TROISIÈME MÉDITATION, DE LA PERTE DO TE^PS
J'y suis assez intéressé pour moi-même, Seigneur; et si vous me refusez le peu de délai que j'ose vous demander, que deviendrai-je? en quelle pauvreté et en quelle misère paroitrai-je devant vous ! Les saints désiroient que le temps finit pour eux, et ne soupiroient qu'après l'éternité. Je ne m'en étonne pas; c'étoient des saints. Leurs années étoient des années pleines; et après s'être enrichis sur la terre, il ne leur restoit plus que d'aller dans votre royaume goûter les fruits de leurs travaux : mais moi, mon Dieu, je crains la fin du temps, et j'ai bien sujet de la craindre. Je crains que la mort ne vienne trop tôt, et qu'elle ne m^ ravisse des jours qui me sont si nécessaires, et qui seuls peuvent compenser en quelque sorte tous les autres jours de ma vie. Votre providence, Seigneur, ne m'abandonnera pas, et c'est en elle que je me confie; mais, dans cette confiance je ne veux pas perdre désormais un moment. Je n'attendrai pointa commencer demain; dès ce jour et dès cet instant je commence. C'est bien tard, o mon Dieu ; mais après tout il est encore temps. Tous les temps ne sont pas propres au service du monde; mais dans tous les temps on peut vous aimer, Seigneur, vous servir pt se sanctifier.