur cela plus de peine que les autres; mais il n'y auroit qu'à la vouloir prendre cette peine, et qu'à savoir un peu se surmonter et se contraindre. D'ailleurs, malgré toutes les distractions, l'oraison nous sera toujours utile, dès que ce ne seront pas des distractions volontaires, et que nous ferons effort pour les rejeter. Nous aurons devant Dieu le mérite de les avoir combattues, et il nous restera toujours quelques teintures des saintes vérités que nous aurons tâché de méditer.

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Jl en est de même des sécheresses et des aridités. Ne manquons à rien de tout ce qui dépend de nous, • >nli<>ns-nous en Dieu. C'est de cette sorte qu'il éprouve notre fidélité et notre constance. Si nous nous rebutons, nous perdons tout; mais si nous persévérons dans la prière, il a ses momens pour nous écouter et pour nous dédommager. Quoi qu'il en soit, humilionsnous en la présence du Seigneur, et imitons ce saint solitaire dont toute l'oraison consistoit à redire sans ■ ces courtes paroles : Vous qui m'avez créé, ayez de moi. Ce ne sera point là un temps perdu. Ajoutez que c'est une œuvre de mortification fort agréable à Dieu, que d'accepter en esprit de pénitence, et de soutenir l'ennui et le dégoût que donne quelquefois l'oraison. Jésus-Christ, la veille de sa passion, pria sans goût, et même dans une désolation entière : unissons-nous à lui; et quand notre oraison ne nous seroit bonne alors qu'à pratiquer la patience et toutes les vertus que la patience renferme, cela seul ne seroit pas un petit gain pour nous, et nous devrions l'estimer comme un profit très-considérable.

Enfin, il ne faut point nous former une idée si parfaite de l'oraison, que nous désespérions d'y atteindre. Elle est à la portée de tout le monde, et la science humaine n'y est pas d'un grand secours. Car, il ne s'agit point de discourir beaucoup ; mais avec une seule pensée, et une pensée très-commune, l'âme la plus -impie peut se porter à Dieu de la manière la plus affectueuse et la plus ardente. Or, c'est cette union intérieure de l'âme avec Dieu, qui fait toute l'excellence et tout le prix de l'oraison. Il n'est question que d'une bonne volonté : apportons-la au pied de Moratoire, et tout nous deviendra praticable et profitable.

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