SUR L'OFFICE DIVIN
L'office divin est un des plus communs et des plus saints exercices de l'état religieux ; et il y a là-dessus quatre obligations principales qui me regardent, et qui demandent une sérieuse réflexion.
PREMIER POINT
La première obligation, par rapport à l'office divin» est de le réciter. C'est un tribut de louanges que je dois à Dieu, et que Dieu exige de moi en vertu de ma profession, comme il l'exige des prêtres en vertu de leur caractère et des bénéficiers, en vertu des titres ou des revenus qu'ils possèdent. Manquer à l'office divin, ou en omettre quelque partie notable, c'est donc une offence griève, parce que c'est violer un précepte qui, selon tous les maîtres de la morale chrétienne, oblige, sous peine de péché, et même de péché mortel. Ainsi je dois considérer l'office divin comme une des plus essentielles fonctions de mon état, comme une des plus importantes et des plus ordinaires occupations de ma vie, comme ce qui doit être particulièrement mon office (car de là vient qu'il est appelé office), et par conséquent comme un devoir que je dois préférer à toutes les affaires humaines. Malheur à moi si c'étoit celui qui me touchât le moins et dont je fusse moins en peine de me bien acquitter I
Sainte obligation, qui m'engage à faire sur la terre ce que les bienheureux font dans le Ciel, et ce que j'y ferai éternellement moi-même, si je parviens jamais à ce royaume. Sainte obligation, qui me fait entrer dans l'esprit de l'Eglise, car l'office divin est spécialement la prière de l'Église : et quand je le récite, je prie au nom de toute l'Eglise. C'est l'Eglise qui me fait prier, et qui m'apprend à prier ; il est vrai que cette seule prière, si je la faisois comme il faut, me suffiroit pour me rendre parfait selon Dieu, et pour m'entretenir habituellement dans la présence de Dieu. Sainte obligation, qui me donne droit, quand j'y satisfais, de dire à Dieu, comme le Prophète royal : Je vous ai loué, Seigneur, sept fois le jour (1). David, tout chargé qu'il étoit du gouvernement d'un empire, avoit pour louer Dieu, ses heures réglées, et il se faisoit une loi de s'y assujettir : sera-ce une sujétion trop onéreuse pour moi de réciter l'office divin aux heures et aux temps prescrits par l'Église? et si je n'ai sur ce point nulle régularité, si je n'y garde nul ordre, et que je ne suive que mon caprice, ou que je n'aie égard qu'à ma commodité, suis-je excusable devant Dieu, et n'est-ce pas un juste sujet de scrupule? L'Église a eu ses vues dans la distribution de son office et dans le partage des heures et des temps qu'elle y assigne. Dois-je compter pour rien d'aller contre les vues de l'Église, et de ne pas vouloir me faire quelque violence pour m'y conformer ?
SECOND POINT
Une seconde obligation à l'égard de l'office divin e~t de le bien eéciter ; c'est-à-dire, de le réciter res-
(1) Fê. 118.
SUR l'office divin. 93
pectueusement, attentivement et dévotement : trois circonstances indispensablement requises.
Respectueusement : les plus hautes puissances du Ciel tremblent devant Dieu en le louant ; de quelle frayeur et de quel tremblement ne dois-je pas être saisi, moi qui ne suis que cendre et que poussière? Si donc il m' arrive de réciter ces saintes prières de l'Eglise avec une précipitation que je ne voudrois pas avoir en toute autre chose, avec un air de négligence dont je me suis fait, sans y penser, une mauvaise habitude, dans des postures indécentes, et peu convenables à un devoir de religion; dès là, bien loin d'honorer
eu, je lui perds le respect, et je l'offense.
Attentivement : car l'Église, en me commandant foffice divin, me commande un culte raisonnable. Or, ce n'est plus un culte raisonnable, quand ma raison n'y a plus d part; et quelle part ma raison y peutelle avoir, lorsqu'elle n'y fait nulle attention ? Prier, c'est élever son esprit à Dieu : je cesse donc de prier, dès que l'élévation de mon esprit à Dieu vient de cesser; et, par une suite naturelle, le même précepte qui m'oblige à prononcer distinctement les louanges de Dieu, m'oblige à m'y appliquer ; d'où il faut enfin conclure, que d'être volontairement distrait pendant l'office divin, ou, ce qui revient au même, que de ne faire nul effort pour me dégager des distractions qui m'y surviennent et que je remarque, c'est me rendre coupable du même péché que si je l'avois tout-à-fait omis.
Dévotement : dans cet hommage et ce sacrifice que je présente à Dieu, le cœur et l'esprit doivent agir de concert ; autrement mon attention même ne seroit plus qu'une pure spéculation. C'est dans le coeur que
consiste le mérite de la prière ; et si mon cœur n'est touché, je deviens semblable à ces Juifs que Jésus- Christ, dans l'Évangile, traitoit d'hypocrites, et dont il disoit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais leur cœur est éloigné de moi (1). Qu'une de ces trois conditions me manque, qu'ai-je alors à craindre ? ce que déploroit saint Augustin, et ce qu'il se reprochoit à lui-même. Hélas ! s'écrioit-il, je deviens plus criminel, par cela même qui devroit me rendre plus saint; et qui me justifiera devant Dieu, si mes prières mêmes servent à me condamner ?
TROISIÈME POINT
La troisième obligation qui concerne l'office div.n, est d'assister au chœur, où on le récite solennellement. Puisque le chœur est un des engagemens de l'état que j'ai embrassé, et de la communauté dont je suis membre, tous les sujets qui la composent y sont également obligés, et je ne suis pas plus autorisé que les autres à m'en dispenser. Par conséquent, si je m'absente du chœur sans raison et sans nécessité ; si je m'en absente , sans en avoir demandé et en avoir obtenu la permission ; si je m'en absente, sans en faire aucune réparation : tout cela ce sont autant de péchés dont je charge ma conscience, et dont je répondrai à Dieu.
Rien de plus pernicieux que cette liberté de s'absenter du chœur. S'en absenter sans nécessité et sans une nécessité absolue, c'est la marque visible d'une âme qui se refroidit, et qui perd sa première ferveur. S'en absenter de soi-même et sans permission, c'est la marque infaillible d'une âme qui se licencie, et qui secoue le joug de l'obéissance. S'en absenter impur
(i) Mattb. 15.